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Tunisie: le Gouvernement de 1956 a créé les salafistes de 2012

2 mars 2012
in Chroniques
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Fondée par le gouverneur omeyyade Abdallah Ibn Al-Habhab en l’an 732 (ou 734) de notre ère, la grande mosquée « Ezzitouna » est l’une des

plus anciennes et des plus célèbres en terre d’Islam, classée patrimoine mondial depuis 1979.

Le tunisien moyen est modéré et pratique un islam tolérant et ouvert, grâce aux enseignements d’une myriade de doctes tunisiens formés naguère et pré-indépendance à « L’Université Zeitounienne ».

Nos doctes étaient des lumières dans le monde arabo-musulman : ne compte-t-on pas des tunisiens Grand Imam du très égyptien  « Al-Azhar » ?

Nos livres étaient alors exportés en Égypte et dans tout l’orient : la Tunisie faisait école.

Le complot anti-zeitounien

Dés l’aube de l’indépendance, un 26 Avril 1956, l’« Université Ezzitouna » est créée par décret présidentiel. Date fatidique, car commença alors la décadence sans fonds de cette noblissime institution des sciences (L’Université Zeitounienne) : Dépositaire du savoir arabo-islamique.

En effet, le régime de l’époque a tout fait pour annihiler la prestigieuse « Université Zeitounienne » et humilier ses savants et doctes de la foi islamique.

Le régime, avait fait flèche de tout bois pour détruire cette université, et avec, un savoir accumulé pendant 12 siècles, il a humilié ses Ulémas, et a même suspendu leurs émoluments et leurs pensions de retraite, parce que considérés comme ennemie du modernisme.

Les autres ont dû rendre leur tablier par crainte d’une humiliation similaire. Ça sentait la chasse aux sorcières à plein nez.

Le gouvernement de l’époque ne savait pas qu’il s’était tiré une balle dans le pied, un effet que l’on ressent aujourd’hui : Après 56 ans !

Néanmoins, il faut aussi admettre que certains Ulémas avaient bel et bien collaboré avec le colonisateur français. Les médias de l’époque avaient saisi cette manne pour écorner leur image de nationalistes irréprochables, causant des bourrasques sociales frondeuses à leur égard. Les Tunisiens étaient tétanisés par ces agissements.

Une idée qui faisait florès dans le gouvernement dont les membres étaient tous formés en France.

Ces érudits Zeitouniens constituaient des leviers de contrainte sur le régime de l’époque, contraintes qu’il fallait briser.

En effet, l’Université Zeitounienne  était l’épicentre  de toutes les tensions qui secouaient la Tunisie, et un creuset de toutes les émeutes qui embrasaient, sporadiquement, le pays dans les années 30-50.

Après la création de l’Université de Tunis, le 31 mars 1960, une institution groupant des instituts supérieurs et plusieurs facultés, la «Faculté Zeitounienne de la Chari’a et de Théologie» vit le jour un 1er mars 1961, succédant ainsi à «l’Université Zeitounienne», balayant d’un vil revers de la main plus de 12 siècles d’autonomie et d’indépendance intellectuelle, réduite à une simple composante du réseau universitaire Tunisien. Mais cette reforme a manqué toutes ses cibles.

Fort opportunément, l’État a commis une gaffe. Puisque, depuis cette date, et plusieurs décennies durant, aucun savant ni docte de la foi musulmane n’a été produit en Tunisie, laissant ainsi un grand vide dans le monde de la théologie et de l’exégèse coranique ou’ les savants tunisiens excellèrent des siècles durant.

Aujourd’hui, on compte :

1.    Un « Institut Supérieur de Théologie » chargé de la formation des étudiants du 3ème cycle dans toutes les spécialités relevant de l’université Ezzitouna (théologie, civilisation, Chari’a).

2.    Un « Institut  Supérieur de la Civilisation Islamique » qui assure la formation en sciences islamiques des étudiants étrangers, et délivre une Licence fondamentale en sciences islamiques dans diverses spécialités !

3.    Un « Institut Supérieur de Théologie de Tunis » qui assure la formation des professeurs d’éducation et de pensée islamique ainsi que des techniciens supérieurs en arts du patrimoine islamique et en multimédia appliqué aux arts islamiques. Modernisme oblige !

