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Baccalauréat 2026 : la fracture régionale au grand jour

30 juin 2026
in Chroniques
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Baccalauréat 2026 : la fracture régionale au grand jour
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Par Brahim Oueslati

Les résultats du baccalauréat 2026 révèlent de profondes disparités entre les régions tunisiennes. Entre domination des gouvernorats du littoral, fragilités socio-économiques des régions de l’intérieur et instabilité du corps enseignant, l’école tunisienne semble aujourd’hui moins réduire les inégalités qu’en refléter les effets.

Les résultats de la première session du baccalauréat 2026 mettent en évidence une réalité de plus en plus visible : l’école tunisienne, longtemps considérée comme un moyen d’ascension sociale, semble aujourd’hui moins capable de corriger les inégalités sociales et régionales. Au lieu de réduire les écarts, elle tend davantage à refléter les déséquilibres existants entre les différentes régions du pays.

Les résultats montrent une forte disparité géographique entre les régions côtières et les régions de l’intérieur. Les gouvernorats du littoral continuent d’enregistrer les meilleurs taux de réussite : Sfax 2 arrive en tête avec 55,16 %, suivie de Sfax 1 (52,61 %), Médenine (49,25 %), Mahdia (46,85 %), Monastir (45,34 %) et Sousse (44,77 %). À l’opposé, les résultats les plus faibles concernent plusieurs régions de l’intérieur et du Nord-Ouest : Kairouan (33,78 %), Le Kef (32,50 %), Siliana (30,52 %), Gafsa (28,57 %), Kasserine (26,66 %) et Jendouba (26,48 %). L’écart entre Sfax 2 et Jendouba dépasse 28 points, ce qui révèle une importante inégalité dans un système éducatif censé offrir les mêmes chances à tous.

Ces différences ne s’expliquent pas uniquement par des facteurs scolaires. Les conditions de vie jouent également un rôle majeur dans les performances des élèves. Bien que le taux national d’accès à l’eau potable dépasse 95 %, certaines régions restent en dessous de cette moyenne : Kasserine (62,5 %), Kairouan (63,4 %), Jendouba (70,6 %), Siliana (72,8 %) et Le Kef (73,1 %). Ces chiffres traduisent des difficultés liées aux infrastructures, aux coupures d’eau et aux inégalités d’accès aux services publics, qui influencent directement les conditions d’apprentissage.

Le décrochage scolaire constitue également un indicateur préoccupant. Environ 91 000 élèves ont quitté l’école durant l’année scolaire 2021-2022, un phénomène particulièrement fréquent dans les régions défavorisées. Les difficultés économiques, l’éloignement géographique et la faiblesse des perspectives professionnelles augmentent le risque d’abandon scolaire, surtout durant la période du collège.

Screenshot

Parmi les facteurs les moins visibles mais particulièrement importants figure la question de la stabilité des ressources humaines dans le secteur éducatif.

 Souvent considérée comme un facteur secondaire mais ayant un impact important. Dans plusieurs régions de l’intérieur, de nombreux enseignants commencent leur carrière dans le cadre de leur première affectation puis demandent une mutation vers les régions du littoral après leur titularisation. Cette situation est liée à plusieurs raisons : meilleures conditions de vie, proximité des services, opportunités professionnelles ou regroupement familial. Cela entraîne un renouvellement fréquent des équipes pédagogiques dans les établissements des régions défavorisées, ce qui réduit la continuité de l’enseignement et prive ces régions d’enseignants expérimentés. À l’inverse, des régions comme Sfax bénéficient d’une plus grande stabilité des enseignants, favorisant une meilleure continuité pédagogique et de meilleurs résultats scolaires.

Enfin, ces difficultés scolaires s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par le chômage, la pauvreté et la marginalisation sociale. Le baccalauréat 2026 ne crée pas les inégalités, mais les met en évidence, et souligne la nécessité d’une politique globale associant développement régional, amélioration des services publics et renforcement du système éducatif afin de garantir une réelle égalité des chances.

B.O
Tags: Baccalauréat 2026Brahim Oueslatifracture régionaleTunisie
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