
Il s’avance vers le pupitre, scrute un auditoire atterré et prêt à se faire conquérir. Même dans ses rêves les plus fous, il n’a pu imaginer autant d’attention à son égard, autant de regards tournés vers sa personne. Lui qui s’est terré toute sa vie dans l’ombre des autres se voit aujourd’hui sous les feux des projecteurs.
« Seule une dictature aussi féroce que celle qu’on vient de vivre a pu ralentir mon ascension et détourner le monde de mon génie » qu’il se dit. Sa carrière miteuse et sa scolarité peu reluisante ne prouvent rien, la politique c’est autre chose…C’est son destin. Il est né pour régner et s’il a échoué par ailleurs c’est qu’il s’est trompé de vocation. Maintenant, il l’a trouvé, sa vocation : Etre président de la république.
Une voix intérieure, persistante et cassante, l’alerte toutefois que c’est peut être sa dernière danse sous les lumières, que c’est peut être son ultime moment de gloire et qu’il lui faut luire de toute sa personne pour conjurer un sort déjà écrit et un nouvel échec qui pointe déjà à l’horizon.
Il doit marquer les esprits, briller par sa différence ou par sa bêtise s’il en faut mais ce monde lui doit une distinction, une reconnaissance et le moment est venu pour s’en saisir. Et même si ça ne doit durer que le temps d’une révolte, l’espace d’un discours, il est prêt d’y laisser ses trippes.
Alors, il s’élance tout entier vers cette foule, dégoulinant de promesses et vociférant de rage. Dans ses invectives il n’oublie pas d’incendier les « plus puissants » et de défier toutes les autorités en place. Tout ce qui a de la hauteur ou un semblant de pouvoir était sur sa ligne de tir.
Il semblait jouir de fustiger ainsi, et devant des témoins, l’incarnation du mal selon lui. Tout est à reconstruire et maintenant c’est le temps de la démolition. L’Etat est infesté, l’administration grouille de roublards et de contre-révolutionnaires. Tous des pourris, tous des vendus. Le temps de la réforme est révolu, il faut repartir à zéro.
Et de caresser le peuple au sens du poil, ça il sait faire aussi. Et voici qu’il se prosterne devant sa grandeur et voilà qu’il lèche les plus déshérités avec sa parole rugueuse et sa compassion mal simulée… s’en suit alors une tirade qui se veut lyrique où on découvre la misère et la pauvreté dans lesquelles nous croupissions depuis des années.
Son visage décomposé par une peine qui peine à convaincre et ses gestes amples froissant un costard à 500D rendaient cette partie du discours atrocement ridicule.
Et de surenchérir vers la fin par invoquer les complots qui nous guettent et les « puissances extérieures » qui menacent l’essor de notre révolution…..Non, je peux plus, j’ai eu ma dose de bêtises pour ce soir, je quitte la salle.
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