Dans un contexte marqué par l’intensification des tensions géopolitiques sur plusieurs routes maritimes internationales, la hausse des primes d’assurance des navires et l’augmentation des coûts du fret maritime mondial, la Tunisie, comme plusieurs économies fortement dépendantes du commerce extérieur, pourrait subir une nouvelle vague de pressions logistiques susceptible d’alourdir les coûts des importations et des exportations et d’affecter la compétitivité des entreprises.
Ces évolutions ne résultent pas de facteurs propres à la Tunisie, mais s’inscrivent dans le cadre des perturbations qui touchent les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces dernières ont poussé plusieurs compagnies maritimes à revoir leurs tarifs à la hausse en raison de l’augmentation des risques opérationnels et des coûts d’assurance, ainsi que de l’allongement des itinéraires dans certaines zones stratégiques.
L’enjeu est particulièrement important pour l’économie tunisienne, puisque plus de 90 % des échanges commerciaux extérieurs du pays transitent par voie maritime. Avec des importations annuelles dépassant 80 milliards de dinars et des exportations de plus de 60 milliards de dinars, toute hausse des coûts du transport exerce un impact direct sur les échanges commerciaux, les prix et les coûts de production.
Les répercussions dépassent d’ailleurs le cadre des importations et concernent également les coûts de production industrielle ainsi que les prix des biens de consommation, ce qui risque d’accentuer les pressions inflationnistes dans un contexte où l’inflation demeure l’un des principaux défis économiques du pays.
À ce titre, le déficit commercial de la Tunisie s’est aggravé au cours des cinq premiers mois de 2026, atteignant 10,4 milliards de dinars contre 8,37 milliards durant la même période de 2025, selon les données de l’Institut national de la statistique (INS).
Selon Malek Alaoui, président du Groupement professionnel du transport et de la logistique au sein de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT), la hausse actuelle des coûts du fret maritime ne résulte ni de décisions locales ni des politiques tarifaires des opérateurs tunisiens, mais découle directement des transformations du secteur à l’échelle mondiale.
Le coût final du transport est désormais influencé par plusieurs facteurs cumulés : les nouvelles taxes environnementales liées à la réduction des émissions carbone, la hausse des prix du carburant, l’augmentation des redevances portuaires dans plusieurs ports internationaux ainsi que la progression des primes d’assurance, sous l’effet des tensions géopolitiques qui affectent certaines routes commerciales, notamment le détroit d’Ormuz.
Il rappelle également que plusieurs compagnies maritimes internationales ont récemment ajusté leurs tarifs pour absorber ces surcoûts. De son côté, la Compagnie tunisienne de navigation (CTN) affirme n’avoir pas augmenté ses tarifs de base depuis 2019, se limitant à des ajustements liés aux coûts additionnels du carburant, des assurances ainsi qu’aux nouvelles taxes environnementales et portuaires.
Pour sa part, Abderrazak Houas, porte-parole de l’Association nationale des petites et moyennes entreprises (ANPME), estime que ces mutations mondiales nécessitent une approche anticipative fondée sur le renforcement de la flexibilité du système logistique national et la réduction de la vulnérabilité de l’économie tunisienne face aux chocs externes.
Il souligne que la hausse des coûts du transport maritime pourrait accentuer les pressions sur les entreprises importatrices de matières premières et d’équipements industriels, tout en affectant la compétitivité des secteurs exportateurs aux marges limitées.
Selon lui, l’augmentation des tarifs varie actuellement entre 900 et 1 400 dollars pour un conteneur de 20 pieds et entre 1 800 et 2 800 dollars pour un conteneur de 40 pieds.
Houas appelle à une vision stratégique dépassant les réponses conjoncturelles. Il propose notamment d’étudier des mécanismes de coopération logistique à l’échelle maghrébine afin de renforcer le pouvoir de négociation des pays de la région face aux grandes compagnies maritimes.
Il recommande également d’encourager les grandes entreprises à conclure des contrats de transport à long terme afin de limiter l’impact des fluctuations tarifaires, ainsi que de développer des plateformes et entrepôts logistiques à proximité des ports afin de constituer des stocks stratégiques de matières premières et de produits essentiels.
Enfin, il insiste sur l’importance d’intégrer les solutions numériques et les technologies de l’intelligence artificielle dans la gestion des chaînes d’approvisionnement afin d’optimiser le stockage, la distribution et les coûts opérationnels.
Selon lui, la position géographique de la Tunisie constitue également un atout pouvant renforcer son rôle de plateforme régionale de services logistiques et de réexportation vers les marchés africains, à condition d’accélérer les investissements dans les infrastructures portuaires et les services connexes.
Avec TAP

