La violence dans les stades et ailleurs: l’impunité mère de tous les vices

 La violence dans les stades et ailleurs: l’impunité mère de tous les vices

 

Presque simultanément mardi deux zones de la capitale sont les théâtres d’actes de violences graves. Le Stade olympique de Radès connaissait une atmosphère quasi-insurrectionnelle avec un nuage de fumée où se mêlaient les fumigènes des supporters et le lacrymogène des forces de l’ordre, lors du match Espérance/ Primero de Augosto de l’Angola.

Au même moment, à Sidi Hassine-Séjoumi une patrouille de la Garde douanière effectuant une descente dans un entrepôt de marchandises de contrebande est prise d’assaut par des éléments suspects qui ont tenté de s’emparer de véhicules et d’armes, ce qui a obligé les agents à tirer des balles en l’air.Un jeune de 18 se trouvant sur les lieux est grièvement blessé. Il devait succomber dans la nuit des suites de ses blessures.

Qu’y a-t-il de commun entre ces deux incidents graves sinon gravissimes ? Des actes de violence qui ont dégénéré. La violence réelle ou larvée est devenue le lot quotidien de beaucoup de quartiers dans notre pays.

Au Stade de Radès, rien ne justifiait cet accès de violence. Puisque l’enjeu sur le terrain concernait la seule équipe locale, celle de l’Espérance sportive de Tunis opposée à une équipe angolaise pour la qualification à la finale de la Ligue des champions de la CAF.

Sans raison, sauf celle de « casser du sécuritaire » une partie des supporters des Sang et Or, usant au début de fumigènes, interdits dans les enceintes sportives, puis ensuite de projectiles divers, s’est ruée sur les forces de l’ordre obligées de se défendre au moyen du gaz lacrymogène. Une autre partie s’est dirigée vers la séparation entre la pelouse et le virage pour s’y prêter aux actes de violence.

Selon le ministère de l’intérieur même des morceaux de lavabos arrachés et de portes en fer ont été utilisés dans cette bataille rangée. Plus de trente agents ont été blessés plus ou moins grièvement dont l’un a dû être amputé des phalanges car il a interposé ses mains à un projectile qui aurait pu le blesser plus gravement au visage.

A Sidi Hassine-Séjoumi, une patrouille de la Garde douanière, munie d’un ordre du Parquet effectuait une descente dans un entrepôt de marchandises de contrebande, quand elle a été prise d’assaut par une foule d’éléments suspects venus les empêcher d’accomplir leur mission.

Malgré les avertissements, la foule ne s’est pas conformée aux mises en garde et a même tenté de s’emparer des véhicules et des armes, des douaniers obligeant ces derniers à tirer en l’air pour se dégager et pouvoir se retirer. C’est alors que le chef de la brigade découvre un jeune homme blessé sur les lieux. Malgré les soins qui lui ont été prodigués et l’opération qu’il a subie à l’hôpital où il a été transporté, il devait succomber quelques heures plus tard, des suites de ses blessures.

Dans le même temps, des agents de la douane, blessés plus ou moins grièvement sont admis dans des établissements hospitaliers pour recevoir les soins que nécessite leur état de santé. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des actes de violence gratuite qui ont dégénéré.

A Radès comme à Sidi Hassine-Séjoumi, c’est l’impunité qui a favorisé ce nouveau type de violence urbaine qui va en s’élargissant et risque un jour de mettre le pays à feu et à sang si on n’y prend pas garde. Au Stade de Radès, ce sont des scènes récurrentes auxquelles on assiste presque toutes les semaines.

Pourrait-on continuer à laisser faire des énergumènes qui profitent de cette impunité pour poursuivre leur sale besogne. L’entrée dans le stade est strictement contrôlée, pourtant la violence n’a pas diminué. Les casseurs doivent être fichés et interdits d’entrée dans les enceintes sportives. Pourquoi on ne le ferait pas. Le phénomène des Hooligans en Angleterre autrement plus grave a été enrayé grâce à l’interdiction d’entrée des éléments perturbateurs, une interdiction à vie pour certains.

Le porte-parole du ministère de l’intérieur, Sofiène Zaag estime qu’une loi doit être prise à cet effet. Pourquoi son département en collaboration avec le ministère du sport n’en prend-il pas l’initiative ?

Pour ce qui est de Sidi Hassine- Séjoumi, ce n’est pas la première fois qu’une foule d’éléments suspects s’interpose à la fouille de dépôts de contrebande. Ici aussi c’est l’impunité qui favorise ce genre de phénomène.

Pour ne pas envenimer la situation, les agents porteurs d’armes, que ce soit la police, la garde nationale ou la douane, préfèrent se retirer que d’avoir à affronter des énergumènes sans foi ni loi, là aussi.

Certes, c’est une attitude louable, mais cela n’empêche pas que les perturbateurs soient identifiés et mis hors d’état de nuire. Les forces de sécurité ont les moyens pour pouvoir les cueillir un à un.

De plus pourquoi, lors des perquisitions ou des descentes, un périmètre de sécurité n’est pas établi et strictement protégé de sorte que les protestataires ou les simples badauds n’aient pas la possibilité de s’approcher des agents lorsqu’ils sont en train d’exécuter leur mission.

Ainsi on éviterait le genre d’incidents qui a eu lieu mardi avec les conséquences graves que cela peut entrainer pour la paix civile dans une zone sensible de la capitale.

Certes, d’aucuns pointeraient du doigt le désœuvrement des uns, le chômage des autres pour justifier, sinon expliquer ces accès récurrents de violence que ce soit dans les stades ou ailleurs, mais ces explications sont un peu courtes, car le désœuvrement ne génère pas de lui-même la violence. Celle-ci est favorisée, par l’impunité qui, elle-même engendre le laxisme. De sorte que le pays devient à la fin ingouvernable.

La primauté doit rester à la loi si on veut construire une démocratie et un pays des libertés publiques et individuelles.

RBR

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