
En l’absence de structures juridiques capables de faire régner les lois et le code déontologique, une situation d’anarchie et de non loi a sévi dans le domaine de la presse tunisienne depuis la révolution.
La diffusion et l’édition de nombreux supports sans l’autorisation préalable des autorités compétentes, le financement douteux provenant de l’argent pourri d’un nombre important de supports spécialement conçus pour les règlements de comptes et les dénigrements des rivaux politiques ou économiques, l’augmentation disproportionnée du nombre de journaux, de télévisions, de stations de radios dans un marché très réduit, la concurrence déloyale entre les supports autorisés et ceux qui ne le sont pas… sont autant de facteurs qui ont abouti à cette situation d’anarchie.
En attendant l’instauration d’une autorité de régularisation de la presse écrite, la constitution de la Haute Instance et de la Communication Audiovisuelle a été saluée par la majorité des professionnels du métier.
En effet, quoique très tardive, la naissance de cette instance, qui est dotée de tous les pouvoirs nécessaires pour organiser le secteur de l’audiovisuel en Tunisie, pourra rétablir l’ordre, imposer les cahiers de charge et résoudre de nombreux problèmes afin de garantir une presse libre et crédible.
L’affaire de la chaîne Attounissia sera dans ce sens le premier test pour connaître la manière dont gérera la HAICA le secteur de l’audio-visuel en Tunisie et si elle compte vraiment exercer pleinement son autorité et ses pouvoirs, afin de faire régner l’ordre quelles que soient les parties en conflit.
A travers ses récents communiqués, il semble que cette instance est décidée à prendre les choses en main pour organiser le secteur.
Sa décision d’accorder un délai de 30 jours aux radios et télévisions tunisiennes qui diffusent sans autorisation préalable parfois même à partir de l’étranger, afin de lui fournir un dossier complet sur leurs activités, orientations et sources de financement est un signe fort qui prouve son envie de régulariser leurs situations dans le cadre de la réorganisation du secteur.
Néanmoins, pour réaliser ses objectifs, la mission de la HAICA ne sera pas du tout facile.Elle va certainement être confrontée au rejet de certains responsables de médias qui ne veulent pas que la situation de l’audiovisuel s’organise en Tunisie parce qu’ils ont tout intérêt à évoluer dans l’anarchie du climat de la jungle.
La HAICA devra en outre faire face aux pressions énormes des lobbys non seulement politiques, mais surtout financiers et parfois même mafieux. Ceci sans parler du fait que sa tâche sera compliquée par les aspects juridiques très lourds.
D’ailleurs, il semble dans ce sens que les pressions ont commencé à s’exercer sur les membres de la HAICA pour influencer leurs décisions dans les traitements des affaires d’Attounisia, d’El Hiwar et de Cactus, cette société de Production qui appartient à l’Etat et sur laquelle elle a un droit de regard.
Mais connaissant l’intégrité, le niveau intellectuel et surtout la neutralité de la majorité de ses membres, nous pensons qu’ils iront jusqu’au bout de leur mission pour assainir le secteur et l’organiser.
Kais Ben Mrad
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