Alors que le troisième sommet Russie-Afrique s’est ouvert ce mercredi 28 octobre à Moscou, avec l’objectif d’adopter un nouveau plan d’action Russie-Afrique pour renforcer la coopération dans la courte période qui s’étale entre 2027-2029, de nombreuses questions se posent sur les modèles de partenariat qui offrent à l’Afrique les meilleures garanties de développement, de stabilité et d’autonomie stratégique.
Est-ce que notre continent doit continuer sa dépendance envers un partenaire privilégié de longue date ou devra-t-il ouvrer beaucoup plus pour la diversification de ses alliances.
Entretemps et dans l’attente de nouvelles stratégies de partenariat « Gagnant-Gagnant » l’examen des échanges commerciaux et des investissements met largement en évidence le poids de l’Union européenne, au détriment des ambitions affichées par la Russie où se déroule en ce moment le sommet Russie-Afrique.
Avec plus de 356 milliards de dollars d’échanges de biens en 2025, l’Union européenne (UE) demeure le premier partenaire commercial de l’Afrique, devant la Chine (348 milliards) et les États-Unis (83,3 milliards).
Cette relation repose sur des liens économiques anciens et un cadre commercial préférentiel. Ainsi, 97 % des exportations africaines vers l’UE entrent sans droits de douane, grâce aux accords de partenariat économique et d’association ainsi qu’aux régimes commerciaux préférentiels. Ce dispositif qui favorise la continuité des échanges et l’intégration des entreprises africaines aux chaînes de valeur internationales.
La Russie affiche une présence bien plus limitée. En 2025, ses échanges avec l’Afrique s’élevaient à environ 27 milliards de dollars, soit une part marginale du commerce continental. Malgré un discours politique volontariste, son poids économique reste très inférieur à celui de l’Europe et de la Chine.
Cette hiérarchie est confirmée par les investissements directs étrangers (IDE). Avec environ 250 milliards d’euros de stocks d’investissements en Afrique en 2024, l’UE devance largement les États-Unis et la Chine, dont les stocks sont estimés respectivement à 47 et 44 milliards de dollars. Ces capitaux irriguent des secteurs essentiels (industrie extractive, agroalimentaire, infrastructures, services…) Ils s’orientent également vers le numérique et la transition écologique, avec des retombées potentielles en matière d’emploi, de formation et de transfert de compétences.
La France conserve une présence bilatérale importante : 53 milliards de dollars de stocks d’IDE en 2024 et quelque 4 200 filiales sur le continent, soit deux fois plus qu’une décennie auparavant. Ces entreprises génèrent environ 500 000 emplois directs. À l’inverse, la part russe dans les stocks d’IDE en Afrique reste inférieure à 1 %. Le contraste entre les ambitions politiques affichées et les moyens économiques effectivement mobilisés est manifeste.
L’Union européenne, premier bailleur de l’Afrique
L’Union européenne est présentée comme le premier bailleur de l’Union africaine (UA), avec une contribution annuelle moyenne de 259 millions de dollars, soit environ un tiers de son budget. Cette somme dépasse les 200 millions de dollars apportés par les 55 États africains réunis. Ce qui constitue un indicateur concret de l’engagement européen envers les structures continentales.
La Russie, en revanche, ne contribue pas financièrement au budget de l’UA sur la période considérée. Elle n’est pas non plus membre de la Banque africaine de développement et ne participe donc pas, à ce titre, à ses mécanismes de financement, notamment au Fonds africain de développement.
Cette différence traduit deux approches distinctes : un partenariat européen qui s’appuie notamment sur les institutions continentales et les mécanismes multilatéraux, et une présence russe davantage orientée vers les relations bilatérales avec les États africains.
La question de la représentation de l’Afrique dans les instances internationales constitue un autre terrain de convergence avec la France. Paris soutient le renforcement de la présence africaine au Conseil de sécurité de l’ONU, conformément aux revendications de l’Union africaine. Un rapprochement qui s’est traduit par plusieurs séquences de dialogue, notamment lors des échanges stratégiques UA-France à Addis-Abeba, le 29 novembre 2024, puis à Paris, le 13 avril 2026, ainsi que dans le cadre de rencontres diplomatiques à New York et de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies.
L’enjeu dépasse les relations bilatérales, il s’agit de donner au continent une place plus conforme à son poids démographique, politique et économique dans la gouvernance mondiale. Pour les pays africains, cette réforme représente un levier de souveraineté collective et de rééquilibrage des rapports internationaux.
Aide humanitaire : le soutien inestimable de l’UE
Les États-Unis restent un acteur majeur de l’aide humanitaire en Afrique, notamment à travers le Programme alimentaire mondial (PAM). Leur contribution à cette organisation est donnée à environ 2 milliards de dollars en 2025, soit 32 % de son budget. Mais cette position est fragilisée par la baisse des financements.
Les engagements humanitaires américains seraient passés de 15,3 milliards de dollars en 2024 à 4,91 milliards en 2025. Ce recul brutal met en difficulté les organisations qui dépendent de ces ressources pour répondre aux urgences alimentaires et aux crises humanitaires.
Pour sa part, l’Union européenne maintient un soutien significatif au PAM, estimé à 600 millions de dollars, soit 9 % de son budget, tandis que ses financements humanitaires pour 2025 avoisinent 976 millions d’euros. La France conserve également une contribution notable. En 2025, elle a versé 113,6 millions de dollars au PAM, contre 48 millions pour la Russie et 19,1 millions pour la Chine. Son apport dépasse ainsi celui de ces deux pays réunis.
Les partenariats durables se construisent aussi dans les universités, les centres de formation et les échanges entre sociétés. En 2024, l’Union européenne accueillait 282 089 étudiants africains, contre environ 61 000 en Chine et 73 000 aux États-Unis pour les périodes indiquées. L’attractivité européenne reste donc un atout majeur, notamment pour les transferts de savoir-faire, la formation des jeunes et la circulation des compétences.
Grosso modo, L’Union européenne occupe une place centrale par l’ampleur de ses échanges, ses investissements, son soutien aux institutions africaines et ses liens universitaires. La France se distingue notamment par son tissu d’entreprises, son aide humanitaire et son soutien à une meilleure représentation de l’Afrique dans la gouvernance mondiale.
Les USA demeurent un acteur commercial, financier et humanitaire de premier plan, la Chine s’impose par le volume de ses échanges et ses partenariats sectoriels. La Russie, enfin, affiche des ambitions qui contrastent avec son poids limité dans les échanges et les investissements.
Pour les États africains, la question n’est donc pas de choisir mécaniquement un partenaire contre un autre. Mais de déterminer quels partenariats répondent le mieux à leurs besoins, protègent leurs intérêts et leur permettent de maîtriser leur trajectoire de développement.
O.D.

