Des détecteurs de mensonge pour contrôler les entrées des passagers en Europe

Des détecteurs de mensonge pour contrôler les entrées des passagers en Europe

Un détecteur de mensonges dopé à l'intelligence artificielle, qui s'appelle iBorderCTRL, sera le nouvel agent virtuel qui contrôlera dès 2020 les passeports à l'entrée de l'Union Européenne.

 Quatre postes frontières en Grèce, Hongrie et Lettonie vont tester pendant neuf mois ce système d’intelligence artificielle permettant de sélectionner les voyageurs potentiellement à risque pour les soumettre à un entretien approfondi avant l’entrée sur le territoire européen.

Ce système d’intelligence artificielle ADDS (Automatic Deception Detection System, système de détecteur de mensonge automatique) doit permettre de déceler les mensonges de l’interviewé par l’analyse des micromouvements du visage face caméra ; ces mouvements difficilement perceptibles attestant de signes d’excitation, de stress, du plaisir de tromper, etc.

Ce détecteur de mensonge est le dispositif phare du programme iBorderCtrl (système de contrôle intelligent aux frontières) lancé par l’Union européenne en 2016 dans le cadre du programme de recherche et innovation Horizon 2020 et doté d’un budget de 4,5 millions d’euros sur 3 ans.

Ce système s’apprête à sortir des laboratoires de recherche en intelligence informatique de l’université métropolitaine de Manchester en Angleterre pour être testé pendant neuf mois dans les quatre postes frontières de l’UE en Grèce, en Hongrie et en Lettonie.  

IborderCtrl se veut un système à même de faciliter le travail des douaniers, de fluidifier et d’accélérer les contrôles aux frontières extérieures de l’UE tout en renforçant la sécurité – pour se prémunir du risque terroriste, de l’immigration illégale, des trafics mafieux, etc. – alors même que plus de 700 millions de personnes entrent sur le territoire européen chaque année et que ce nombre est en constante augmentation.

Un garde-frontière virtuel à l’écran

Le dispositif fonctionnera en deux temps. Le voyageur se préenregistre depuis son domicile en se connectant en ligne au système. Il scanne et télécharge les pièces requises (passeport, visa, preuves de ressources financières) qui sont passées au crible de l’outil d’analyse de l’authenticité des documents. Et ensuite, il répond devant la webcaméra aux questions du garde-frontière virtuel qui s’adapte au sexe et à la langue du migrant.

L’ensemble des données collectées permet au système dit intelligent de classer les personnes sur une échelle de risque. Un tri est alors opéré entre les personnes considérées de bonne foi qui seront plus rapidement contrôlées à leur arrivée à la frontière – facilitant ainsi leur mobilité – et les autres « à risque » qui feront alors l’objet d’interrogatoires plus approfondis par des gardes-frontières en chair et en os.

« L’ensemble de la procédure est fiable, parce qu’elle ne repose pas sur une seule analyse de risque mais au contraire sur une corrélation de risques issus de plusieurs analyses », fait valoir Keeley A. Crockett, en charge du projet à Manchester.

IborderCtrl n’est pour l’instant qu’un prototype qui doit faire l’objet de « maturation technologique », comme le souligne George Boultadakis, coordinateur du projet européen au sein de l’entreprise European dynamics basée au Luxembourg auquel participe neuf pays de l’UE. Le système est censé lui-même apprendre, et se perfectionner à l’usage.

Mais pour l’instant, le garde virtuel détecteur de mensonges ne parle que trois langues et ne pose que seize questions. Et il n’atteint qu’un taux de fiabilité de 76 %, avec l’objectif d’atteindre 85 %. Ce qui laisse extrêmement dubitative Maja Pantic, professeure en informatique comportementale à l’Imperial College de Londres.

 

 

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