En Tunisie, la floriculture, branche de l’horticulture dédiée à la culture des fleurs et des plantes ornementales, constitue un secteur agricole spécifique alliant héritage patrimonial et valeur économique croissante, dans un contexte mondial marqué par une demande accrue en produits naturels et aromatiques.
Malgré un volume de production limité, ce secteur est stratégique, car la richesse qu’il génère repose davantage sur la valeur ajoutée issue des phases de transformation, de fabrication et d’exportation que sur la quantité produite.
Selon la Direction de la Production Végétale, la production de fleurs coupées est principalement concentrée à Kairouan (pôle principal), ainsi que dans les gouvernorats de Nabeul, Ariana, Ben Arous, Béja, Sousse et Monastir. Les superficies cultivées atteignent environ 380 hectares, dont près de 370 à Kairouan, pour une production nationale oscillant entre 500 et 540 tonnes par an.
Valeur ajoutée et transformation
La véritable force économique du secteur réside dans la phase post-récolte, où la rose, produit périssable, est transformée en produits à forte valeur ajoutée tels que l’eau de rose, les huiles essentielles et la rose séchée. Ce processus permet de passer d’une matière première peu valorisée à un produit commercialisable et exportable.
La distillation, qu’elle soit traditionnelle ou moderne, constitue le maillon central de cette transformation. L’amélioration des techniques renforce la qualité, la valeur ajoutée et la compétitivité à l’international. L’eau de rose est le produit le plus répandu, tandis que l’huile de rose, rare et concentrée, est très prisée en parfumerie de luxe.
La rose est également utilisée dans les pâtisseries, les boissons et divers produits cosmétiques. Les variétés tunisiennes, notamment Rosa damascena et Rosa centifolia, sont reconnues pour leur qualité. Environ 60 % de la production est exportée vers des pays comme la France, l’Italie et la Suisse. Toutefois, la répartition de la valeur reste inégale, au détriment des agriculteurs.
Défis et rôle de l’État
Malgré son potentiel, le secteur fait face à plusieurs contraintes : faible organisation des acteurs, morcellement des exploitations, manque d’investissement dans les technologies modernes et insuffisance de la promotion internationale. S’y ajoute l’absence de labels de qualité structurés et un lien encore limité entre production agricole et industrie de transformation.
Dans ce contexte, l’État joue un rôle clé à travers des programmes visant à améliorer la production, soutenir les unités de transformation, encourager l’investissement et renforcer les chaînes de valeur. Ces actions incluent la formation, l’innovation, l’accès aux marchés extérieurs et la mise en place de certifications (biologique, indications géographiques).
Le secteur bénéficie également de partenariats internationaux, notamment avec la Suisse et des organisations onusiennes, contribuant à améliorer les techniques, la qualité et les capacités d’exportation.
Le gouvernorat de Kairouan demeure le cœur de cette filière et pourrait devenir un pôle aromatique intégré. Le développement futur repose sur la modernisation des infrastructures, le renforcement de la gouvernance et une meilleure coordination entre les acteurs.
En définitive, la filière de la rose en Tunisie illustre un modèle basé sur la valorisation des ressources agricoles. Sa réussite dépendra toutefois de réformes structurelles, d’un meilleur partage de la valeur et d’une stratégie durable à long terme.
Avec TAP