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Tunisie : le drapeau national, près de deux siècles d’histoire et de souveraineté

19 octobre 2026
in Actualités
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Tunisie : le drapeau national, près de deux siècles d’histoire et de souveraineté
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La Tunisie commémore, mardi 20 octobre, le 199e anniversaire de la création de son drapeau national, dont le dessin aurait été arrêté en 1827 sous le règne de Hussein Bey II, avant son adoption en 1831. Par ses couleurs et ses symboles, cet emblème incarne près de deux siècles d’histoire nationale et témoigne du parcours de la Tunisie vers l’affirmation de son identité et de sa souveraineté.

Depuis son adoption sous la dynastie husseinite, le drapeau tunisien a accompagné les moments charnières de l’histoire du pays, de l’époque beylicale à l’indépendance et à la proclamation de la République. Il a conservé ses principales caractéristiques, témoignant de la continuité d’un peuple attaché à son identité et déterminé à défendre sa souveraineté.

Sa signification ne se limite pas à celle d’un symbole officiel de l’État. Elle est également liée à la construction de l’identité nationale et à l’affirmation progressive de la souveraineté tunisienne. À travers lui, les Tunisiens expriment leur attachement à leur identité, leur fidélité à la patrie et leur volonté de préserver sa place dans la mémoire collective.

Entre un passé marqué par les sacrifices et un présent où se renouvellent les aspirations à un avenir meilleur, historiens et spécialistes considèrent cette commémoration comme une occasion de rappeler les racines civilisationnelles du drapeau national et de retracer ses transformations au fil des différentes étapes de l’histoire du pays. L’emblème incarne ainsi l’évolution de l’État tunisien, l’affirmation de son identité nationale et la consolidation de sa souveraineté.

Des racines profondément ancrées dans l’histoire

Le colonel à la retraite Mahjoub Samirani, auteur de l’ouvrage Le drapeau tunisien : histoire, signification et usage, souligne que la compréhension de l’histoire de l’emblème national nécessite de remonter aux profondeurs de l’histoire tunisienne et de son héritage civilisationnel. Les étendards étaient déjà connus à l’époque carthaginoise et leur usage s’est poursuivi sous les différentes dynasties et autorités qui se sont succédé dans le pays, des Hafsides aux deys et aux beys, avec des devises et des symboles propres à chaque période.

Le drapeau de la République tunisienne est rouge. En son centre figure un disque blanc renfermant un croissant rouge entourant une étoile rouge à cinq branches, conformément aux dispositions de la Constitution tunisienne. Il a conservé ses principales caractéristiques durant le protectorat français, avant d’être officiellement consacré comme drapeau de l’État par la Constitution du 1er juin 1959.

Le 30 juin 1999, la loi n° 56 de 1999, relative à la détermination des dimensions du drapeau national et à la précision de son dessin, a été promulguée. Le texte avait été adopté par la Chambre des députés le 3 juillet de la même année, sans modification de l’apparence générale de l’emblème depuis lors.

Dans des déclarations aux médias, Mahjoub Samirani rappelle que les étendards étaient autrefois placés à l’avant des armées pour impressionner et intimider l’adversaire, comme le rapporte Ibn Khaldoun. Il précise que le principal étendard militaire utilisé sous les beys demeurait le drapeau ottoman, en raison des liens qui unissaient alors la Tunisie à l’Empire ottoman.

Selon lui, les premiers signes d’une évolution progressive des relations entre les beys et la Sublime Porte remontent au règne de Hammouda Pacha Bey (1782-1814). Cette période a été marquée par une volonté de renforcer l’autonomie de la décision politique, notamment à travers l’abandon du versement du tribut annuel et la prise de décisions sans consultation préalable du sultan ottoman.

Modernisation et fondation de l’armée

Pour Mahjoub Samirani, l’entrée des troupes françaises en Algérie, en 1830, constitue un tournant dans l’histoire de la Tunisie. Cet événement aurait permis aux dirigeants arabes, dont le bey de Tunis, de mesurer l’ampleur du retard militaire et technologique de leurs pays par rapport à l’Europe.

Hussein Bey II aurait alors cherché à moderniser le pays et à mettre sur pied une armée régulière, à l’instar de ce qui se faisait dans d’autres États. À cette époque, souligne-t-il, les armées modernes constituaient un moteur de progrès et de modernisation dans des pays comme le Japon et l’Iran.

Le drapeau tunisien aurait ainsi vu le jour à la suite de la création du premier noyau de l’armée tunisienne, constitué à La Mohammedia, sous la supervision étroite du grand vizir de Hussein Bey II, Chakir Saheb Ettabaâ.

Les symboles qui composent l’emblème national seraient issus du patrimoine historique tunisien. Le croissant, l’étoile et le disque renverraient notamment à l’époque carthaginoise et à Carthage, dont l’influence s’étendait sur une grande partie du bassin méditerranéen. Ces motifs étaient déjà connus en Tunisie avant la fondation de l’Empire ottoman.

Le colonel à la retraite Samir Chami partage cette lecture historique. Il considère que le drapeau tunisien compte parmi les plus anciens drapeaux créés dans les pays arabes et musulmans. Son histoire remonterait, en réalité, bien au-delà du XIXe siècle, puisque les Carthaginois utilisaient déjà des étendards et que les civilisations qui se sont succédé sur le territoire tunisien ont chacune adopté des emblèmes distinctifs.

Selon lui, le drapeau actuel a pris sa forme définitive vers 1831, sous Hussein Bey II. À l’indépendance, en 1956, l’Assemblée nationale constituante a consacré comme drapeau national celui que les résistants avaient arboré pendant la lutte pour la libération du pays. Cette reconnaissance a ensuite été inscrite dans la Constitution de 1959, dont l’article 4 définissait le drapeau de la République comme une étoffe rouge portant en son centre une étoile et un croissant.