Certain(e)s ami(e)s qui enseignaient dans ces institutions « modernes » confiaient qu’ils étaient effaré(e)  par l’inanité des cursus et la vacuité des cours.


La Prédication Télévisée : « Véhicule Hertzien du Fanatisme »

En Tunisie, dans les années 90, avec l’accès à la télévision satellitaire, ce vide intellectuel a été évidemment comblé par des dizaines de chaînes de télévision où pullulent prédicateurs de toutes les sectes connues, à l’instar de celles qui prolifèrent aux USA depuis les années 70.

Ces chaînes dont les animateurs sont stipendiés par les régimes répressifs des pays du golfe, émettent du proche orient, d’Europe, d’Amérique et ironiquement même d’Israël, surtout après la mise en orbite du satellite «Nilesat» en 1998, et du deuxième en 2000 !

Maintenant il y en a trois (3), le dernier voltige sur nos têtes depuis Août 2010 : Un marché très lucratif que contrôlent des opérateurs privés égyptiens.

Des dizaines de chaînes religieuses (on en comptait 40 en 2010) recrutèrent des prédicateurs de toutes les nationalités et obédiences, hormis des tunisiens, prêchant un islam aussi archaïque qu’obscurantiste, promouvant ainsi les mouvements extrémistes et fanatiques dont la nébuleuse « Al Quaida ».

Les islamistes tunisiens, suite à l’éradication brutale de leur mouvement, opération entamée dans les années 80, s’étaient cantonnés à des groupuscules secrets subissant toutes les exactions imaginables et possibles.

L’arrivée des paraboles permit au tunisien de suivre chez lui, ces chaînes qui viennent d’ailleurs, issues de cultures tout à fait différentes des nôtres.

Nos habitudes culinaires, notre manière de nous habiller, de penser, même de nous raser furent largement influencés par des prédicateurs intarissables et de tout acabit qui prêchaient jour et nuit sans arrêt !

Ces prédicateurs sont stipendiés par des associations aussi secrètes que séditieuses, ainsi que par les petro-monarchies arabes.

Ces pays cultivent la suprématie des souverainismes dogmatiques au détriment de l’unité panarabe et panislamique. Leur objectif : façonner les musulmans à leur image et les assimiler, afin de régner en maîtres absolus sur le vaste monde musulman avec des consignes de l’oncle SAM.

Sur des années, ces programmes télévisés sur la foi islamique, ont endoctriné et « contaminé »  toutes les strates de la société, surtout les jeunes âgés maintenant entre 20-40 ans, et dont une petite parti forme aujourd’hui le noyau dur des Salafistes et des fanatiques religieux bénéficiant de sauf-conduits, on compte même des sectes chiites, et j’en ai rencontré plusieurs adeptes.

Ces chaînes firent des néophytes dans toutes les classes et tranches d’ages de la population formant un brûlot liberticide qui sévit par les temps qui courent.

Ce qui mis le gouvernement aux prises avec une insurrection larvée et des violences sporadiques motivées notamment par des revendications religieuses et sociales.

L’Internet n’a fait qu’amplifier le phénomène, avec des milliers de sites de prédications religieuses, avec leurs foires aux questions, les fameux (FAQ), des question que le tunisien pose sur des points aussi banals que de la manière de s’habiller, aux ablutions, en passant par la prière et même comment lire et tenir le sacro-saint Coran.

En Tunisie, on enregistra une seule tentative louable à l’époque : la création d’une radio religieuse, ou certains cheikhs tunisiens, formés en Tunisie, venaient professer la foi et guider les gens en conformité avec nos valeurs et culture. Malheureusement cette chaîne était promue par une « mafiocratie » désormais en exil. Une chaîne télévisée n’eut pas le succès escompté car obnubilée par les chaînes orientales.

Solutions !

Il n’est jamais trop tard, pour renverser la vapeur, il faut faire revivre « L’Université Zeitounienne » comme à l’origine, lui donner les moyens et les ressources pour retrouver un peu de son lustre d’antan, quand nos doctes allaient enseigner en Égypte et dans le vaste monde arabo-islamique, pas le contraire !

A nos futurs Ulémas incombe la délicate mission d’encadrer notre jeunesse en lui inculquant un islam tolérant et moderniste et de contenir une petite minorité, qui met à mal nos valeurs les plus sacrées. Il en est du salut du futur de notre nation !

Farouk Ben Ammar, Ph.D
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