
Pour la question Kobba et Kasbah, c’est vrai que j’aurais aimé voir notre peuple uni DES LE DEBUT mais ayant suivi les faits dès la naissance de la révolte,
j’ai rencontré les gens de la Kobba il y’a bien longtemps sur ma route (j’ai aussi des membres de ma famille et des amis du groupe « Kobba » – au delà de la manifestation en elle-meme).
Les gens de la Kobba se sont reconnus dans la catégorie des silencieux mais ils ne représentent pas tous les silencieux de la Tunisie.
Car il y’a des silencieux qui avaient et ont encore peur de parler, des silencieux qui ne savaient que dire face à ce changement épocal, des silencieux qui étaient de tout coeur avec le peuple du dégage du 14 janvier, des silencieux riches et des silencieux pauvres, des silencieux qui ont prié pour la révolution et le changement, des silencieux qui étaient dans les hopitaux, des silencieux vieux et des silencieux jeunes.
Il y’avait des silencieux qui ne se reconnaissaient pas dans les gens de la Kasbah, parce qu’ils ne les avaient jamais vu, ou parce qu’ils ne voulaient pas reconnaitre à ces gens la légitimité de parler en leur nom, ou parce qu’ils étaient tout simplement différents, trop différents.
Je me rappelle de la 1ere Kasbah, où les gens qui avaient marché pour 300km ont été traités d' »ignorants et de bons à rien, que certains riaient car ils ne parlaient pas bien français et hachmouna devant les Télé françaises. Je me rappelle de la fameuse manifestation pour le soutien du 1er gouvernement de transition, celui de Morjane and co. qui a avorté par peur de représailles de la part des Kasbaouistes 1.
Je me rappelle des silencieux qui ont organisé une caravane de remerciements et beaucoup sont passés du silence aux remerciements. Beaucoup des silencieux ne sont pas sorti dans la rue à manifester, car manifester représentait pour eux une atteinte au calme et une incitation au chaos ont pourtant continué à militer sur facebook.
D’autres silencieux ont reconnu en Ghannouchi le père, l’oncle, le grand-père, l’ami intègre qui ne pouvait etre traité de la sorte. D’autres encore ont eu peur du dictat de la rue, énième peur dans le monde de la peur qui nous a paralysé pendant 23 ans.
Je ne peux en vouloir à aucun de ces silencieux, je ne les excuse pas, je les comprends. C’est ainsi que j’ai appris à vivre avec des gens différents de moi.
Enfin il y’avait les silencieux du RCD, que tout le monde connait, qui sont là parmi nous car part de nous. J’ai surement oublié quelque silencieux et je m’en excuse.
Malheureusement dans les révolutions le timing est essentiel, car si Bouazizi n’avait fait et peuple n’avait suivi, si Kasserine n’était brulée et si Gafsa n’avait répondu, si Bizerte n’avait réagi et Tunis n’avait conclu nous ne serions pas ici tous ensemble à parler. Car nous parlons en ce moment et le silence nous l’avons confiné dans un lieu bien lointain de nous. Bienvenue à qui parle, maintenant, demain ou après demain. Evitons seulement de le faire contre ceux qui du moins par leurs intentions ne voulaient que le bien du peuple. Ceux qui n’ont pas dormi pour nous, ceux qui ont chanté l’hymne de la révolution et ont acclamé qu’ils seraient revenus dans notre et leur pays à travers les montagnes, à travers les frontières. Bienvenue à chaque mot qui rende hommage à notre peuple. Bienvenue à l’espoir et à la volonté de batir.
Qui se décide de casser le mur du silence et de parler, qu’il le fasse maintenant, avec le coeur sur la main. Car qui était pret à mourir pour nous, qui est mort pour nous, n’était pas silencieux..son vacarme est arrivé bien loin, mais surtout ce grand bruit a cassé nos chaines.
Par Wejdane Majeri
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