La Tunisie fait face à une dépendance énergétique croissante. Cette situation fragilise son économie et accentue son exposition aux crises internationales. Dans son rapport intitulé « Sécurité énergétique de la Tunisie : construire des marges de manœuvre dans l’interdépendance », l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) alerte sur les limites du modèle actuel. L’institution appelle à une nouvelle approche. Elle propose quatre orientations pour mieux exploiter les atouts géographiques du pays et de renforcer ses capacités nationales.
Les chiffres confirment cette vulnérabilité. À fin juillet 2026, le taux de dépendance énergétique atteignait 66 %, contre 63 % un an auparavant. Hors redevance gazière, il grimpait à 73 %.
Le déficit du bilan d’énergie primaire s’élevait à 3,8 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), en hausse de 9 % sur un an. De son côté, le déficit commercial énergétique atteignait 8,27 milliards de dinars, soit une progression de 29 %.
La production électrique reste également très dépendante du gaz naturel. À fin juin 2026, cette ressource assurait 90,8 % de la production nationale. Les énergies renouvelables ne représentaient que 9,2 %, loin de l’objectif de 35 % fixé pour 2030.
Sécurité énergétique : les tensions internationales accentuent les risques
L’IACE souligne l’impact des crises géopolitiques sur les marchés énergétiques. Les tensions autour du détroit d’Ormuz illustrent notamment les risques liés à la concentration des approvisionnements et aux routes stratégiques.
La transition énergétique fait aussi émerger de nouvelles dépendances. Les réseaux électriques, les batteries, les technologies numériques et les matériaux critiques occupent désormais une place centrale.
Dans ce contexte, la position géographique de la Tunisie représente un atout stratégique. Sa proximité avec l’Europe et son rôle dans le transit du gaz algérien vers l’Italie lui offrent des opportunités. Toutefois, le simple transit ne garantit pas la souveraineté énergétique.
Passer du pays de transit au pays-plateforme
Pour l’IACE, la Tunisie doit changer de modèle. Elle doit dépasser son rôle traditionnel de pays de transit et devenir un pays-plateforme capable de créer davantage de valeur.
Cette ambition passe par le développement des interconnexions électriques, des énergies renouvelables et des capacités de stockage. Elle nécessite aussi des investissements dans les infrastructures, les compétences et les filières industrielles locales.
Le projet ELMED illustre cette orientation. Cette interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie prévoit une capacité bidirectionnelle de 600 MW. Sa mise en service est prévue en 2028.
Le SoutH2 Corridor représente une autre opportunité. Ce projet prévoit le transport d’hydrogène renouvelable depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe. Sa capacité annoncée dépasse 4 millions de tonnes par an.
L’IACE insiste toutefois sur un point essentiel : la Tunisie doit aussi tirer profit de ces projets sur le plan national. L’hydrogène vert ne doit pas servir uniquement les marchés d’exportation. Il doit également soutenir l’industrie locale, créer des emplois qualifiés et développer les compétences technologiques.
Quatre priorités pour renforcer la souveraineté énergétique
L’IACE identifie quatre orientations pour réduire les vulnérabilités du pays.
Première priorité : accélérer la transition énergétique. La Tunisie doit concrétiser sa stratégie énergétique à l’horizon 2035. Elle doit aussi moderniser ses réseaux, développer le stockage et améliorer l’efficacité énergétique. L’institution recommande également d’étudier de nouvelles options technologiques, dont le nucléaire.
Deuxième priorité : diversifier les partenariats. Le pays doit consolider ses relations avec l’Algérie, l’Italie, la Libye et l’Union européenne. Cette diversification doit renforcer sa capacité de négociation et multiplier les possibilités d’approvisionnement et de financement.
Troisième priorité : développer la valeur ajoutée locale. La Tunisie doit attirer des investissements productifs et renforcer ses chaînes de valeur industrielles. Elle doit aussi investir dans la formation et les compétences nationales.
Quatrième priorité : améliorer la gouvernance énergétique. L’IACE appelle à renforcer la coordination entre les acteurs publics et privés. Il recommande également une meilleure stabilité réglementaire et une diplomatie énergétique plus active.
À travers ces propositions, l’IACE rappelle que la Sécurité énergétique dépasse la question de l’approvisionnement en pétrole et en gaz. Elle concerne aussi la capacité de la Tunisie à maîtriser ses infrastructures, diversifier ses ressources et développer ses propres compétences.
Le véritable enjeu consiste donc à transformer la position géographique du pays en avantage économique durable et à faire de l’énergie un moteur de souveraineté et de développement industriel.
