Prix Nobel de Chimie : Ce Tunisien qui nous fait honneur et que nous devons célébrer comme il se doit

Prix Nobel de Chimie : Ce Tunisien qui nous fait honneur et que nous devons célébrer comme il se doit

 

Ils s’appellent Ahmed Zwail et Moungi Bawendi. Comme leur nom l’indique, ils sont Arabes. Ils ont en commun d’avoir été couronnés du Prix Nobel de Chimie. Le premier en 1999 et le second en 2023. Ce ne sont pas les seuls caractéristiques qu’ils partagent. Tous les deux ont été primés parce qu’ils sont aussi Américains et qu’ils ont fait leurs travaux aux Etats-Unis.

Avec le Prix Nobel de Littérature, Naguib Mahfouz, ils sont les seuls Arabes à avoir inscrit leurs noms sur les tablettes du plus prestigieux des prix dans le monde. On y ajoute, pour notre fierté, le prix de Nobel de la Paix obtenu par le Quartet du Dialogue national conduit par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Mais si ce dernier est célébré en Norvège, les autres sont décernés par le comité Nobel se trouvant dans le pays natal d’Alfred Nobel, la Suède

Un autre prix Nobel est aussi tunisien même si son récipiendaire est français. En effet Charles Nicolle, arrivé à Tunis en 1903 de sa Normandie natale pour y exercer la médecine a travaillé avec ses confrères dont Ernest Conseil sur une épidémie de typhus qui sévit dans Tunis. L’équipe démontre en 1909 que l’agent vecteur de la maladie est le pou.

En effet, les médecins notent qu’à l'hôpital Sadiki, (devenu à l’indépendance l’hôpital Aziza Othmana), le personnel ne contracte jamais le typhus, contrairement aux agents de l'hôpital qui reçoivent les patients et changent leurs vêtements (le règlement de cette institution imposait aux malades de ne porter que les vêtements de l’hôpital).

L’hôpital ancienne caserne, avait un bain maure. Le malade y était rasé et débarrassé de ses poux ; il n'était plus contagieux. À partir de cette constatation, l'équipe conclut que des actes simples d’hygiène et la suppression du parasite suffisent à assurer la prophylaxie du fléau et à sauver des vies.

« Pour ses travaux sur le typhus », Charles Nicolle reçoit le prix Nobel de médecine en 1928 et est élu membre de l’Académie des sciences en 1929. Il meurt à Tunis le 28 février 1936 et choisit de se faire enterrer à l’Institut Pasteur dans la capitale tunisienne. Sur sa tombe, on peut voir deux rameaux entrelacés, pommier et olivier, symboles de la Normandie et de la Tunisie. L’ancien hôpital civil français de Tunis porte son nom depuis 1946.

A n’en point douter, les deux prix Nobel de Chimie, Ahmed Zwail et Moungi Bawendi n’auront jamais été primés s’ils n’avaient pas aussi la nationale américaine et s’ils n’avaient pas appartenu au monde de la recherche aux Etats Unis.

Moungi G. Bawendi, de son complet Moungi Gabriel Bawendi, né le 15 mars 1961 à Paris, est un chimiste tunisien, français et américain et professeur au Massachusetts Institute of Technology. Il est l'un des pionniers de la recherche sur les boites quantiques et l'un des chimistes les plus cités du monde, lit-on dans sa biographie sur Wikipédia.

On apprend aussi que son père, Mohamed Salah Bouendi, aujourd’hui décédé, natif de Tunis et élève du Lycée Sadiki était un grand mathématicien qui a roulé sa bosse en France et aux Etats Unis. C’est certainement lui qui a inoculé l’amour des sciences exactes à son fils.

Même s’il passe son enfance en France et en Tunisie, c’est aux Etats Unis où sa famille immigre qu’il fait ses études scientifiques obtenant coup sur coup une licence appliquée et un master en chimie de l’Université Harvard (en 1982 et 1983) et un doctorat en chimie de l’Université de Chicago en 1988.

Deux ans plus tard, il intègre le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) en tant que professeur assistant. C’est là-bas qu’il mène des recherches sur les nanomatériaux et particulièrement sur les points quantiques. Ces efforts aboutissent au développement des premières techniques de production des premiers points quantiques de haute qualité et du contrôle de la taille des points quantiques et de la couleur de leur fluorescence en 1993. Cette performance lui permet d'être nommé professeur agrégé au MIT en 1995 puis professeur des universités au sein de la même institution en 1996.

Une fois nommé professeur au MIT, Moungi G. Bawendi étend ses domaines d'intérêt en créant son propre laboratoire de nanochimie et commence à réaliser des recherches interdisciplinaires visant à sonder la science et à développer la technologie des nanocristaux et autres nanostructures synthétisés chimiquement.

Ces travaux, qui lui permettent de devenir une référence internationale en nanochimie durant les années 2000, visent la mise au point de nouvelles méthodes de synthèse, de caractérisation et de traitement des points quantiques, des nanoparticules magnétiques et des agrégats J tubulaires en tant que nouveaux éléments constitutifs des matériaux ; ils permettent aussi l'étude des propriétés optiques et magnétiques fondamentales des nanostructures, en utilisant une variété de méthodes spectroscopiques, notamment le développement d'outils de corrélation optique de photons pour étudier les émetteurs nanoscopiques simples, l'incorporation des points quantiques et des particules magnétiques dans diverses structures de dispositifs optiques et électroniques et le développement des nanoparticules et d'autres agents pour l'imagerie médicale.

Ce sont ces travaux qui lui permettent d’obtenir le plus prestigieux prix auquel peut aspirer un chercheur dans son domaine de prédilection.

Nombreux sont les Tunisiens qui ont tiré une légitime fierté de ce compatriote hissé au toit du monde dans sa spécialité. Cela n’a pas empêché certains de considérer que c’est l’Américain ou le Franco-Américain qui a été primé.

Le fait que Gabriel ait été accolé à son patronyme ou qu’un W ait été substitué à OU qui se trouve dans le nom de son père sont, pour certains, un subterfuge pour mettre en évidence son américanité au dépens de sa tunisianité.

Ceux qui connaissent son défunt père  rappellent que, n'eut été l'intervention du collègue français de ce dernier, devenu plus tard un professeur visiteur à l'Université el Manar serait resté un instituteur, le poste qu'on voulait lui attribuer, privant ainsi son pays et l'humanité d'un grand savant qu'est devenu son fils.

Mais tout cela, ce ne sont que des vétilles. L’essentiel est qu’un Tunisien a obtenu le plus prestigieux prix de sa spécialité dans le monde et pour cela il mérite la reconnaissance de la nation. L’Etat se doit de le célébrer à sa juste valeur. Les Egyptiens ont fêté comme il se doit le prix Nobel de Chimie Ahmed Zwail qui a fait la tournée du monde arabe sur le compte de l’Etat égyptien et a été célébré dans toutes les capitales arabes par les ambassades de son pays d’origine quand bien même il a obtenu son prix en sa qualité de chercheur américain.

RBR

Votre commentaire