La confirmation de la note souveraine de la Tunisie à « B- » par Fitch Ratings ne signifie pas, pour autant, une amélioration de la situation économique du pays. L’économiste Larbi Benbouhali dresse un constat beaucoup plus préoccupant, mettant en avant le poids de la dette, la faiblesse de l’épargne et la persistance du chômage.
Dans une publication sur sa page Facebook, l’économiste Larbi Benbouhali revient sur les éléments qui, selon lui, ne ressortent pas suffisamment de la récente analyse de Fitch Ratings concernant la Tunisie.
Il souligne en premier lieu l’aggravation de l’endettement public, estimant que la dette de l’État pourrait atteindre 150 milliards de dinars à la fin de 2026. Selon lui, le recours à l’endettement extérieur pour assurer le remboursement d’anciennes échéances traduit une situation de plus en plus contraignante pour les finances publiques.
Autre source d’inquiétude : la faiblesse de l’épargne nationale. Citant le rapport de la Banque centrale de Tunisie pour 2025, Benbouhali évoque un taux d’épargne de 5,2 % du PIB, qu’il juge insuffisant pour soutenir durablement l’investissement et la croissance.
Cette contrainte financière pèserait également sur les capacités d’investissement de l’État. L’économiste estime que les ressources disponibles restent insuffisantes pour financer plusieurs projets structurants, notamment dans la production d’électricité, la gestion de l’eau, le renouvellement du parc ferroviaire ou encore la relance de la production de phosphates, secteur stratégique pour les recettes en devises.
Le poids de la dette au cœur des préoccupations
Larbi Benbouhali met également l’accent sur le coût du service de la dette. Selon les données qu’il cite de la BCT, la Tunisie aurait consacré 15,8 milliards de dinars en 2025 au remboursement du service de la dette, soit un montant qu’il compare aux budgets cumulés de la santé et de l’éducation.
Sur le plan social, l’économiste pointe par ailleurs la persistance des disparités régionales. Il cite notamment une estimation de l’IACE faisant état d’un taux de pauvreté pouvant atteindre 37 % dans l’Ouest tunisien.
Le marché de l’emploi demeure lui aussi sous pression. Benbouhali évoque un chômage qui se maintient autour de 15 %, ainsi que la perte de 58 200 emplois au cours de l’année, selon les données de l’Institut national de la statistique.
Une note « B- » qui reste hautement spéculative
Pour l’économiste, la décision de Fitch ne constitue donc pas une amélioration de la situation. La note « B- » est maintenue, une catégorie que Fitch qualifie de « hautement spéculative » : selon la définition de l’agence, les notes de catégorie B correspondent à un risque de défaut significatif, avec une marge de sécurité limitée.
Benbouhali relève également plusieurs perspectives négatives qu’il attribue aux projections de Fitch pour 2026 : un déficit courant de 3,9 % du PIB, un déficit budgétaire de 6,4 %, une dette publique pouvant atteindre 85 % du PIB et une inflation autour de 5,7 %.
Au-delà de la seule notation financière, l’analyse de l’économiste pose ainsi la question de la capacité de la Tunisie à dégager suffisamment de ressources pour financer l’investissement, réduire les déséquilibres sociaux et relancer durablement la croissance.

