Avec 64 étudiants affectés dans les grandes écoles françaises d’ingénieurs sur une promotion de seulement 87 élèves, l’IPEST signe une nouvelle performance exceptionnelle. Un résultat qui illustre, une nouvelle fois, le potentiel de l’enseignement public tunisien.
Les résultats des affectations 2026 aux grandes écoles françaises confirment l’excellence de l’Institut préparatoire aux études scientifiques et techniques (IPEST). Selon les chiffres publiés par l’économiste Hassen Zargouni, 64 étudiants sur les 87 que compte la promotion ont intégré l’une des filières les plus prestigieuses des concours français.
Dans le détail, quatre étudiants rejoignent l’École polytechnique, 16 intègrent les écoles du concours Mines-Ponts, parmi lesquelles Mines Paris, les Ponts et Télécom Paris, tandis que 22 sont affectés à CentraleSupélec, dont 14 à Paris-Saclay. Vingt-deux autres rejoignent des écoles accessibles par le concours commun INP (CCINP), comme l’ENSIMAG, Phelma ou l’ENSEEIHT.
Au total, près de 74 % de cette promotion accèdent ainsi à des écoles d’ingénieurs françaises de très haut niveau. Cette performance est d’autant plus remarquable que l’IPEST reste un établissement public accueillant des promotions relativement réduites.

Une histoire qui remonte à 1991
L’IPEST n’est pourtant pas une création récente. L’institut a été créé par la loi n°91-43 du 26 juin 1991, par le ministre de l’éducation et des sciences à l’époque Mohamed Charfi dans le cadre d’une réforme visant à renforcer la formation scientifique et technologique de haut niveau en Tunisie. Les premiers étudiants du cycle préparatoire ont été accueillis en 1992 .
À l’origine, l’objectif n’était pas simplement de préparer les jeunes Tunisiens à partir étudier en France. Les promoteurs de l’institut voulaient surtout créer en Tunisie une formation scientifique d’un niveau suffisamment élevé pour retenir les meilleurs talents dans le pays. La préparation aux concours français devait notamment servir de référence et démontrer la qualité de la formation dispensée. C’est ce que rappelait Mohamed Jaoua, premier directeur de l’IPEST.
L’institut est ainsi devenu au fil des années un passage privilégié pour les meilleurs bacheliers scientifiques tunisiens souhaitant accéder aux grandes écoles d’ingénieurs. Son histoire est intimement liée à celle de l’École polytechnique de Tunisie, créée elle aussi en 1991 avec l’ambition de former une élite scientifique et technologique nationale.
1,4 million de dinars pour une performance de haut niveau
Les résultats de 2026 prennent une dimension particulière lorsqu’on les met en regard des moyens disponibles.
Selon Hassen Zargouni, l’IPEST fonctionne avec un budget annuel d’environ 1,4 million de dinars. Ce montant est sans commune mesure avec les moyens consacrés à certains établissements d’excellence de la région, notamment au Maroc, où le Lycée d’excellence de Benguérir (LYDEX), soutenu par la Fondation OCP, bénéficie de ressources beaucoup plus importantes.
La comparaison peut certes être relativisée, les deux établissements n’ayant ni exactement les mêmes missions ni le même modèle de fonctionnement. Elle permet néanmoins de souligner le rendement remarquable d’un établissement public tunisien dont la principale richesse demeure son capital humain.
Car derrière les chiffres, il y a d’abord des enseignants et des étudiants. Deux années de classes préparatoires particulièrement exigeantes permettent à ces jeunes de se mesurer aux concours parmi les plus sélectifs. La réussite de la promotion 2026 constitue ainsi autant un hommage au travail des élèves qu’à celui de leurs enseignants.
Une réussite qui dépasse la question de l’exode des compétences
Le départ de ces jeunes vers la France peut naturellement susciter des interrogations sur la fuite des cerveaux. Mais leur réussite internationale ne signifie pas nécessairement une rupture avec la Tunisie.
Ces futurs ingénieurs pourront, demain, contribuer au développement du pays à travers la recherche, l’investissement, l’entrepreneuriat, le transfert de technologies ou encore la création de réseaux professionnels. La diaspora scientifique tunisienne constitue déjà un réservoir important de compétences et de relations internationales.
L’enjeu est donc moins d’empêcher toute mobilité que de transformer cette mobilité en avantage pour la Tunisie : maintenir les liens avec les diplômés, encourager les collaborations scientifiques, faciliter les investissements et favoriser le retour des compétences, même temporaire.
Le défi : donner davantage à ceux qui ont déjà fait leurs preuves
Les résultats de l’IPEST en 2026 constituent finalement un plaidoyer en faveur de l’investissement dans l’enseignement public d’excellence.
Avec 87 étudiants et 64 affectations dans les grandes écoles françaises, l’institut démontre une nouvelle fois que la Tunisie dispose d’un vivier scientifique exceptionnel. La question qui se pose désormais est simple : que pourrait accomplir l’IPEST avec des moyens davantage à la hauteur de ses résultats ?
Trois décennies après sa création, l’institut reste fidèle à sa vocation : identifier les meilleurs talents, les former à un niveau d’exigence international et ouvrir à la Tunisie les portes de l’excellence scientifique.
La promotion 2026 en apporte une excellente démonstration.
B.O

