Par Abdessatar Klai
Dire que le bilan de Bourguiba est un bilan négatif et ne pas lui reconnaître ses accomplissements et ses réalisations relève de l’ingratitude et de la mauvaise foi. De même que prétendre que les années Bourguiba sont une réussite sur tous les plans est une supercherie et une insulte à l’intelligence de tous ceux qui s’intéressent à l’Histoire
Habib Bourguiba, de son nom complet Habib Ben Ali Bourguiba, né probablement le 3 août 1903 à Monastir et mort le 6 avril 2000 dans la même ville, est un homme d’État tunisien, président de la République entre 1957 et 1987.
Dès lors, il s’emploie à mettre sur pied un État moderne. Parmi les priorités de son action politique figurent le développement de l’éducation, la réduction des inégalités entre hommes et femmes, le développement économique et une politique étrangère équilibrée, ce qui en fait une exception parmi les dirigeants arabes. Ceci n’empêche pas le développement d’un culte de la personnalité — il porte alors le titre de « Combattant suprême » — et l’instauration d’un régime de parti unique pendant une vingtaine d’années. La fin de sa présidence, marquée par sa santé déclinante, la montée du clientélisme et de l’islamisme, se conclut par sa destitution, le 7 novembre 1987, à l’initiative de son Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali.
Bourguiba a su imposer l’image de la modernité à la Tunisie
Dès la première année de l’indépendance, Bourguiba inaugure un train de réformes législatives, dont le fleuron reste le code du statut personnel (CSP). Promulgué le 13 août 1956, il accorde à la femme des droits sans équivalent dans le monde arabe. Il abolit notamment la polygamie et la répudiation, et exige, pour le mariage, le consentement mutuel des futurs époux. Cette attaque contre les sources de la discrimination contre les femmes fait des Tunisiennes des privilégiées au Maghreb et au Proche-Orient.
En devenant le premier président de la République, le 25 juillet 1957, après avoir aboli la monarchie dans un climat de liesse générale, Habib Bourguiba poursuit son projet de construction d’un État moderne. Il voit dans la gratuité de l’enseignement le meilleur outil de combat contre le sous-développement. Environ le tiers du budget de l’État y est consacré.
Un leader (Zaïm) et un homme de sature internationale toujours d’actualité
Bourguiba c’est le visionnaire hors pair, celui qui a une longueur d’avance sur ses contemporains, celui qui a une vision à long terme, qui nous manque cruellement aujourd’hui. Celui qui après sa détention au Fort Saint-Nicolas fut reçu avec Salah Ben Youssef et Slimane Ben Slimane par Mussolini mais qui refusa de soutenir les fascistes.
L’adhésion de la Tunisie au groupe des non-alignés, à l’époque de la bipolarité et de la guerre froide, en a fait en théorie un pays indépendant tant du bloc de l’Ouest, que de celui de l’Est. Dans les faits, la Tunisie s’est toujours alignée sur les positions occidentales celles des États-Unis et de l’Europe, qui dominent le système de légalité internationale, incarné par l’ONU et le Conseil de sécurité, auquel la Tunisie n’a de cesse d’affirmer son attachement.
Qui ne se souvient du panache de la remontée triomphale de l’avenue Broadway à Manhattan en mai 1961 d’un Bourguiba, saluant debout la foule des Américains, massée de chaque côté du parcours. Un hommage à ce si petit pays, devenu si grand par sa politique étrangère, qui en fait forcément pâlir plus d’un aujourd’hui ? Une politique de « soft power » avant l’heure.
Que reste-t-il d’Habib Bourguiba ?
De Bourguiba restera sa stature d’homme d’État libéral et révolutionnaire, faite de volonté et d’habileté, ses dons d’orateur, son pragmatisme. Le culte de la personnalité du « combattant suprême » et un paternalisme autoritaire.
Le bâtisseur de la Tunisie moderne et le libérateur de la femme s’est transformé en un référent consensuel et ceux, parmi les militants de gauche et des droits de l’homme qu’il avait, pourtant, punis, se considèrent comme ses héritiers naturels.
Quoiqu’ils manipulent en réécrivant l’histoire, Bourguiba est entrée dans l’Histoire par la grande porte. Le grand résistant à la France, l’architecte de l’indépendance et le bâtisseur de la Tunisie moderne.
Il restera incontestablement un Grand de l’Histoire moderne. Il avait une certaine idée de la Tunisie et chaque citoyen a une certaine idée de Bourguiba.
Toute la génération de l’indépendance lui doit sa réussite sociale grâce à l’école républicaine pour tous et partout.
Paix à son âme le Zaîm Habib Bourguiba qui restera dans nos cœurs et dans nos mémoires ! Qu’en le veuille ou non!
أحب من أحب وكره من كره
A.Klai

