Tunisie: rupture actée entre BCE et Chahed

Tunisie: rupture actée entre BCE et Chahed

Les évènements se sont accélérés ces derniers jours et ont pris un tour grave et inattendu actant la rupture entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement.  Dans la soirée de lundi dernier, Youssef Chahed a anticipé annonçant un remaniement en profondeur de son gouvernement, prenant de court tout le monde. Quelques minutes après, il prend la direction de l’aéroport de Tunis Carthage pour s’envoler à Nouakchott.  Au total 13 ministères et 5 secrétariats d’état ont été touchés. Contrairement à une tradition bien implantée depuis la formation du premier gouvernement de Habib Essid en février 2015, Chahed n’a pas consulté le président de la république Béji Caid Essebsi, faisant valoir ses prérogatives constitutionnelles. La Constitution de janvier 2014 stipule, en effet, que c’est le chef du Gouvernement qui choisit les ministres et les secrétaires d’État et en concertation avec le Président de la République en ce qui concerne les ministères des Affaires étrangères et de la Défense. Comme il peut limoger un ou plusieurs membres du Gouvernement ou l’examen de sa démission, et en concertation avec le Président de la République en ce qui concerne le Ministre des Affaires étrangères ou le Ministre de la Défense. Or ses deux ministères n'ont pas touchés.

Branle-bas de combat à Carthage et la première qui a dégainé est la porte-parole de la présidence de la république Saida Garrache qui a déclaré que le président de la république a été mis devant le fait accompli et qu’il n’a pas été  mis au courant de ce remaniement. Peu de temps après c’est autour d’un autre conseiller, Noureddine Ben Ticha de réitérer la même chose faisant savoir le courroux du chef de l’Etat. Les deux collaborateurs de Béji Caid Essebsi récidivent le lendemain, mais cette fois-ci avec plus de nuance pour Garrache et plus de virulence pour Ben Ticha qui a annoncé la rupture définitive entre les deux hommes.  Dans la même journée, les dirigeants de Nidaa Tounes, le nouveau secrétaire général Slim Riahi et le coordinateur général Ridha Belhaj sont allés plus loin en évoquant un coup d’état, semblable à celui de Ben Ali contre Bourguiba le 7 novembre 1987. Tous les deux ont pointé du doigt le mouvement Ennhdha accusé d’avoir utilisé Youssef Chahed comparé par Belhaj au premier ministre iranien Mehdi Bazrgane, du temps de Khomeyni, pour accomplir ce forfait. Jurant de faire bloquer ce remaniement. Même les explications du porte-parole du gouvernement Iyed Dahmani n’ont pas atténué l’ire carthaginoise. Tous ont crié à la trahison et à la félonie.

Décidé d’assumer son conflit avec BCE, Chahed a, dès mardi, sollicité directement le vote de confiance au parlement pour ses nouveaux ministres et secrétaires d’état sans passer par lui, comme il est de coutume. Un jour après, mercredi 7 novembre, le président a écrit à l’ARP pour contester la légalité des procédures.

Chahed a gardé les ministres et secrétaires d’état appartenant au Nidaa qui ont préféré rester au gouvernement malgré les injonctions de la direction du parti qui les a sommés de démissionner. Il a renforcé la présence du mouvement Ennahdha qui a définitivement rompu avec le chef de l’Etat. Comme il a rallié à sa cause le parti Mashrou Tounes qui dispose désormais de deux minsitères, et le parti Al Moubadra dont le président Kamel Morjane fait en entrée au gouvernement.

Au delà des arguties juridiques, la partie va, maintenant, se jouer à l’intérieur du parlement. Chahed compte sur trois groupes : Ennahdha avec 68 membres, le nouveau bloc de la Coalition nationale qui lui est acquis, 40 membres et Mashrou Tounes, 14 membres.  Au total 122 sur 2017. Soit plus que la majorité absolue de 109 voix. Il peut, également, compter sur quelques défections du groupe de Nidaa Tounes qui contestent la fusion de leur parti avec celui de l’homme d’affaires controversé Slim Riahi et éventuellement sur des membres d’autres groupes. Entre temps le bureau de l’Assemblée qui se réunira ce jeudi 8 octobre devra trancher le litige. Mais vu sa composition, la balance va se pencher du côté de Youssef Chahed qui compte sur au moins 7 membres sur les 13, sans compter le président, contre quatre pour BCE. Même Ghazi Chaouachi qui représente le groupe démocrate a soutenu la démarche du chef du gouvernement.

Les prochains jours s’annoncent cruciaux et la crise au sommet de l'Etat risque de s’enliser davantage.

B.O

 

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