
Tous les matins le tunisien se lève, va travailler ou étudier, se connecte sur facebook ou twitter et commence à se poser la question suivante: « que
puis-je faire pour participer à reconstruire mon pays ? ».
Les réponses ne sont ni immédiates ni simples à appliquer même si la volonté de bien faire semble être le point commun entre tous ces « nouveaux » citoyens, encore traumatisés par la chute brutale d’un dictateur qui plus qu’avoir quitté en trombe le pays semble nous être tombé dessus avec tout le poids de son régime.
Les propositions se multiplient et les idées ne manquent pas : faisons repartir l’économie, suggérons des stratégies pour le futur politique de notre pays, combattons les inégalités et ne laissons pas des partis politiques nous broyer de nouveau dans un système inexploré mais pourtant tellement habituel à nos yeux. Reconstruisons notre identité nationale ou encore déracinons les restes infectes du régime.
Tout tunisien qui se respecte rêve de voir se réaliser une ou plusieurs de ces affirmations. Chacun voudrait y mettre du sien, alors on discute en recréant l’espace public qui nous a été subtilisé pendant des décennies. On essaie de nous connaître mieux, nous qui nous regardions l’un l’autre avec méfiance jusqu’à avant-hier.
On essaie de s’activer alors on passe à l’action et voilà naitre de nouvelles associations autour de petits groupes de pensées, d’amis ou de simples « nouvelles connaissances révolutionnaires ».
Oui la révolution a aussi changé nos cercles de discussion et d’amitié, elle nous a fait découvrir une partie de notre vie : l’aspect social et communautaire et puis celui politique et économique. Nous voilà projetés au milieu de l’arène politique sans pourtant en connaître les règles du jeu.
Mais qui détient actuellement les règles du jeu de ce réseau social que nous sommes en train de construire dans notre pays ? Y-a t-il quelque part le « manuel du petit citoyen modèle » ? celui qui pourra nous donner la recette de la bonne conduite envers notre conscience civique (à peine née) et envers nos concitoyens que nous pensions « incapables » ? Personne. Tout le monde nage dans le brouillard.
Le tunisien déprime durant la transition. C’est un état intermédiaire qu’il ne connaît pas. Notre vie étant scandée par des phases : naissance, sixième, bac et maîtrise, mariage et enfants, et le cycle repart.
Tout était dessiné au préalable et là le chemin du futur doit se redessiner en mettant dans cette marmite de nouveaux ingrédients. Un citoyen « actif » ne doit pas travailler et laisser travailler. Maintenant il doit et se doit d’agir pour montrer qu’on ne reviendra pas en arrière. Que nous avons entamé un chemin à sens unique.
Entre temps, le monde nous regarde, les palestiniens nous contemplent avec admiration et impatience (voix qui arrivent directement de Ramallah), les espagnols nous observent (Puerta del Sol nous le criait), les islandais nous guettent (eux aussi réécrivent la constitution et foutent à la porte les financiers pourris), les chinois nous imitent (le made in Tunisia est devenu modèle), les iraniens attendent (ne répétez pas nos erreurs, réinventez la démocratie) et les peuples soumis crient notre « itha accha3bou yawman arad al hayat… ».
Moi aussi je suis cette tunisienne hagarde, celle qui voudrait faire mais ne sait par où commencer. Celle qui voudrait s’unir à d’autres mais ne sait avec qui.
Celle qui a besoin d’années pour reconquérir la confiance envers les politiciens. Celle qui ne supporte plus voir une pancarte avec un visage et un slogan qui raconte les fables auxquelles elle n’a jamais cru. Celle qui ne veut plus se taire car la voix sort sans la pouvoir contrôler.
Celle qui est habituée à agir pour changer les choses mais la tâche lui semble tellement grande, infinie, impossible face à ce monde hostile des pouvoirs et des lobbies.
Celle qui a seulement la passion du libéré, celui qui voit la lumière pour la première fois et voudrait ne plus dormir pour continuer à contempler la beauté et la mocheté du monde.
Mais voilà, au lieu de pleurer sur notre sort, ou encore critiquer à tout bout de champ ce qu’essaient de faire les autres, eux-mêmes amateurs mais du moins actifs, je proposerais de nous unir, non point autour d’une unique vision du monde, mais autour de nous-mêmes CITOYENS de ce pays.
Sortons de l’ombre et entrons dans l’arène politique, sans pour autant être dans un parti politique. CITOYENS INDEPENDANTS qui se rencontrent, qui discutent, qui réfléchissent et surtout qui agissent pour créer un réel contrepoids aux pouvoirs classiques.
Que tous ceux qui voudraient se présenter comme indépendants de tout parti politique à l’assemblée constituante se regroupent, que tous ceux qui veulent les supporter se fassent de l’avant. Que ceux qui veulent construire une véritable société civile RESPECTABLE et surtout RESPECTEE aient le courage de le faire, en cette première et unique occasion.
Notre sauvegarde c’est nous-mêmes. Hathaka ras el mel ! La Tunisie c’est nous ce n’est pas les autres.
Par Wejdane MAJERI
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