
On ne parle que de cela, mais qu’est-ce donc ? Le mot dérive de traductions latines du demos d’Aristote, qui signifie « territoire » ou « peuple » en tant
que groupe, et de kraiten, qui signifie « règle ». Mais la démocratie telle que nous la concevons aujourd’hui vient surtout du siècle des Lumières, et de ce que Kant appelait l’autonomie, terme qui vient aussi du grec pour une loi (nomos) qu’on s’impose à soi-même. En bref, « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Et bien nous voila bien avancés. Comment faire ?
La démocratie passe par des systèmes électoraux participatifs, mais aussi un droit à l’information, un accès à l’éducation, un doit de regard sur les élus, les administrations et l’Etat, la liberté d’expression et les garanties des droits de la personne.
La démocratie est jeune, elle a moins de cent ans dans la plupart des cas. Elle est née de la croissance économique dans les pays industrialisés. Elle est protéiforme (Pays scandinaves, Etats-Unis, France, Burkina Faso, Malaisie…). Elle est fragile. Elle est aimée, et négligée.
Le développement passe par la croissance économique, mais aussi un niveau élevé de participation à l’économie, un environnement des affaires juste et prévisible, une distribution des richesses, un accès au financement.
Les facteurs du développement dépendent eux-mêmes de la capacité de croître. Cette capacité est elle-même dépendante de la démocratie et de la gouvernance.
La démocratie est le fruit de la création de structures et d’institutions plus égalitaires, et non à leur origine. Il est donc difficile de la mettre en œuvre sur une simple décision. On ne décide pas d’entrer en démocratie, on la construit. Or, comme dans le cas de la Tunisie qui nous intéresse ici, elle émane (souvent) d’une volonté ayant guidé la destitution d’un régime totalitaire.
Or on peut omettre qu’un régime totalitaire, s’il est en apparence entre les mains d’une minorité de la population seulement, ne peut perdurer que s’il s’appuie sur un système infiltrant tous les arcanes du pouvoir politique et économique, national et régional. Alors couper la tête visible de l’hydre peut faire oublier les six autres têtes, et le corps du dragon qui subsiste.
Qui choisir pour assurer la transition ? En l’absence de vie politique, caractéristique du totalitarisme, et donc de partis avec un projet politique et économique structuré. Comment recruter un ministre ? Passer une petite annonce dans une agence d’intérim « société civile tunisienne cherche son ministre de l’économie, contrat CDD de 6 mois, à pourvoir immédiatement, sérieuses références exigées, candidats non sérieux et ambitieux s’abstenir ».
Encore plus ici que dans n’importe quelle situation, ne veut-on pas une personne de confiance ? Et qui va juger qu’il est légitime de placer cette confiance ? Des hommes (et des femmes) qui ne sont pas au premier plan, celles et ceux que l’on appelle les « hommes de l’ombre » doit-on systématiquement se méfier ? Et si la lumière du premier rang était tellement forte que certains ne voudraient pas prendre le risque de s’y brûler ?
Au même titre que derrière tout grand homme il y a une femme, nous le savons bien, derrière tout grand homme il y a un bon conseiller.
Tenter le grand saut de la démocratie à l’heure d’internet est une toute nouvelle aventure. La libre expression venue, à tous de s’en saisir et d’en user, d’en abuser même. Tout un chacun doit se voir accéder à la possibilité à s’exprimer librement, à exposer ses idées. A la différence du régime de Ben Ali aussi, libre à chacun de les entendre voire de les écouter.
Les idées extrémistes ont le droit de citer. On peut même aller jusqu’à dire que l’ampleur de leur propagation et de leur adhésion est même intéressante car elle montre la pauvreté du débat politique et l’incapacité des autres idées, plus modérées, à rencontrer la population.
Dans le cas de la Tunisie, la profusion de déclarations en tous sens, de manifestations, de violence aussi, sont autant de formes d’une même expression du peuple. Qui ne dit pas forcément la même chose, et qui n’est à ce jour pas forcément représentatif de toute la population. Seules la voie des urnes et une participation massive pour choisir parmi des représentants divers saura faire entendre la volonté profonde du peuple tunisien.
Pour cela, il est nécessaire que chacun puisse faire un choix éclairé de son représentant. Cela signifie que ce dernier ait la possibilité d’exposer son programme, et qu’il le fasse honnêtement.
Ici surgit l’importance des règles qui doivent être mises en place, afin de garantir que tous puissent s’exprimer, mais aussi que le jeu soit juste pour chacun.
Du boulot en perspective.
La démocratie, c’est des droits mais aussi des devoirs.
Ayons confiance dans la faculté du peuple tunisien de séparer le bon grain de l’ivraie et de voir dans les discours ambiants ceux qui veulent construire une Tunisie libre et moderne de ceux qui ne visent le pouvoir pour imposer leurs idées par la force.
Le peuple arabe a été prive de sa liberté depuis de (trop) nombreux siècles, rêvons qu’il entre dans un siècle de Lumière et que le peuple tunisien lui montre le chemin.
Ayons confiance en sa clairvoyance alors que tout est confus dans cette nouvelle expérience.
Le peuple et ses représentants, qu’ils aient été élus désignés pour le moment, ont un devoir: s’unir pour construire.
Avancer, cela signifie être responsable et respectueux de ceux qui nous ont quittés pour que le régime soit abattu.
Pour que le débat des idées soit fertile, il faut définir un cadre de règles et de lois au sein duquel chacun peut s’exprimer. Quiconque sort du cadre est exclu ou puni. Dans son enceinte, la liberté de parole doit être garantie.
En sous-jacent : le respect de la personne, le bénéfice du doute accordé à l’autre et les mêmes règles pour tous. La liberté d’expression et du débat des idées ont leurs principes pour être constructifs : attaquer une idée et non pas la personne qui l’énonce ou la porte. Et puis surtout : essayer de comprendre l’autre, ses arguments, ses idées pour lui apporter la contradiction et, sait-on jamais, le convaincre.
On n’a jamais tue des idées et des convictions avec des armes ou la violence. Bien au contraire. Pensons à Averroès par exemple.
E. B
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