Dans un statut publié sur sa page Facebook, le juge et ancien membre de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA), Omar Wesleti, a appelé les médias à faire preuve de responsabilité dans leur couverture de l’affaire du meurtre de l’employée de la Maison des jeunes de Jendouba, portée disparue depuis le 3 octobre 2026 avant que son corps ne soit retrouvé enterré dans une maison abandonnée.
Cette affaire, qui a suscité une vive émotion dans l’opinion publique, remet au premier plan la question de l’équilibre entre le droit du public à l’information et le respect des garanties légales ainsi que des droits des personnes concernées.
Des médias ont fait état de soupçons visant deux collègues de la victime, un homme et une femme, dans l’attente des résultats de l’enquête et des suites judiciaires.
Tout en soulignant la nécessité de faire toute la lumière sur ce crime et de traduire en justice toute personne dont la responsabilité serait établie, Omar Wesleti met en garde contre les dérives d’une couverture médiatique susceptible de se transformer en « procès public » avant même que la justice ne se prononce.
Il rappelle, à cet égard, le principe fondamental de la présomption d’innocence, soulignant que le fait d’être soupçonné, placé en garde à vue ou présenté comme ayant avoué ne saurait être assimilé à une culpabilité définitivement établie. Il insiste également sur la nécessité de distinguer les faits avérés des informations préliminaires, des déclarations attribuées aux suspects et des éléments qui n’ont pas encore été confirmés par une décision judiciaire définitive.
Le juge met également en garde contre la divulgation de détails relevant de la vie privée, les spéculations sur les relations personnelles des personnes concernées et la présentation de mobiles non confirmés comme des faits établis. De telles pratiques, estime-t-il, risquent d’alimenter la stigmatisation, la diffamation et le dénigrement, tout en portant atteinte à des personnes dont la responsabilité n’a pas été démontrée.
La protection des témoins constitue un autre enjeu majeur. La publication de leur identité, de leurs données personnelles ou d’éléments permettant de les reconnaître peut les exposer à des pressions et à des représailles, tout en risquant de compromettre le bon déroulement de l’enquête et la sérénité de la procédure judiciaire.
Pour Omar Wesleti, la recherche du scoop ne saurait justifier des pratiques susceptibles de porter atteinte à l’intégrité des preuves, à la liberté des témoignages ou au bon fonctionnement de la justice.
Il appelle, dans ce contexte, à se référer au décret-loi n° 115 de 2011 relatif à la liberté de la presse, de l’imprimerie et de l’édition, au décret-loi n° 116 de 2011 dans la mesure où il est applicable, ainsi qu’aux règles encadrant la protection des données personnelles et à la déontologie journalistique.
La responsabilité ne concerne pas uniquement les journalistes, mais également les rédactions et les entreprises de presse, souligne-t-il. Les titres sensationnalistes, les photographies, les commentaires et la présentation des accusations peuvent en effet façonner un jugement prématuré dans l’opinion publique, même lorsque les articles précisent que l’enquête est toujours en cours.
L’ancien membre de la HAICA précise toutefois que son propos ne constitue ni un appel au silence ni une invitation à écarter les médias d’une affaire qui a profondément marqué l’opinion publique. Il plaide plutôt pour une couverture rigoureuse, équilibrée et respectueuse des droits de chacun.
« Le public a le droit de connaître les faits vérifiés, la famille de la victime a le droit de connaître la vérité et d’obtenir justice, et toute personne suspectée a le droit de ne pas être condamnée médiatiquement avant que le tribunal ne se prononce », souligne-t-il en substance.
Et de rappeler que la liberté de la presse implique de publier les informations présentant un intérêt pour le public, que la déontologie exige de le faire avec exactitude et que le traitement journalistique ne doit, en aucun cas, se substituer au travail de la justice.

