De la couverture des crises au journalisme de service public : le citoyen doit retrouver sa place au cœur des priorités médiatiques.
Face aux difficultés qui affectent depuis plusieurs mois le quotidien des Tunisiens — perturbations de l’approvisionnement en eau et en électricité, hausse du coût de la vie, difficultés d’accès aux soins, conséquences des vagues de chaleur et pénuries de produits et services essentiels — le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) appelle les médias à repenser leurs priorités éditoriales.
Pour le syndicat, le rôle de la presse ne doit pas se limiter à rapporter les coupures, relayer les plaintes, couvrir les protestations ou reproduire les déclarations officielles. Le journaliste doit aussi aider le citoyen à comprendre les crises, à en identifier les causes, à déterminer les responsabilités et à suivre les solutions jusqu’à leur concrétisation.
Le SNJT estime que les questions liées à l’eau, à l’électricité, à la santé, aux transports, aux prix, à l’environnement, à l’éducation ou aux services administratifs sont au cœur de la vie publique et méritent un traitement journalistique aussi approfondi que les dossiers politiques.
Il invite ainsi les médias à passer de l’information ponctuelle au traitement des dossiers dans la durée, en développant les enquêtes fondées sur les données, le journalisme explicatif et le journalisme de solutions.
Le syndicat recommande notamment de :
- placer le citoyen, particulièrement celui des régions confrontées à des difficultés récurrentes, au centre des reportages ;
- confronter les données et déclarations officielles à la réalité du terrain ;
- identifier clairement les responsabilités, les décisions prises et celles qui n’ont pas été appliquées ;
- assurer un suivi régulier des engagements annoncés par les autorités ;
- renforcer le journalisme de données, d’investigation et de solutions ;
- faire appel aux experts pour éclairer les dossiers complexes ;
- privilégier également la prévention, en identifiant les signes annonciateurs des crises ;
- préserver, enfin, l’indépendance du journaliste, condition indispensable à un véritable journalisme de service public.
Le SNJT rappelle que le journalisme de service public n’est pas un journalisme gouvernemental, pas plus que le journalisme de solutions ne doit devenir un outil de justification de l’action des institutions.
Dans un contexte de crises multiples, le syndicat appelle les médias à redevenir un médiateur entre le citoyen et les institutions, capable de transmettre les préoccupations de la population, d’expliquer les politiques publiques et de contrôler leur mise en œuvre.
Il invite, à cet effet, les médias à consacrer davantage de dossiers et d’enquêtes aux crises sociales et aux dysfonctionnements des services publics.
« En période de crise, le besoin de journalisme ne diminue pas : il devient au contraire plus important que jamais », souligne en substance le SNJT, qui appelle la presse à éclairer la réalité plutôt qu’à se contenter d’en dresser le constat.

