
Elue à la faveur d’un scrutin empreint d’émotion et de préjugés favorables, Ennahda affiche depuis plus de deux années de pouvoir ses limites de gouverner le pays et son incapacité à réaliser le minimum de ses promesses électorales.
Jamais les Nahdaouis n’avaient imaginé un tel désastre et un tel naufrage. Aveuglée par l’euphorie de la victoire et inconsciente de l’ampleur des attentes du peuple au lendemain des élections, Ennahda s’est naïvement alliée politiquement avec Ettakatol et le CPR pour gouverner et s’est maladroitement appuyée sur les salafistes et les ligues de protection de la révolution pour contrôler et dessiner les contours d’une nouvelle société sur fond de violence, d’intimidation et de terreur.
La lune de miel n’a pas trop duré et au-delà du manque d’expérience gouvernementale, c’est surtout l’esprit managérial, la gestion des égos et les bévues monumentales qui ont mené Ennahda à la faillite.
Le casting n’était pas réussi et les Rafik Abdessalem et son affaire Sheratongate, Chakkhari et son fameux dossier Shell, Zitoun et ses menaces envers les journalistes, Sihem Badi et son arrogance, Ben Hmidene et son aigreur, Abid et ses hésitations, Fakhfakh et sa méconnaissance,……. ont renvoyé une image négative d’une troika qui végétait dans ses contradictions et qui se complaisait dans une suffisance criarde.
Comment espérer bien gouverner quand on est si mal entouré ? Il faut reconnaitre qu’Ennahda a été naïve et n’a pas bien mesuré le poids réel et l’impact de ses alliés sur sa gouvernance.
Le CPR qui ne regorge que de falsificateurs s’est effrité et ne rate jamais une occasion pour mordre dans la main tendue (n’est ce pas Kahlaoui, Mansar ), Ettakatol en pleine déconfiture et qui s’emploie à sortir sa tête de l’eau en accablant ses propres alliés et Ansar Chariaa classée organisation terroriste qui, par ses discours haineux et sa terreur, a dénaturé l’image que voulait véhiculer le parti Ennahda et a fait resurgir son passé équivoque.
Toutes les alliances connaissent des dysfonctionnements, des combats d’égos et des affrontements de personnes sans que cela ait un effet négatif sur l’entente cordiale. Mais quand les coups sont dans le dos, c’est de la trahison pure et l’effet de désunion politique est manifeste.
Le gouvernement était à mille lieues d’imaginer que le Président aux 7000 voix allait sortir son livre noir, le désavouer et empiéter sur ses prérogatives de justice transitionnelle. Et la dernière Loi de Finances et ses fameuses Redevances est sans conteste un autre coup fatal d’un apprenti politicien à son allié de circonstance.
Censée sortir le pays de la crise et offrir de nouvelles perspectives, la fameuse Loi décriée par tous les spécialistes a été défendue bec et ongles par le Ministre allié qui a réussi un coup double : provoquer la grogne et le soulèvement populaire à cause de ces fameuses redevances et affaiblir et déstabiliser son allié qui porte sur lui toute la responsabilité et les conséquences de cette Loi.
Le coup est fatale et la trahison est d’autant plus douloureuse, que les alliés qui sont censés se tenir aux cotés d’Ennahda n’hésitent pas à tirer la couverture sur eux et à s’affranchir pour revendiquer leur indépendance et crier leur vista. D’ailleurs depuis la démission effective d’Ali Laareyedh, les langues se diluent et la fameuse solidarité troikale est mise à mal comme en témoignent les propos virulents tenus par le sulfureux Tarek Kahlaoui, devenu par magie critique de l’action gouvernementale. Il est vrai qu’en politique, il n’y a point d’amis mais qu’il y a juste des convergences d’intérêts.
Jalel JEDDI
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