Chaque 5 octobre, le monde célèbre la Journée mondiale des enseignants. Instituée en 1994 par l’UNESCO, cette journée constitue une occasion de mettre en lumière une profession au cœur de tout système éducatif : celle de l’enseignant.
Elle commémore l’adoption, le 5 octobre 1966, de la Recommandation de l’OIT et de l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant. Ce texte international de référence reconnaît l’importance du statut des enseignants, de leur formation, de leurs conditions de travail et de leur participation au développement de systèmes éducatifs de qualité.
En 2026, cette journée prend une dimension particulière puisqu’elle marque le 60e anniversaire de cette recommandation. Soixante ans après, les questions qu’elle soulevait restent largement d’actualité : comment attirer et retenir les enseignants ? Comment améliorer leurs conditions de travail ? Comment leur permettre de faire face aux transformations profondes que connaît l’école ?
En Tunisie, un métier essentiel mais une célébration discrète
En Tunisie, le 5 octobre passe relativement inaperçu. Le contraste est pourtant frappant avec la place historiquement accordée à l’éducation dans le pays et avec le rôle central que jouent les enseignants dans la société tunisienne.
Depuis l’indépendance, l’éducation a constitué l’un des principaux leviers de transformation sociale et de développement du pays. L’école tunisienne a largement contribué à l’élévation du niveau d’instruction et à la formation de générations de cadres, d’enseignants, de chercheurs, de médecins, d’ingénieurs et de professionnels qui ont participé au développement de la Tunisie.
Au cœur de cette construction se trouve l’enseignant.
Dans les écoles primaires, les collèges, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur, des milliers d’enseignants assurent quotidiennement une mission qui dépasse largement la simple transmission des connaissances. Ils accompagnent les élèves, développent leur esprit critique, les préparent à la vie professionnelle et contribuent à leur formation en tant que citoyens.
Pourtant, la profession fait aujourd’hui face à de nombreux défis. Évolution des attentes des élèves, transformation des pratiques pédagogiques, intégration du numérique, surcharge des tâches, conditions de travail et question de la reconnaissance sociale et professionnelle : le métier d’enseignant s’est profondément transformé.
À ces enjeux s’ajoutent les difficultés structurelles auxquelles le système éducatif tunisien est confronté. Les disparités entre établissements et entre régions, les infrastructures scolaires parfois insuffisantes, le décrochage scolaire et les tensions récurrentes autour des conditions professionnelles des enseignants nourrissent un débat plus large sur l’avenir de l’école publique.
Quel avenir pour l’enseignant tunisien ?
La Journée mondiale des enseignants ne devrait donc pas être uniquement une journée de célébration. Elle peut aussi être l’occasion d’ouvrir un débat national sur la place de l’enseignant et sur les moyens de redonner à cette profession toute l’attractivité et la reconnaissance qu’elle mérite.
Car derrière les débats sur les programmes scolaires, les réformes pédagogiques ou la modernisation des établissements, demeure une réalité incontournable : aucune réforme de l’éducation ne peut réussir sans les enseignants.
Investir dans leur formation, améliorer leurs conditions d’exercice, valoriser leur statut et leur donner les moyens d’exercer pleinement leur mission constituent autant de conditions nécessaires à l’amélioration de la qualité de l’éducation.
En Tunisie, le 5 octobre pourrait ainsi être davantage qu’une date inscrite dans le calendrier international. Il pourrait devenir un moment de réflexion collective sur l’école que le pays souhaite construire et sur la place qu’il entend accorder à celles et ceux qui en constituent le premier pilier.
Soixante ans après la recommandation de l’OIT et de l’UNESCO, le message demeure d’une étonnante actualité : défendre la condition des enseignants, c’est aussi défendre l’avenir de l’éducation. Et, au-delà, l’avenir de la société.
B.O
