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La sortie de prison de Moubarak ne provoque guère d’émoi au pays des Pharaons

23 août 2013
in International
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C’est un signe : la célèbre place Tahrir au Caire, là même où des millions d’Egyptiens ont fait leur révolution en 2011, chassant du pouvoir le président Hosni Moubarak, n’a été le théâtre d’aucun mouvement de foule ce jeudi après-midi. La sortie de prison de l’ancien «raïs», détenu depuis deux ans et demi, ne provoque guère d’émoi au pays des Pharaons.

Ni grandes manifestations, ni «embrasement» sur les réseaux sociaux. La colère du «peuple égyptien» s’est, en fait, retournée contre les Frères musulmans, et en particulier leur président Mohamed Morsi, destitué par l’armée le 3 juillet et incarcéré depuis. La majorité de la population, qui soutient le nouvel homme fort du régime militaire, le général al-Sissi, se sent davantage concernée par la répression sanglante à l’égard des islamistes ces derniers jours -une offensive qu’elle approuve- et la lutte contre ces «terroristes».

«Il est vieux. Il ne reviendra pas, il faut le laisser tranquille»

En milieu d’après-midi jeudi, ils n’étaient que quelques dizaines devant la prison de Tora au Caire à applaudir le départ en hélicoptère de Moubarak. Même si Mohamed El-Serati, l’un de ses partisans qui enchaîne les interviews à la télévision dans une médiocre mise en scène, tente de faire croire, à l’entrée de l’établissement pénitentiaire, qu’ils étaient à un moment donné «10 000»!

Hors de sa cellule, Hosni Moubarak n’est pas pour autant libre de ses mouvements : il est désormais assigné à résidence dans un hôpital militaire, en attendant la poursuite de son procès pour meurtres, dimanche. «Je suis content qu’il soit sorti. En 30 ans de pouvoir, il n’a pas conduit le pays aux catastrophes que nous a apporté, en un an, Morsi. Moubarak est respectable. Mais il est vieux. Il ne reviendra pas dans le monde politique, il faut le laisser tranquille», martèle son supporter numéro 1.

Le son de cloche est tout autre au cœur de la station de métro Al Shohadaa, en plein centre-ville, où une une cinquantaine d’islamistes pro-Morsi crient autant leur haine de Moubarak que du général al-Sissi. «A bas Moubarak, à bas Moubarak!», hurlent-ils, accompagnés de tambours. Puis ils descendent, de façon quasi-suicidaire, sur la voie avant de remonter sur le quai d’en-face. Et d’inscrire avec une bombe de peinture sur le mur «On veut la liberté» ou «Sissi meurtrier».

«Le peuple s’en fout de Moubarak. Il ne me fait plus peur»

Entre ces deux camps extrêmes, une majorité d’Egyptiens qui n’accordent que peu d’importance au nouveau statut de l’ex-dictateur. «Le peuple s’en fout de Moubarak. Ce n’est plus un danger pour l’Egypte. Il ne me fait plus peur», résume Mahmoud, 32 ans, patron d’une boutique de vêtements qui était descendu dans la rue les 25 et 28 janvier 2011 pour demander son départ. «De mon point de vue, c’était mieux avec lui qu’avec Morsi et les Frères musulmans, même s’il y avait de l’injustice. Moubarak, au moins, on ne craignait pas qu’il nous trahisse. Moi, en fait, j’étais plutôt contre son régime qui était totalement corrompu», explique-t-il.

Chaima, 26 ans, assistante-clientèle, est sur la même longueur d’ondes. «Il est à l’article de la mort, on ne risque rien», confie-t-elle. Beaucoup plus critique, Cherif, 29 ans, un révolutionnaire de la première heure, juge, lui, la sortie de prison «comme une insulte pour tous ceux qui se sont battus contre lui». «Moubarak, c’est juste un symbole aujourd’hui. Mais j’aimerais mieux qu’il retourne vite en cellule», répète cet «activiste».

LeParisien.fr

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