L’affaire de Jemna ; un groupe de personnes a défié l’autorité de l’Etat avec l’assentiment de partis politiques et de députés, en disposant à leur convenance de biens publics, malgré une décision de justice contraire.
Selon une lecture restrictive des évènements, c’est tout simplement de la sédition : L’Etat , tenu de réagir immédiatement pour faire respecter la loi, a , comme bien souvent depuis 6 ans, laissé faire.
On attend toujours le rétablissement du prestige de l’Etat et à chaque reculade, on exprime sa déception. Or, la substance même de l’autorité a changé et il semble qu’elle ne soit plus jamais comme avant.
En effet nous vivons une époque où , mondialisation oblige, l’état est devenu néo corporatiste ou néo institutionnaliste , et l’autorité est désormais morcelée entre la société civile, les partis politiques, les syndicats, les groupes d’ intérêts professionnels, économiques et financiers, et les institutions publiques , l’Etat étant chargé de gérer les rapports entre cet ensemble disparate dont l’interaction entre les différents composants constitue ce qu’on appelle en fait l’autorité.
C’est dire si l’Etat, est obligé tous les jours de renégocier le rapport des forces du moment et cela lui laisse en fin de compte assez peu de marge de manœuvre.
Quelle place puisse encore y occuper la Justice, si ses jugements ne sont pour ainsi dire pas appliqués ? Avec l’impunité de fait dont ont bénéficié plusieurs personnes dont une majorité s’accorde pour dire qu’elles eussent méritées à tout le moins d’être jugées, et qui a été érigée en entreprise nationale de réconciliation, la notion de justice en tant que substantif constitue de moins en moins la préoccupation principale d’un peuple qui dans son ensemble n’a jamais constitué un exemple de respect des lois.
Tout se passe comme si l’autorité s’exerçait à deux niveaux : Celui du simple citoyen soumis aux lois et qui compose tous les jours avec l’autorité; celui des autres acteurs où les rapports de force du moment en feraient office.
Dans ces conditions, il faut se faire à l’évidence : Des histoires comme celles de l’hôpital Hédi Chaker, de Kerkennah, du délégué de Sijoumi, du Phosphate, et la dernière en date, de Jemna, se reproduiront puisque l’Etat est devenu beaucoup plus un Manager du pouvoir, qu’un acteur.
A qui la faute ? Certains en ont accusé un courant politique bien connu, mais il s’agit d’une explication plutôt simpliste : Dans le monde entier l’autorité des états est de plus en plus déléguée soit à des structures politiques supranationales, telles que la communauté européenne, soit les collectivités locales.
La question subséquente qui mérite d’être posée est celle-ci : Au sein de ce pays, dans ce méli-mélo, alors que les rapports entre le citoyen et l’état ont été toujours caractérisés par une subordination absolue du premier envers le second pendant plus de 50 ans, quelle place reste-t-il encore à l’individu qui refusant de se mêler à des groupes souvent autarciques, qualifiés de société civile, prétende vivre simplement en respectant les valeurs civiques normales ? On ne peut à tout le moins pas prétendre qu’une telle gestion managériale de la chose publique soit pour le moment un modèle de réussite: La dégringolade économique se poursuit sans qu’on en perçoive la fin. C’est en fin de compte cela qui est le plus préoccupant.
Dr Mounir Hanablia
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