
La polémique créée autour de la diffusion de l’interview de Slim Chiboub, divise les Tunisiens. Comme toute polémique, cette affaire a ses défenseurs et ses détracteurs et chacun tente de légitimer son point de vue.
Slim Chiboub, gendre de Ben Ali et ancien président controversé de l’Espérance Sportive de Tunis, est en fuite depuis le 14 janvier 2011 mais s’est réfugié aux Emirats arabes unis où il a posé ses valises.
Depuis les Emirats, Slim Chiboub a-t-il tenté de se faire pardonner ? C’est ce que pensent certains qui voient dans cette interview une manœuvre habile destinée à redorer son image « abimée » avec la complicité d’Attounissia et de Moez Ben Gharbia.
D’autres pensent, au contraire, que cette interview n’aurait pas du être interdite de diffusion. Le fait d’interdire à une chaine de TV la diffusion d’un programme, aussi controversé soit-il, est une atteinte à la liberté d’expression et un précédent dangereux qui nous rappelle les anciennes pratiques, estiment les défenseurs de la liberté d’expression avec à leur tête le Syndicat Nationale des Journalistes Tunisiens.
L’interdiction de diffusion ayant été faite à travers un recours en référé, les détracteurs du programme en question voient dans cette interview, une manœuvre qui risque d’interférer avec la justice tunisienne sachant que Slim Chiboub est toujours recherché par la justice, que ses procès sont toujours en cours en Tunisie et que ses propos dans une interview peuvent contenir des appels au désordre et menacent la stabilité de l’Etat.
Selon la loi, les personnes recherchées n’ont, en effet, pas le droit de se défendre ni de s’exprimer en dehors des tribunaux. Et l’Etat d’urgence qui régit actuellement le pays, soumet la Tunisie à la Constitution provisoire qui impose la rupture avec tous les symboles de l’ancien régime.
D’un autre côté, on estime qu’une personne aussi controversée que Slim Chiboub n’a pas le droit de bénéficier d’une diffusion et de narguer la justice et les Tunisiens dans leur ensemble, du moins ceux qui n’ont jamais bénéficié des faveurs de l’ancien régime.
Une interview de Slim Chiboub ouvrirait automatiquement la porte à d’autres interviews. Et c’est là un danger pour la transition démocratique et pour les affaires judiciaires qui touchent le clan Ben Ali-Trabelsi, estime la justice.
Belhassen Trabelsi n’a-t-il pas tenté de parler aux Tunisiens ? Leur donner le moyen de s’expliquer n’est-il pas une entrave à la justice et un moyen de banaliser les actes que ces personnes ont commis 23 ans durant ?
D’un autre côté, les défenseurs de la liberté d’expression se sentent atteints au cœur et c’est ce qui explique pourquoi la chaine Al Hiwar Ettounsi insiste pour diffuser l’interview.
L’interview existe, mais comment a-t-elle pris forme ?
E.M.
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