Nouvel enregistrement fuité : le politicard, le tocard et la « tête de mule »

Nouvel enregistrement fuité : le politicard, le tocard et la « tête de mule »

 

L’enregistrement fuité est lourd de conséquences cette fois-ci. La voix est reconnaissable entre toutes, puisqu’elle accède à nos domiciles sans demander de permission. L’homme n’est pas peu fier du métier qui est le sien. Il est, en effet, propriétaire d’une chaîne privée de télévision. Il a ainsi la capacité d’aligner une cinquantaine d’avocats qu’il a appelés un à un pour qu’ils viennent l’assister de gré ou de force et plaider sa cause.

Même Béji Caïd Essebsi, qui n’a plus porté sa robe d’avocat depuis longtemps, est sollicité avec une menace  à peine voilée.  S’il ne le fait  pas, il n’aura plus droit de cité dans sa chaîne et peu ou point de chance de devenir président de la République comme il en a l’ambition. On est encore en 2012 et il s’agit de l’histoire de Persépolis, ce film de dessins animés qui a mis le pays sens dessus dessous pour avoir osé donner une image du Créateur de l’Univers. Le (pas encore) président se fait un peu prier. Poussé par son épouse,  il finit par  accepter.

 Un seul avocat-homme politique refuse. Il est traité de « tête de mule » ou plus prosaïquement de tocard. Nabil Karoui, puisque c’est de lui qu’il s’agit,  donne ce peu enviable nom de bête  à  Néjib Chebbi et il aura à son encontre la rancune tenace. De 2012 à 2016, il n’aura droit qu’à trois passages sur Nessma TV et encore, puisqu’ils ont lieu dans le cadre de la campagne électorale. Il met dans le même sac Maya Jéribi qui n’a pas voulu se faire photographier devant le Palais de Justice dans cette affaire qui est capitale pour lui.  Yassine Brahim est lui aussi ciblé puisqu’il a conseillé à Néjib Chebbi de ne pas se mettre Ennahdha dans le dos. Pour se faire pardonner, il se fait petit et vient s’excuser, dit Karoui qui regrette d’avoir été magnanime à son égard.

Le patron de Nessma fait toute cette digression pour montrer la toute-puissance de l’outil dont il est le maître, la télévision. Surtout que sa chaîne occupe la première place en termes d’audimat. Les taux présentés datent du mois de juillet 2016.  C’est elle qui fait les présidents comme naguère on faisait les rois. Du moment que le sondeur patenté Hassen Zargouni le dit, c’est que c’est vrai. Le patron de Sigma Conseils n’a-t-il pas  prédit les résultats de l’élection présidentielle au centième près. Selon ces chiffres qu’il égrène avec fierté,  la télévision influe à 68% dans le choix du candidat, bien devant l’Internet à 6%, les radios à 5%, la presse écrite à 2% et tutti quanti.

Sans le dire carrément, il est persuadé que c’est  grâce à sa chaîne que Béji Caïd Essebsi a accédé à Carthage. N’a-t-il pas refusé sa chaîne à Moncef Marzouki qu’il a invité à l’avant-veille du scrutin avant de changer d’avis. Entretemps l’ancien président provisoire a annulé un passage sur  Hannibal TV. De sorte qu’il a été privé de l’une et de l’autre.

Nabil Karoui n’a jamais caché son ambition de postuler à un haut poste politique. Comme il  a les moyens d’assouvir cette ambition, sa chaîne de télévision, il a toutes ses chances si on suit son raisonnement. Et si Nessma-Live ainsi que l’association caritative Khalil Al-Khayr, grâce à laquelle il est présent chaque soir sur sa chaîne à une heure de grande écoute entre deux feuilletons, ne sont que les instruments idoines à cette fin.

Alors Nabil Karoui président en 2019, ce n’est pas une hypothèse, mais une probabilité ? Pour lui tout du moins !

RBR

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