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Le malouf perd sa fête : le Festival historique de Testour annulé sur fond de tensions avec le ministère de la culture

11 juillet 2026
in Actualités
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Le malouf perd sa fête : le Festival historique de Testour annulé sur fond de tensions avec le ministère de la culture
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La 60e édition du plus ancien festival tunisien consacré au malouf est annulée quelques jours avant son ouverture. L’association organisatrice dénonce des ingérences du ministère de la culture dans la programmation artistique et une pression exercée sur ses partenaires financiers. Au-delà de cette annulation spectaculaire, c’est toute la question du financement et de l’avenir des festivals patrimoniaux qui ressurgit.

Il devait célébrer six décennies d’existence, rendre hommage à l’héritage arabo-andalou de Testour et faire résonner, une nouvelle fois, les noubas du malouf dans l’une des villes les plus emblématiques de cette tradition musicale. Au lieu de cela, le Festival international du malouf et des musiques arabes traditionnelles de Testour restera, cette année, silencieux.

Quelques heures seulement après avoir dévoilé la programmation officielle de sa 60e édition lors d’une conférence de presse organisée à la Maison de la culture de Testour, l’association organisatrice a créé la surprise en annonçant, dans la soirée du jeudi 9 au vendredi 10 juillet, l’annulation pure et simple de la manifestation.

Une décision rarissime dans l’histoire du festival, qui intervient à moins d’une semaine de l’ouverture prévue, alors que les affiches avaient déjà été diffusées, les artistes confirmés et les préparatifs largement engagés.

Un bras de fer ouvert avec le ministère

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, l’Association du Festival international du malouf et des musiques arabes traditionnelles ne mâche pas ses mots.

« La coupe est pleine », écrit-elle, accusant directement le ministère des Affaires culturelles d’avoir multiplié les interventions dans l’organisation de cette édition.

Selon l’association, le département aurait modifié la programmation artistique en supprimant certains artistes et en en imposant d’autres. Il serait également intervenu dans le choix de l’intitulé officiel de cette édition anniversaire.

Les organisateurs dénoncent surtout une situation qu’ils jugent incompréhensible : toutes ces interventions auraient été menées alors même que le montant de la subvention publique n’avait toujours pas été communiqué.

L’association affirme avoir déposé son dossier de demande d’aide conformément à la procédure numérique instaurée par le ministère, mais soutient que celui-ci n’aurait jamais été pris en considération, documents à l’appui.

Plus grave encore, elle accuse le ministère d’être intervenu auprès de l’un de ses principaux sponsors afin qu’il retire son soutien financier au festival, une démarche que l’association affirme également être en mesure de prouver.

Face à ce qu’elle considère comme une remise en cause de son autonomie de gestion, elle dit n’avoir eu d’autre choix que d’annuler l’édition 2026.

Une annonce qui prend tout le monde de court

L’annulation n’en est que plus spectaculaire.

Quelques heures auparavant, rien ne laissait présager un tel dénouement. La conférence de presse de présentation s’était déroulée dans un climat apparemment serein.

Le festival devait se tenir du 15 au 25 juillet avec une programmation fidèle à son identité : un spectacle d’ouverture assuré par la Rachidia, des concours nationaux de malouf, plusieurs créations tunisiennes ainsi que la participation de formations musicales libyennes.

À l’issue de cette rencontre, l’association avait d’ailleurs remercié les journalistes, les partenaires et le public pour leur présence et leur intérêt, sans laisser apparaître le moindre signe de rupture imminente.

Une crise annoncée depuis plusieurs mois

En réalité, les tensions couvaient depuis longtemps.

Le 20 juin dernier déjà, l’association avait rendu public un communiqué revenant sur les difficultés financières auxquelles elle fait face depuis plusieurs années.

Elle y dénonçait la diminution continue de la subvention accordée par le ministère des Affaires culturelles.

Selon les chiffres communiqués, cette aide est passée de 80.000 dinars en 2020 à 40.000 dinars en 2022, avant de chuter à 20.000 dinars en 2023 puis à seulement 17.800 dinars en 2024.

Une baisse que les organisateurs estiment à l’origine d’un déficit cumulé de près de 55.000 dinars.

Ils précisaient toutefois avoir honoré une grande partie de leurs engagements financiers durant l’année 2025 et espéraient assainir définitivement leur situation en 2026.

Un festival intimement lié à l’histoire de Testour

L’annulation dépasse largement le cadre d’une simple manifestation estivale.

Créé en 1966, le Festival international du malouf de Testour est considéré comme le plus ancien festival tunisien consacré exclusivement à la musique traditionnelle arabo-andalouse.

Son histoire est indissociable de celle de Testour, ville fondée au début du XVIIe siècle par les Morisques chassés de la péninsule Ibérique après les décrets d’expulsion prononcés par la monarchie espagnole.

Ces communautés apportèrent avec elles un patrimoine d’une richesse exceptionnelle : architecture, artisanat, savoir-faire agricoles, mais aussi un héritage musical qui donnera naissance, en Tunisie, à l’une des expressions les plus raffinées de la musique savante : le malouf.

Pendant des siècles, Testour est demeurée l’un des principaux bastions de cette tradition. Les confréries musicales, les orchestres locaux et les familles de musiciens y ont assuré la transmission d’un répertoire composé de noubas, de mouachahates et de chants puisant leurs racines dans l’Andalousie médiévale.

C’est précisément pour préserver cet héritage que fut créé le festival il y a soixante ans.

Au fil des éditions, il est devenu un rendez-vous incontournable de la vie culturelle tunisienne, accueillant les plus grands interprètes du malouf, mais également des ensembles venus d’Algérie, du Maroc, de Libye, d’Égypte, de Syrie ou encore d’Espagne, favorisant ainsi le dialogue entre les différentes traditions musicales du bassin méditerranéen.

Parallèlement aux concerts, le festival s’est imposé comme un espace de transmission grâce à ses concours destinés aux jeunes interprètes, ses rencontres musicologiques et ses actions de sauvegarde d’un patrimoine considéré comme l’un des piliers de l’identité culturelle tunisienne.

Au-delà de Testour, la fragilité du modèle des festivals

Cette annulation relance enfin le débat sur les conditions de financement des grandes manifestations culturelles.

Ces dernières semaines, les responsables des Festivals internationaux d’El Jem et de Dougga avaient déjà attiré l’attention sur les retards enregistrés dans le versement des subventions publiques, notamment celles relevant du ministère du Tourisme pour les exercices 2024 et 2025.

Ils avaient également indiqué que les aides prévues pour 2026 n’avaient toujours pas été débloquées, obligeant les associations organisatrices à fonctionner dans une grande incertitude financière et à reporter d’une édition à l’autre des déficits de plus en plus difficiles à absorber.

L’annulation du Festival de Testour apparaît ainsi comme le symptôme d’une crise plus profonde qui touche le modèle économique des festivals culturels tunisiens. Elle soulève également une interrogation plus fondamentale : comment préserver un patrimoine musical plusieurs fois centenaire lorsque les institutions chargées de le promouvoir peinent à garantir les conditions de sa transmission ?

Pour Testour, ville où le malouf constitue bien davantage qu’un simple répertoire musical, l’absence de cette 60e édition résonnera comme un silence particulièrement lourd de sens.

Brahim OUESLATI

Tags: festival du malouffestival Testourministère de la cultureTestour
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