Par Brahim Oueslati
En marge de sa visite à Tunis, le 31 août, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a rencontré Yasmine Yaakoubi, élève du lycée pilote du Kef et lauréate du baccalauréat tunisien 2026. Il l’a félicitée pour son excellent résultat et l’a encouragée dans son projet d’études.
Âgée de 18 ans, la jeune bachelière, qui a obtenu une moyenne exceptionnelle, bénéficiera d’une bourse du Service allemand d’échanges universitaires (DAAD). Elle doit d’abord se rendre à Heidelberg pour apprendre l’allemand, avant de poursuivre des études d’ingénierie à Munich, dans le domaine du génie mécanique.
Son parcours illustre, à lui seul, une politique allemande qui ne se limite pas à accueillir des étudiants étrangers, mais consiste aussi à repérer les meilleurs profils, les accompagner dès le début de leur parcours et les orienter vers des secteurs correspondant aux besoins de son économie.
Dix-sept jeunes talents ciblés
Pour la rentrée universitaire 2026, l’Allemagne a proposé 17 bourses d’excellence aux meilleurs bacheliers tunisiens, destinées à des études d’ingénierie. Les 17 lauréats sélectionnés bénéficient notamment du financement de leur première année de cours d’allemand et d’un accompagnement du DAAD tout au long de leur parcours universitaire.
Un dispositif qui mérite d’être observé de près. Car derrière ces 17 bourses, il y a une logique bien plus large : créer, très tôt, une passerelle entre les meilleurs élèves tunisiens et le système universitaire et économique allemand.
Le choix des filières n’est d’ailleurs pas fortuit. L’ingénierie, les sciences, les technologies et les disciplines industrielles occupent une place stratégique dans l’économie allemande. En attirant de jeunes profils dans ces domaines, l’Allemagne répond aussi à ses propres besoins en compétences qualifiées.
7 500 étudiants tunisiens en Allemagne
Cette politique s’inscrit dans une dynamique déjà bien engagée. Quelque 7 500 jeunes Tunisiens étudient actuellement dans les établissements d’enseignement supérieur allemands, selon les chiffres communiqués par Johann Wadephul lors de sa visite en Tunisie.
Les liens universitaires entre les deux pays sont également nombreux, avec près de 70 partenariats entre établissements d’enseignement supérieur tunisiens et allemands.
Cette présence importante des étudiants tunisiens ne relève donc plus d’un phénomène marginal. Elle témoigne d’une attractivité croissante de l’Allemagne auprès d’une jeunesse à la recherche de formations de haut niveau et de perspectives professionnelles.
La langue comme première étape
Le parcours proposé aux jeunes bacheliers est également révélateur de cette approche. L’apprentissage de l’allemand constitue une véritable étape du dispositif et non un préalable laissé à la seule initiative de l’étudiant.
Pour Yasmine Yaakoubi, cette première année à Heidelberg doit lui permettre d’acquérir les compétences linguistiques nécessaires avant d’entamer sa formation d’ingénieur à Munich.
Cette préparation linguistique facilite évidemment l’intégration universitaire, mais elle constitue aussi un investissement dans l’avenir professionnel de ces jeunes. Une bonne maîtrise de l’allemand élargit leurs possibilités d’insertion dans les entreprises et les secteurs où la demande de compétences est forte.
De l’université au marché du travail
C’est probablement l’un des aspects les plus importants de cette politique d’attractivité. Former un étudiant étranger peut aussi permettre de disposer, demain, d’un professionnel qualifié.
L’Allemagne, confrontée comme plusieurs économies européennes à des besoins importants en main-d’œuvre qualifiée dans certains secteurs, a tout intérêt à attirer des étudiants étrangers dans les disciplines dont elle aura besoin.
Le système fonctionne ainsi comme une chaîne : sélectionner les talents, financer leur formation linguistique, leur offrir une formation universitaire de qualité et créer ensuite les conditions de leur insertion professionnelle.
Pour les jeunes Tunisiens, les perspectives sont évidemment séduisantes. Ils peuvent bénéficier d’un environnement universitaire performant, d’une expérience internationale et, à terme, d’un accès à un marché du travail qui recherche des compétences dans de nombreux domaines scientifiques et techniques.
Une stratégie qui interpelle la Tunisie
Le cas de Yasmine Yaakoubi dépasse donc largement l’histoire personnelle d’une brillante bachelière. Sa rencontre avec le ministre allemand des Affaires étrangères est aussi un symbole.
L’Allemagne sait repérer les talents et leur adresser très tôt un message clair : nous voulons vous accueillir, vous former et vous donner les moyens de réussir.
C’est précisément là que se situe l’enjeu pour la Tunisie. Le départ de jeunes diplômés ou de bacheliers brillants ne constitue pas nécessairement un problème en soi. La mobilité internationale peut être une formidable opportunité d’acquérir des connaissances, des compétences et une expérience qui peuvent, un jour, profiter au pays d’origine.
Mais encore faut-il que la Tunisie soit capable de maintenir le lien avec ces compétences et, surtout, de leur offrir des raisons de revenir, d’investir, d’entreprendre ou de mettre leur savoir au service du pays.
L’Allemagne, elle, semble avoir compris une chose essentielle : dans la compétition mondiale pour les compétences, il ne suffit plus d’attendre que les talents arrivent. Il faut aller les chercher, les séduire et les accompagner dès le baccalauréat.
B.O

