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Dette publique : Larbi Benbouhali met en garde contre une « privatisation déguisée » des entreprises publiques

22 juillet 2026
in Économie
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larbi_benbouhali
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Dans une analyse publiée sur sa page Facebook, l’expert international Larbi Benbouhali s’est penché sur les déclarations du président Kaïs Saïed lors de sa récente réunion avec la cheffe du gouvernement, le ministre de l’Économie et le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

L’expert s’attarde notamment sur le passage où le chef de l’État a appelé à « redoubler d’efforts afin de convertir le poids de la dette en levier d’investissement destiné à reconstruire les services publics ». Pour Larbi Benbouhali, cette orientation pourrait, si elle se traduit par une conversion de la dette en participations au capital des entreprises publiques, ouvrir la voie à ce qu’il qualifie de « privatisation détournée ».

Des entreprises qui ont besoin de réformes avant tout

Selon l’expert, les entreprises publiques tunisiennes ont avant tout besoin de capitaux frais, d’une gouvernance indépendante, d’une plus grande transparence et d’une maîtrise des coûts.

Il estime que la conversion de dettes en capital entraîne mécaniquement un transfert des droits de vote aux créanciers, lesquels peuvent alors prendre le contrôle de l’entreprise. Une telle évolution, affirme-t-il, ferait perdre à l’État la maîtrise de ses actifs stratégiques et, par conséquent, une partie de sa souveraineté économique.

Un risque sans garantie de redressement

Larbi Benbouhali souligne qu’aucune garantie ne permet d’affirmer qu’une conversion de dette en capital améliorera la compétitivité des entreprises concernées. Si celles-ci ne parviennent pas à offrir des produits ou des services de qualité à des prix compétitifs, elles continueront à accumuler les pertes, s’endetter davantage et risqueront, à terme, la faillite.

Il s’interroge également sur la cohérence d’une telle démarche avec le discours présidentiel axé sur la souveraineté nationale, estimant que l’ouverture du capital aux créanciers pourrait aller à l’encontre de cet objectif.

Les principaux risques identifiés

L’expert énumère plusieurs inconvénients majeurs d’une conversion de la dette en capital :

  • le maintien des inefficacités structurelles sans véritable réforme ;
  • une dégradation de la qualité des actifs détenus par l’État ;
  • une présentation artificiellement améliorée des finances publiques ;
  • une complexification de toute future restructuration ou ouverture du capital ;
  • un risque de perte de contrôle sur des secteurs stratégiques tels que l’énergie ou l’eau ;
  • une « privatisation déguisée » des entreprises publiques ;
  • un manque de transparence financière susceptible de conduire à des accords défavorables ;
  • enfin, le fait que cette opération ne résout pas les difficultés opérationnelles des entreprises publiques, dont le déficit annuel moyen dépasse, selon lui, 2,3 milliards de dinars.

Les enseignements des expériences chinoise et mexicaine

Pour étayer son analyse, Larbi Benbouhali cite deux expériences internationales.

En Chine, deux grandes vagues de conversion de dettes en participations (1999 puis 2016) ont permis de restructurer les entreprises publiques tout en préservant le système bancaire. Ces opérations se sont toutefois accompagnées de profondes réformes de gouvernance, d’un contrôle financier renforcé et d’une sélection d’entreprises jugées viables.

Au Mexique, dans le cadre du plan Brady au début des années 1990, la conversion de la dette en participations dans des entreprises publiques et des infrastructures a contribué à réduire la dette extérieure d’environ 4 milliards de dollars. Les nouveaux investisseurs ont restructuré les entreprises concernées, qui sont ensuite devenues rentables.

Trois conditions indispensables à la réussite

À la lumière de ces expériences, l’expert estime qu’une opération de conversion de dette ne peut réussir que si trois conditions sont réunies :

  1. Une réforme profonde de la gouvernance, permettant aux nouveaux actionnaires de restructurer les entreprises et de remplacer les directions défaillantes.
  2. Une stratégie de sortie clairement définie, avec la possibilité de céder ultérieurement les participations en Bourse ou à des investisseurs stratégiques.
  3. Une discipline budgétaire stricte, mettant fin aux subventions systématiques afin que les entreprises reposent sur leurs propres performances économiques.

En conclusion, Larbi Benbouhali considère que la conversion de la dette en capital ne saurait constituer, à elle seule, une solution aux difficultés des entreprises publiques tunisiennes. Sans réformes structurelles, une gouvernance modernisée et une transparence accrue, cette approche risquerait davantage de déplacer le problème que de le résoudre, tout en faisant peser, selon lui, un risque sur la souveraineté économique du pays.

Tags: entreprises publiqueskais saiedLarbi BenbouhaliTunisie
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