De la dépendance à l’indépendance

Le docteur Mohamed Dhouib rappelle, pour sa part, que le drapeau tunisien actuel figure parmi les plus anciens emblèmes nationaux au monde. Son dessin remonte à celui utilisé dans les années 1830 par Hussein Ben Mohamed II, souverain de Tunis. À l’époque, les drapeaux servaient notamment à distinguer les navires tunisiens.

Malgré leurs différences, les pavillons utilisés au fil du temps présentaient certaines caractéristiques communes, notamment le croissant et la couleur rouge. Les couleurs du drapeau français ont également été associées à cette histoire, avant que leur usage ne cesse à la fin du protectorat.

En 1831, le croissant et l’étoile auraient été retenus pour distinguer les navires tunisiens, sur décision du souverain de la dynastie husseinite. Ces symboles sont demeurés inchangés jusqu’à aujourd’hui.

Mohamed Dhouib explique que Hussein Bey II avait conçu un nouvel emblème destiné à distinguer la Tunisie des autres provinces ottomanes, tout en conservant une forte ressemblance avec le drapeau de l’Empire. Le rouge avait été maintenu, mais un disque blanc avait été ajouté au centre, tandis que les couleurs de l’étoile et du croissant avaient été inversées, passant du blanc au rouge.

La différence entre les deux drapeaux réside notamment dans la disposition des symboles : sur le drapeau tunisien, le croissant entoure l’étoile à l’intérieur d’un disque blanc, alors que les deux motifs apparaissent côte à côte sur le drapeau turc.

« L’occupation française a imposé son drapeau aux côtés du drapeau tunisien », explique-t-il. Les deux emblèmes ont ensuite coexisté sur un même pavillon, le drapeau français occupant une petite partie de la partie supérieure de l’emblème tunisien.

Après l’indépendance, obtenue en 1956, le drapeau français a été retiré de l’emblème national. L’Assemblée nationale constituante a décidé à l’unanimité de conserver le drapeau dans la forme conçue par Hussein Bey II, en le consacrant comme symbole de la souveraineté tunisienne.

Le drapeau confié à l’armée

En 1956, le président défunt Habib Bourguiba a remis le drapeau national au général El Kéfi, alors commandant des forces armées. À partir de cette date, les forces armées ont été chargées de veiller sur cet emblème, qui est depuis étroitement associé aux institutions de l’État, à l’armée, aux établissements scolaires et aux cérémonies nationales.

Des cérémonies de levée des couleurs sont organisées à l’occasion des grandes fêtes nationales, notamment la Journée des martyrs, la fête de l’Indépendance et celle de l’Évacuation. La fanfare militaire intervient également dans les établissements scolaires pour des cérémonies devant les élèves et les étudiants, dans le but de renforcer le patriotisme et l’attachement au symbole national.

La confection des drapeaux relève des services de la Direction générale de l’habillement et de l’approvisionnement du ministère de la Défense nationale, mais aussi de certaines entreprises privées, conformément à des spécifications réglementaires précises.

Le drapeau du président de la République porte, quant à lui, l’inscription « Pour la patrie » en lettres dorées. Il est fixé à une hampe dotée d’un fer de lance doré, sur lequel sont gravés le disque, l’étoile et le croissant.

La législation tunisienne prévoit que le drapeau national soit de forme rectangulaire et de couleur rouge, sa largeur représentant les deux tiers de sa longueur. Au centre figure un disque blanc dont le diamètre équivaut au tiers de la longueur du rectangle et dont le centre correspond à l’intersection de ses diagonales.

À l’intérieur du disque se trouve une étoile rouge à cinq branches, dont le centre est situé sur la verticale passant à droite du centre du disque, à une distance correspondant à un trentième de la longueur du drapeau, dans le sens opposé à celui de la hampe.

Une commémoration renouvelée

La célébration de l’anniversaire du drapeau tunisien donne lieu à différentes manifestations à travers le pays. Parmi les rendez-vous les plus marquants figure celui organisé sur l’avenue Habib-Bourguiba, à Tunis, où se tient la « Sortie du drapeau », une manifestation réunissant des associations et des organisations qui défilent en brandissant l’emblème national dans une ambiance festive.

Le Croissant-Rouge tunisien, les Scouts tunisiens, l’Organisation nationale de l’enfance et l’association Ibdaa participent à cette initiative, avec le soutien de la municipalité de Tunis et de la Société nationale des chemins de fer tunisiens.

Les réseaux sociaux se font également l’écho de cette commémoration, tant au niveau officiel que populaire. Les internautes publient des photographies du drapeau et des témoignages de leur attachement à cet emblème, accompagnés de rappels historiques sur sa création et les circonstances qui ont marqué son adoption.

Ces célébrations visent à renforcer l’identité tunisienne et l’esprit patriotique chez les jeunes et les élèves. Elles rappellent que le drapeau ne renvoie pas uniquement à une histoire révolue, mais incarne aussi un engagement permanent en faveur de la patrie, de la préservation de son unité et de la transmission du sentiment d’appartenance aux générations futures.

À travers lui se conjuguent la profondeur historique, les transformations politiques et la symbolique nationale. Le drapeau tunisien n’a jamais été un simple morceau de tissu flottant au-dessus des bâtiments : il demeure le témoignage vivant de la capacité de la Tunisie à préserver son identité à travers les siècles.

Source: TAP

Tags: drapeau nationalTunisie
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