Par Mahjoub Lotfi Belhedi, Stratège en réflexion IA
Edgar Morin s’est éteint à l’âge de 104 ans, la nouvelle de sa disparition résonne en moi avec une profondeur vertigineuse. Il n’était pas seulement le sociologue et philosophe éminent que le monde entier salue, il était l’architecte secret de ma propre métamorphose intellectuelle.
En posant les fondations de la théorie de la complexité, il a brisé les miroirs de mes certitudes et m’a appris à regarder le monde non plus comme une somme de blocs isolés, mais comme un tissu de relations dynamiques et indissociables.
Aujourd’hui, mon deuil se double d’une immense gratitude. C’est sous son immense ombre bienveillante que s’est construite ma collection de 30 ouvrages numériques consacrés à l’Intelligence Artificielle Nouvelle Génération. Cet ambitieux travail d’exploration technique et philosophique lui doit tout.
Avant de lire Edgar Morin, ma vision de la connaissance était classique, presque statique. Je pensais que pour comprendre le monde, il fallait le découper, isoler ses composantes et spécialiser les savoirs : c’est le choc de sa lecture qui a tout bouleversé.
À travers sa monumentale œuvre « La Méthode » et ses textes fondateurs sur la pensée complexe, il m’a fait comprendre – depuis les années 90 du siècle précédent – que la simplification aveugle sépare ce qui est naturellement relié.
Il a substitué à cette réduction le concept de reliance. Il m’a appris à embrasser les contradictions, à associer l’ordre et le désordre pour voir émerger l’organisation, cette bascule a profondément redéfini ma trajectoire personnelle et intellectuelle.
Lorsque je me suis plongé dans l’écriture et l’étude de l’Intelligence Artificielle de Nouvelle Génération (Dialogique & Transdisciplinaire), les enseignements d’Edgar Morin sont devenus ma boussole.
Edgar Morin rappelait souvent que l’histoire et les vies humaines avancent par bifurcations et surprises. Sa propre vie, centenaire et lumineuse, fut un hymne à la curiosité de l’enfance et à la résistance face aux barbaries, où il écrivait encore récemment qu’il n’avait pas d’illusions, mais qu’il conservait intacte sa capacité d’émerveillement et d’espoir.
Il redoutait l’intelligence artificielle lorsqu’elle aliénait l’esprit, mais il vénérait l’esprit humain capable de créer des connexions infinies. En refermant aujourd’hui le livre de son existence, je me promets de faire vivre sa pensée à travers mes écrits. Mes 30 essais ne sont plus de simples analyses technologiques, ils deviennent, à mon humble échelle, un mémorial vivant dédié à sa vision.
Merci, Monsieur Morin, de nous avoir appris à penser l’humain dans toute sa magnifique et insaisissable complexité. Votre esprit ne s’éteint pas, mais il continue de circuler dans les réseaux, les architectures de nos pensées futures et la quête d’un savoir sans frontières.
Repose en paix.

