
Au-delà des accolades historiques entre Rahoui et Ellouze, des embrassades entre les députés de tous bords, des chants de victoire et de la jubilation parfois excessive pour la nouvelle Constitution, l’alchimie qui a gagné l’hémicycle en cette journée du 26 Janvier 2014 favorise un réchauffement des relations entre les protagonistes politiques.
Loin des confrontations idéologiques et des oppositions de styles, les acteurs politiques les plus influents ont compris que le dialogue est une nécessité et le consensus un choix souverain pour le salut et la stabilité du pays. Le consensus, même s’il a été long à dessiner, est une réhabilitation de la nouvelle classe politique qui a été longtemps décriée.
Très sceptiques, les Tunisiens retrouvent de la confiance et implorent les élus du peuple à rompre avec la médiocrité et le populisme et à instaurer de nouvelles règles de débats publics dignes et responsables.
Le seul leitmotiv qui vaille est l’amour de la Patrie et du Peuple car malgré l’antagonisme idéologique, les Nidaistes, les Nahdaouis, les Cpristes, les Takatolistes, les Joumhouristes, les Chaabistes, ….. restent tous tunisiens. En politique comme en sport, il faut garder les valeurs nobles du jeu et des enjeux. La bataille politique ne doit pas déborder sur une haine et une exclusion sociale et se serrer la main et se congratuler au sifflet final n’est ni une trahison, ni un parjure mais un triomphe du bon sens et du jeu démocratique.
A l’heure ou nous célébrons la nouvelle Constitution et nous saluons une passation de pouvoir digne et civilisé, il est de notre devoir à tous de refermer à jamais la fracture sociale ambiante et d’arrêter de stigmatiser et de diaboliser les Tunisiens en fonction de leurs convictions et leur appartenance.
Apaiser la tension sociale ne se décrète pas mais se vit par les mots et les actes, et nos politiciens ont un devoir moral et une responsabilité intellectuelle pour éviter l’immense gâchis d’un pays déchiré et divisé. Il faut s’armer de tolérance pour bien vivre ensemble et s’abreuver de patriotisme pour construire un pays pour tous et d’ailleurs la campagne de dénigrement dont fait l’objet Moncef Cheikhrouhou, député de l’Alliance Démocratique, pour une vidéo fuitée le montrant féliciter Rached Gannouchi pour l’adoption de la Constitution n’est pas pour favoriser les échanges et harmoniser les antagonismes pour atteindre la cause juste et noble de la réconciliation nationale.
Sans blâmer les facebookers militants qui ont pris en grippe ces moments de concordance, j’ai réellement pitié de ces politiciens pleurnichards qui ont vu dans cet échange une lamentable trahison (on le menace d’exclusion de son Parti pour avoir dit merci) et qui oublient sciemment ou inconsciemment que la courtoisie est une vertu et que l’opposition de style n’implique pas forcement arrogance et déni de l’autre.
Le moment fut historique pour la Tunisie. C’était émouvant et beau de voir l’intelligence triompher. La Tunisie peut en être fière. Les images de l’hommage solennel rendu aux constituants de la première République et au Zaiem Bourguiba, des accolades chaleureuses entre les ennemis d’hier et des échanges courtois entre adversaires politiques honorent leurs auteurs et renforcent la foi de millions de Tunisiens en leur capacité à triompher et à éviter les errements d’un déchirement dévastateur.
Jalel JEDDI