La Première Commission chargée du désarmement et de la sécurité internationale a poursuivi ce matin son débat thématique sur les armes conventionnelles en entendant 26 délégations. L’occasion pour la majorité d’entre elles de se féliciter de la rapidité du processus de ratification du Traité sur le commerce des armes qui permettra son entrée en vigueur dès le mois de décembre prochain.
Pays directement confrontés au trafic illicite d’armes légères et de petit calibre, la Jamaïque, le Chili, le Guatemala, l’Algérie, le Mozambique, le Kenya, l’Érythrée, le Botswana, le Tchad et Israël ont souligné les conséquences catastrophiques de la prolifération de ces armes sur la stabilité des États et les populations civiles, rappelant qu’elles alimentaient la criminalité transnationale organisée, le trafic de drogues ou les organisations terroristes. « C’est particulièrement le cas en Afrique », a estimé l’Algérie, exprimant sa préoccupation face à la situation en Libye et dans la région du Sahel. Les qualifiant souvent de « véritables armes de destruction massive », ces États se sont félicités de l’entrée en vigueur prochaine du Traité sur le commerce des armes après sa ratification par plus de 50 pays.
« La communauté internationale va enfin disposer d’un outil juridique pour contrôler le commerce des armes », a affirmé la Jamaïque, en soutenant la candidature de Trinité-et-Tobago pour accueillir le secrétariat du Traité. « Le Traité sur le commerce des armes va combler une grande lacune internationale », a estimé de son côté la Bulgarie, tandis que l’Irlande a salué un succès « qui démontre ce que peuvent faire la communauté internationale et la société civile quand elles travaillent ensemble ». La Suède, le Chili et l’Irlande se sont réjouis de leur côté de l’introduction d’un volet sur les violences sexistes. Parmi les principaux négociateurs du Traité sur le commerce des armes, le Royaume-Uni et l’Argentine ont aussi annoncé la présentation de deux projets de résolution, le premier sur le Traité, visant à renforcer son universalisation, le second sur la promotion des mesures de confiance dans le domaine des armes classiques.
Le Mexique, qui accueillera en 2015 la première Conférence des États parties au Traité sur le commerce des armes, a indiqué que celle-ci permettra de proposer une série de mesures pour faciliter sa mise en œuvre. Pour sa part, la Thaïlande a rappelé que cet outil ne serait efficace « qu’à condition que tous les partenaires – États parties, États observateurs et société civile- jouent pleinement leur rôle ». Le Guatemala a regretté que les munitions n’aient pas été incluses dans le texte.
Seul pays à se dire « déçu » par le Traité sur le commerce des armes, la République islamique d’Iran a dénoncé un texte « plein de failles, de défaillances et de vices juridiques », qui « préserve les droits des pays producteurs et exportateurs », mais soumet les pays importateurs « à des critères discrétionnaires et des évaluations subjectives ». Son représentant a également dénoncé les transferts d’armes à Israël, « en dépit de sa politique expansionniste et de ses violations des principes fondamentaux des Nations Unies ».
Autre instrument destiné à lutter contre le trafic illicite des armes classiques qui a reçu l’approbation des délégations – le Programme d’action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères (POA). La Jamaïque, Singapour et la République islamique d’Iran se sont félicités de l’adoption d’un Document final appelant à renforcer la coopération régionale et l’assistance internationale lors de la cinquième Conférence biennale d’examen qui s’est tenue cette année. L’Algérie et le Mozambique ont souligné les efforts déployés pour renforcer l’arsenal législatif et juridique nécessaires à un meilleur contrôle des flux et des stocks d’armes. Le Kenya a, lui, salué le travail du Centre régional sur les armes légères et de petit calibre dans la région des Grands Lacs, la corne de l’Afrique et les États limitrophes (RECSA) dont il accueille le siège. Enfin, le Guatemala a plaidé pour un renforcement des synergies entre le Programme d’action sur les armes légères et le Traité sur le commerce des armes conventionnelles.
Lors de cette séance, la Convention interdisant les mines antipersonnel (Convention d’Ottawa) et celle interdisant les armes à sous munitions (Convention d’Oslo) ont également été saluées par de nombreuses délégations. Après avoir décrit les conséquences catastrophiques de ces armes qui continuent de faire des victimes dans la population civile pendant des années, voire des décennies, après leur pose, le Cambodge et la Bosnie-Herzégovine ont souligné la nécessité d’accélérer l’universalisation de ces deux instruments. Le Royaume-Uni a indiqué qu’il avait terminé la destruction de ses stocks d’armes à sous munitions et le Chili qu’il s’apprêtait à se débarrasser de son arsenal. L’Irlande s’est dite de son côté « scandalisée » par les rapports faisant état de l’usage de ces armes en Syrie et en Ukraine. Elle a également appuyé la Convention sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi de certaines armes classiques et s’est félicitée des travaux organisés en son sein sur les systèmes d’armes létaux autonomes, à l’instar de la Bulgarie et d’Israël.