
La crise économique grave qui secoue le pays conjuguée au tremblement de terre politique d’une amplitude de 10 degrés sur l’échelle de l’irresponsabilité patriotique, risque de laisser des séquelles inguérissables et de plonger la Tunisie dans une spirale de violence et de partition inéluctable.
Rongés par la guerre des égos, de leaderships, d’opportunisme et secoués par le blanchiment d’histoire et le recyclage de caciques de l’ancien régime, aucun des partis politiques n’est sorti indemne de cette expérience douloureuse de l’exercice du pouvoir ou de la pratique de l’opposition.
Fortement mobilisé et généreusement financé par le magnat de l’internet Naceur Chakroun, le parti présidentiel le CPR s’est effondré comme un château de sable et les dissensions sont apparues au grand jour le lendemain de la composition du premier gouvernement Jebali.
Touché dans son égo car n’ayant bénéficié d’aucun portefeuille ministériel, Abderraouf Ayadi claque la porte le premier emportant avec lui le controversé Azad Badi anciennement RCD et le bailleur de fond pour créer son propre part WAFA, fidélité en arabe. Fidélité à quoi ? A ses ambitions politiques bien sur. Mohamed Abbou, éphémère Ministre sans portefeuille, lui emboite le pas pour créer avec sa femme et quelques compagnons non récompensés, un autre parti appelé le Courant Démocratique ou plutôt le Parti de la Chambre à Coucher. Evincé par Imed Daimi pour la présidence du parti, Am Tahar Hmila, doyen des élus, quitte le navire pour créer avec lui-même son propre parti El Eklaa. Le CPR détiendra ainsi en l’espace de 2 ans, le triste record des déconfitures politiques en se divisant par 4.
Le vent de la dissidence a soufflé aussi sur Ettakatol qui a connu une vraie hécatombe suite au retrait de figures emblématiques comme Khemais Kssila et ses compagnons. Ils reprochent à leur parti une alliance contre nature avec Ennahda et un marché de dupes pour hériter de la Présidence de l’Assemblée et de quelques miettes du pouvoir. D’un parti progressiste et militant avec un solide ancrage social, Ettakatol est devenu un parti suiveur sans identité, plus préoccupé par les portefeuilles que par la fidélité à ses principes fondateurs.
Ennahda n’est pas en reste et l’exercice du pouvoir a révélé une guerre fratricide qui déchire ce mouvement connu pour sa discipline et la cohérence de ses positions. Le désaveu de Jebali par son propre camp au lendemain de l’assassinat de Chokri Belaid pour un Gouvernement de Compétences , la lutte de pouvoir entre le courant réformateur de Mourou et l’axe conservateur de Chourou et la guerre souterraine que se livrent les proches de Gannouchi et fils, des opportunistes qui se font maitres dans l’art du chantage politique et du recyclage d’hommes d’affaires véreux contre millions de dinars et la garde rapprochée de Laareyedh plus militante et plus soucieuse des valeurs et de la morale politique , témoignent de la morosité au sein du mouvement et de son déclin inéluctable.
D’un mouvement jouissant d’un préjugé favorable de part la souffrance de ses membres et affichant l’intégrité morale et l’honnêteté, Ennahda perd de sa splendeur et le ramassis d’opportunistes qui gravitent autour et les suspicions de clientélisme qui pèsent sur certains de ses membres en font un parti affairiste, incapable de gouverner et de tenir ses promesses électorales.
Le typhon a emporté sur son passage aussi l’opposition et la nouvelle prostitution politique en dit long sur ces travestis et ces imposteurs qui changent de camp au gré des sommes versées et des cadeaux offerts. Sans faire offense au passé militant de certains, la déconfiture du PDP, témoigne du manque de maturité de ses leaders historiques et leur incapacité à fédérer la nouvelle génération. Ainsi Mohamed Hamdi, déçu de son éviction du bureau politique au congrès de Bizerte en 2012, décide de quitter le navire pour créer son propre parti l’Alliance Démocratique emportant dans ses bagages le sulfureux Ben Gharbia et bouillant Baroudi.
Bien que crée sur la capacité et l’aptitude de son fondateur Beji Caid Essebssi à fédérer et à rassembler des sensibilités différentes et parfois antagonistes, Nidaa Tounes est confronté aux mêmes maux et les dernières défections des bureaux de Sfax et de Ben Arous en disent long sur le malaise qui y règne. Le charisme et le paternalisme de Caid Essebsi n’ont pas réussi à calmer les rivalités au sein de sa garde rapprochée ni à maitriser l’ambition dévorante des jeunes quadras qui, armes aux points, se tirent à vue sans sommation.
Mohsen Marzouk, l’enfant chéri du fondateur, commence à faire des jaloux, l’indiscipline de Mondher Bel Haj Ali fait grincer des dents et le dernier rapprochement mystérieux et énigmatique entre Lazher Akremi, l’un des instigateurs du parti et de l’homme d’affaires Chafik Jarraya fait jaser le sommet de la direction. Présenté comme unique alternative au dragon nahdaouis, Nidaa est hélas victime des égos et du carriérisme de certains de ses membres. Avant même la bataille des listes aux prochaines échéances électorales, le parti risque de vivre des heures difficiles.
Cette crise des partis est symptomatique de la crise effective du pays et il appartient à ces acteurs de procéder à une réflexion autour de l’appartenance, de l’adhésion, de la représentativité, de la morale politique, du sens des valeurs et de la primauté patriotique avant d’entamer des discussions sur un hypothétique dialogue national.
La crise politique est fortement ressentie dans l’opinion publique et toute la classe politique porte la responsabilité de ce déclin des valeurs par cette avidité de pouvoir criarde, cette ambition dévorante et cette imposture ostentatoire.
Le désamour de l’opinion est lourd de conséquences et les politiques se doivent de mesurer ses incidences et les conséquences qui sont la crise de légitimité, le déclin des valeurs, la crise de confiance dans les élites et les institutions, l’émergence de groupuscules minoritaires violents et surtout la préparation des fondements pour une nouvelle dictature de l’ordre établi.
Jalel JEDDI
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