Il y a ces jours-ci un terme qui revient dans toute les bouches. Le délestage que nous ne connaissions pas il y a quelques jours est devenu viral. Il est dans toutes les conversations. L’actuel PDG de la STEG en est l’instigateur. Ayant accédé à cette fonction suite à un black-out en septembre 2023, que son prédécesseur n’avait pu éviter, ce qui avait coûté à ce dernier son poste, l’actuel PDG a pris les devants. Le délestage est ainsi mis en œuvre ce qui consiste à couper l’électricité à tous les abonnés à tour de rôle de sorte que le réseau ne tombe pas en panne générale. La raison de la surconsommation est selon ses dires, une utilisation intensive de l’électricité pour la climatisation laquelle comme chacun sait est énergivore.
En fait pour expliquer délestage, prenons l’exemple d’un mulet qui ne peut supporter qu’une cinquantaine de kilos et sur lequel on mettra une centaine. Evidemment il ne peut avancer si on ne lui enlève pas ce poids supplémentaire. Ainsi allégé il peut avancer.
Mais délester quelqu’un de quelque chose c’est la lui subtiliser. On dira qu’on a délesté madame X de son portefeuille ou de ses bijoux. Et c’est ce sens-là qui fait le plus mal. Les abonnés de la STEG quand on leur coupe l’électricité, on leur vole quelque chose à laquelle ils ont droit aux termes du contrat qui les lie à la société de l’électricité et du gaz.
Tant qu’ils paient leurs factures, et c’est ce que les abonnés individuels font sinon ils subissent les foudres de la compagnie qui leur coupe l’électricité, ils sont en droit d’attendre qu’on mette à leur disposition le courant électrique avec les quantités dont ils ont besoin. Et ce ne sont pas uniquement quelques machines qui pourraient tomber en panne qui devraient être remboursés. Sous d’autres cieux, la STEG serait trainée en justice pour ne pas avoir respecté les termes du contrat. Les personnes qui auraient eu des difficultés ou qui subiraient un quelconque dégât pourraient se retourner contre la société et réclamer réparation et dédommagement matériel et moral !
Mais au-delà de ce manquement juridique, le délestage est le signe d’une mauvaise gestion de la société. Tout le monde sait que les le réchauffement climatique rend les étés toujours plus chauds et plus précoces. Et si « gouverner c’est prévoir », la STEG aurait dû mettre en œuvre un plan lui permettant de faire face à ces pics de consommation. Le manque de fonds n’est pas une raison à invoquer, car la société est en droit de réclamer les créances qui ne lui sont pas versées et dont la majeure partie est à la charge de l’Etat et des entreprises publiques.
Dans cette histoire, bien évidemment l’Etat est le premier responsable. Les autorités publiques, gouvernement en tête n’ont rien fait pour concevoir et mettre en exécution un plan de transition énergétique en privilégiant les énergies renouvelables et particulièrement le photovoltaïque. Il n’est pas acceptable que dans un pays où le soleil brille 300 jours par an, la part du solaire reste résiduelle ne dépassant pas 3 à 4%. Même le projet ELMED mis en œuvre avec l’Union Européenne pour un financement pouvant atteindre un milliard d’euros et dont l’un des objectifs est de « protéger les réseaux des coupures lors des pics de consommation estivaux », il tarde à entrer en service. De plus on a comme l’impression qu’il est plutôt destiné à satisfaire la demande de l’investisseur européen puisqu’un câble sous-marin devrait transporter l’électricité vers l’Europe, l’Italie, précisément. Une électricité sont la Tunisie a tant besoin pour satisfaire ses propres besoins.
Ce qui est navrant c’est l’image que la Tunisie donne au reste du monde lorsqu’elle procède à ces coupures de courant qu’on pourrait qualifier qu’on le veuille ou non de « sauvages » même si cela s’est fait à coup de communiqués qui sont si vagues qu’ils ne donnent quasiment aucune information fiable, mais c’est toujours mieux que le mutisme observé lors des premières coupures survenues sans information préalable.
Pour un pays touristique misant surtout sur l’estival et le balnéaire, les coupures de courant à répétition pour la première canicule qui survient, donnent la preuve par neuf qu’il ne peut accueillir correctement ses visiteurs. Un touriste coincé dans un ascenseur et c’est la panique générale qui s’installe et que dire s’ils apprennent que des indigènes perdent la vie pour un concentrateur d’oxygène qui ne fonctionne pas faute de courant électrique.
Cette page de délestage qui est brandie comme un trophée par l’actuelle direction de la STEG doit être tournée au plus vite et que d’autres solutions soient trouvées et elles ne manquent pas.
A l’évidence cette solution est pire que le mal qu’elle compte traiter, voire soigner.
Raouf Ben Rejeb

