Dénonciation des atteintes à la liberté de la presse, protestation contre la détention de journalistes, préoccupations face aux restrictions d’accès à l’information et défense des droits fondamentaux : les prises de pposition se sont succédé, samedi 10 octobre 2026, à l’occasion du 7e congrès du Syndicat national des journalistes tunisiens (le 29éme de la profession).
Avocats, élus et représentants de la société civile ont convergé vers un même constat : la liberté d’informer ne saurait être dissociée de la défense des autres droits et libertés.
Ce rendez-vous syndical a toutefois été marqué par l’absence de nombreux médias, particulièrement ceux du secteur public. Une absence remarquée qui contraste avec l’importance des enjeux débattus et soulève des interrogations sur la place accordée à cet événement au sein du paysage médiatique tunisien.
Parmi les personnalités présentes figuraient notamment le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, le bâtonnier Boubaker Ben Thabet, le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, le vice-président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), Baha Eddine Rabii, le secrétaire général de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), Mohamed Ouled Mohamed, la présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Raja Dahmani le président de la commission des droits et libertés, Thabet El Abed, ainsi que plusieurs députés.
Au-delà des enjeux syndicaux, les différentes interventions ont placé les libertés au cœur des débats.
La situation des journalistes a ainsi été présentée par plusieurs intervenants comme un révélateur de l’état des droits fondamentaux en Tunisie.
Boubaker Ben Thabet dénonce la dégradation de la situation
Prenant la parole devant les congressistes, le bâtonnier des avocats Boubaker Ben Thabet a salué les sacrifices consentis par les journalistes pour préserver une presse libre et indépendante, capable de donner voix aux préoccupations de la société. Il a toutefois déploré ce qu’il considère comme une dégradation généralisée de la situation.
Le représentant de la profession d’avocat a exprimé son soutien aux efforts du SNJT et à son engagement en faveur de l’indépendance de la presse, tout en saluant les compétences des journalistes tunisiens. Il a également annoncé que cette solidarité se traduirait par une mobilisation prévue le 17 octobre, présentée comme un rendez-vous de défense des valeurs de la République et des droits fondamentaux. Une initiative qui, selon lui, rappelle la communauté de destin entre les professions d’avocat et de journaliste.
Dans un appel se voulant rassembleur, Boubaker Ben Thabet a réitéré son soutien aux journalistes et aux détenus politiques, indépendamment de leurs appartenances. « Liberté, liberté, liberté », a-t-il scandé, réclamant la libération des personnes détenues.
La solidarité internationale appelle à la libération des journalistes détenus
La solidarité a également dépassé les frontières nationales. Dans un message adressé au SNJT, l’ancien secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), Anthony Bellanger, a exprimé son soutien, ainsi que celui de l’organisation, aux journalistes détenus et à leurs familles.
S’adressant directement au président de la République, il a demandé la libération immédiate des journalistes concernés et l’abandon des charges retenues contre eux. Il a également salué le travail accompli par le SNJT, ses membres et son président sortant, Zied Dabbar.
« Le journalisme libre et indépendant doit continuer à vivre en Tunisie », a-t-il déclaré, résumant ainsi la portée d’une mobilisation qui dépasse le seul cadre syndical.
Thabet El Abed interpelle les institutions sur leurs responsabilités
L’intervention du député Thabet El Abed a, elle aussi, mis en lumière le paradoxe d’un secteur qui devrait pouvoir se consacrer à sa modernisation et à l’amélioration de ses conditions de travail, mais qui demeure confronté à une question fondamentale : celle de la sécurité juridique et personnelle des journalistes dans l’exercice de leur métier. Pour l’élu, cette préoccupation en dit long sur la situation du pays.
Il a exprimé son soutien aux journalistes poursuivis en justice ou soumis à des pressions, tout en appelant à la libération des journalistes détenus et au respect de leur droit à un procès équitable.
Thabet El Abed a ensuite placé les institutions face à leurs responsabilités, estimant que leur crédibilité se mesure notamment à leur capacité à garantir les libertés lorsque leur protection devient difficile, à accepter la critique lorsqu’elle dérange et à assurer la justice lorsque les conflits s’exacerbent.
La question du recours à l’incarcération a occupé une place particulière dans son intervention. Selon lui, toute arrestation doit répondre à une nécessité absolue, respecter les garanties juridiques requises et s’inscrire dans une appréciation proportionnée des circonstances.
La liberté d’informer au cœur des préoccupations
Les interventions prononcées lors de ce 7e congrès ont ainsi fait ressortir des préoccupations communes concernant la liberté de la presse, la situation des journalistes détenus, l’accès à l’information et le respect des garanties judiciaires.
Mais au-delà des déclarations de solidarité et des appels à la défense des libertés, l’absence de nombreux médias, notamment publics, constitue l’un des faits marquants de ce rendez-vous. Elle pose la question de la visibilité accordée aux enjeux professionnels et démocratiques portés par le SNJT, dans un contexte où la place du journalisme indépendant et les conditions d’exercice du métier restent au centre des débats.
Pour les intervenants, la défense de la liberté de la presse ne relève pas uniquement des journalistes : elle engage également les institutions, les organisations professionnelles et l’ensemble des acteurs attachés au respect des droits fondamentaux.
