
En trois ans, l’image qu’ont les Tunisiens de la nouvelle caste politique s’est beaucoup dégradée. Ils n’éprouvent que de la méfiance, du dégout et de la désillusion.
Tout le monde se rappelle la campagne électorale pour la Constituante, des engagements solennels non tenus, des serments de moralisation et des déclarations tapageuses des candidats. Se présentant comme les chantres de la piété, de la justice, de l’honnêteté et de la vérité, nos politiques démontrent, si besoin est, qu’ils sont plus préoccupés par le pouvoir que par les attentes du peuple, qu’ils sont plus fidèles à leurs égos qu’à leurs engagements et que leurs allégeance est plus pour leur parti que pour leur patrie.La méfiance envers les politiques est palpable et personne n’imaginait une telle fracture et un tel fossé avec des hommes naguère réprimés et se prévalant d’une posture de militants intègres, patriotes et honnêtes.
Les Tunisiens sont déçus, désabusés et dégoûtés en constatant que les valeurs véhiculées par ces nouvelles élites sont en parfait décalage avec les vraies valeurs de la révolution.
Les Tunisiens sont consternés des décisions motivées par l’intérêt partisan, des entorses à la morale, de l’affairisme, des atteintes aux libertés, de l’hégémonie des nouveaux Trabelsi, des volte-face à répétition, des mensonges, de l’hypocrisie, des menaces voilées , des scandales financiers, de l’affairisme régnant , des marchés truqués, de l’insolence, de la suffisance et de la bassesse de ces élites.
Les Tunisiens sont scandalisés par le décalage flagrant entre les paroles, les promesses et les actes. Crise de représentativité envers ces élus du peuple du fait des mensonges à répétition, de la pâle image qu’ils offrent et de la médiocrité des débats qu’ils distillent.
Crise de légitimité envers ces gouvernants à qui le peuple a fait un chèque en blanc et qui se révèlent incompétents à résoudre les problèmes économiques et sociaux et qui plongent le pays dans une spirale de violence et de division irréversible.
Une crise de confiance envers un président qui au lieu d’œuvrer pour l’unité et la concordance nationale, cultive le séparatisme et le clanisme conformément aux diktats de ses maîtres du désert. Une crise de vérité envers une opposition, qui au lieu de prôner des alternatives économiques, politiques et sociales, cultive le dénigrement systématique et les attaques aux personnes.
Sortir la Tunisie de ce marasme politique, social et économique requiert de la confiance envers des hommes et des femmes compétents, intègres et dont la seule allégeance est pour leur Patrie.
L’arrivisme ambiant, l’affairisme régnant, l’incompétence grandissante et l’hypocrisie des élites ont détruit la méritocratie faisant passer les Tunisiens d’un peuple uni par de véritables liens identitaires et sociaux après le 14 Janvier à un peuple atomisé, divisé, composé de groupuscules isolés se vouant une haine et aversion de plus en plus palpable.
De plus en plus de Tunisiens, lucides et avertis, commencent à décortiquer les coulisses de cette guerre abominable, à comprendre les véritables motivations des différents partis et les enjeux qui s’ensuivent. Une prise de conscience de ces élites est indispensable pour sortir la Tunisie de ce marasme et une attitude plus respectueuse des élus, des gouvernants et de l’opposition envers ce peuple vaillant, pèsera lourdement sur le destin de ce pays.
Jalel JEDDI
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