
Laisse tomber ! Vous êtes bien des rigolos vous, à afficher, sur fond d’artifices, cette satisfaction scandaleuse de voir Laârayedh présenter sa démission.
Allez du ballet ! Que vous vous égosillez à la vue de la feuille de démission du gouvernement islamiste annoncée par un chef aux allures sereines. D’accord, cela prend lieu d’un pas en avant. Nul ne peut prétendre le contraire, idiot qu’il serait même. Ennahdha donnait, à mesure insondable, cette impression de ne jamais vouloir abdiquer, que vous autres commenciez à désespérer de frôler un jour la délivrance. Que de déceptions aviez-vous connues pour ne plus pouvoir y croire, à la délivrance. Cela se comprend.
Mais c’est triste ! Car au fond de vos tripes, vous auriez bien aimé que Laârayedh se désiste, traînasse, feigne, fabule, cela suffit ! Ne citons pas tous les synonymes attigent si joliment à l’attitude mesquine et suspecte des islamistes, le fait est que Laârayedh a respecté sa parole. Enfin, lui ou le cheikh Ghannouchi ou quelque soit l’ombre qui lui tient le dos, la parole a été respectée.
Oui mais, passées les premières secondes d’euphorie et de satisfaction, cette nouvelle de démission est, indiscutablement ombragée. En cette atmosphère morose de protestation, de manifestations et d’affrontements avec les forces de l’ordre, de quoi rappeler les derniers jours du règne de Ben Ali, que les islamistes courbent l’échine et tirent leur révérence de la scène du pouvoir, cela parait averti.
Se seraient-ils rendu compte de tout le mal qu’ils ont entraîné derrière eux, du grand foutoir qu’ils lèguent à leurs successeurs ? Ou auraient-ils pris, à satiété, racines dans l’ensemble des rouages de l’Etat qu’ils n’ont plus qu’à faire d’être à la tête du gouvernement ?
L’expression du visage de Laârayedh au moment d’annoncer sa démission, vous laisserez presque croire à la sincérité de son acte. Il faut avouer qu’il y a quelques semaines, il laissait filtrer un soupçon de lassitude du pouvoir et du siège du chef.
Encore un peu et vous croirez qu’il est devenu victime de son système d’endoctrinement et sectaire mis soigneusement en place par le saint patron de Mont Plaisir. Plus sérieusement, la réelle question à se poser, à l’heure actuelle, se rapporte au troisième gouvernement après le 23 octobre. Le troisième gouvernement qui sera prochainement formé par un ex-ministre du gouvernement sortant.
Nombreux ont été à soutenir de manière fervente Mehdi Jomâa : allez accordons-lui une chance pour le voir à l’œuvre…Comment peut-on le juger avant même qu’il n’ait investi le siège suprême ?
Jamais deux sans trois, vous y croyez vous ? La Tunisie a été gouvernée à deux reprises par la Troïka. Et rien n’empêche ni augure de l’impossibilité d’une troisième, celle qui sera la plus ancrée, dirait-on ! Maintenant c’est à vous de choisir : vous laisser berner encore par une poudre aux yeux ou arracher, encore une fois dans le sang (dans le sens littéral comme au figuré) le pouvoir des islamistes et de leurs disciples. Oui mais non. La seconde option sera à fortiori rangée à l’étagère de la trouille. Vous l’avez fait une fois, un certain 14 janvier 2011. Depuis, vous rigolez et vous vous indignez !
Fakher Maâlej
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