
« Le Syndrome de Siliana » a été présenté hier, 30 mai 2013 à l’Hôtel Africa par ses 4 auteurs: Samy Ghorbal, Hela Ammar, Hayet Ouerteni et Olfa Riahi. La rencontre a eu lieu en présence de députés, ministres et plusieurs figures médiatiques étrangères et tunisiennes.
Raphel Hazane, Président de l’association, Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM) a indiqué lors de son intervention que deux tiers des pays ont aboli la peine de mort et par la loi et dans les faits. Cette enquête qui devrait «illustrer le vrai visage du châtiment de la peine de mort », pourrait être considérée comme un grand pas dans le processus d’abolition de la peine de mort en Tunisie. Hazane s’est attardé sur le cas de la Turquie d’Erdogan qui a finalement aboli la peine de mort, ajoutant qu' »au-delà d’une abolition, la Turquie est une ambassadrice internationale de la justice. »
La discrimination géographique
Sami Ghorbal, journaliste et auteur de « L’orphelin de Bourguiba » et « Héritier du prophète », a précisé qu’aux USA, les premiers qui sont touchés par la peine de mort sont les Noirs, les Latins et les pauvres. Pire encore, trois quart des condamnés à mort en Arabie Saoudite sont du Sud-Ouest, la région la plus pauvre du pays.
Dans le même cadre, Sami Ghorbal a précisé que la question de la peine de mort et de la question sociale se rejoignent. Pour le cas de la Tunisie, le journaliste a indiqué que la région Nord-Ouest est la plus représentée. 65% des condamnés à mort appartiennent à la classe ouvrière, a ajouté Sami, qui a appelé à établir une justice qui offre les mêmes chances pour tous.
« La justice est humaine, la justice est faillible », c’est ainsi qu’Olfa Riahi a commencé son discours. En effet, le moment le plus touchant est certainement lorsque la bloggeuse a abordé le cas de Maher Manai. Condamné à mort en 2004 pour assassinat, il se trouve que le vrai assassin a avoué et donné les preuves de son crime. Et pourtant, Maher est toujours en prison.
Pour le droit de vivre
Hamma Hamami, leader du front populaire, a affirmé, sans ambages sa position: « Je suis contre la peine de mort », lance-t-il. Hamami, qui a partagé avec les participants son expérience dans les prisons de Ben Ali et Bourguiba, a indiqué que même ceux qui ont commis des crimes terribles pourront se repentir. Il a cité l’exemple d’un certain Hattab, 16 ans, qui avait tué sa mère. Hattab, malgré son âge et son manque de maturité, a été condamné à mort. (Bourguiba a réduit à cette occasion l’âge de jugement juridique de 18 à 16 ans).
En revanche, Saida Akremi, avocate de profession et épouse de l’ancien ministre de la Justice tunisien Noureddine Bhiri, a indiqué que la peine de mort n’est, en aucun cas, une application de la justice. Akremi s’est attardée sur la situation lamentable des détenus tunisiens, avant d’affirmer: «Je suis pour le droit de vivre »
Hamma Hamami taquine Ali Laarayedh
Hamma s’est attardé sur le mauvais traitement des détenus en Tunisie. Il a contesté la manière avec laquelle les autorités exécutent les coupables et ajoute « Je préfère la barbarie du criminel que le sang-froid de l’Etat ». Dans ce cadre, le leader du Front populaire a indiqué qu’ avant l’exécution, les autorités vérifiaient minutieusement la santé et l’état du détenu.
Dans ce sens, Hamami a raconté une anecdote qui a suscité des éclats de rire dans toute la salle. En narrant le cas d’Ali Laarayedh, Premier ministre tunisien, condamné a mort plusieurs fois sous le régime de Ben Ali, Hamami a estimé que Laarayedh devrait être l’abolitionniste numéro 1 en Tunisie. En effet, pendant qu’il était en prison, Laarayedh a été condamné à mort. Blessé à la cheville, il se fait consulter à l’infirmerie, on lui demanda si sa condamnation sera exécutée dans les prochains jours. Quand on a su qu’il restera encore parmi les détenus, on lui refusa les soins. Le protocole est clair selon Hamami : il faut aller à la mort en bonne santé.
L’éloge du crime et du criminel
En effet, durant 3 heures de conférence, le mot victime n’ a été prononcé que trois fois. Tous les intervenants ont mis l’accent sur la mauvaise situation de ces hommes et ces femmes du couloir de la mort mais, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, l’on a insisté moins sur le traumatisme des victimes et des proches de victimes.
Hala Ammar, non sans grande émotion a affirmé élogieusement: « ils sont des morts vivants, ce ne sont pas des monstres, ils ont fait des actes sous l’effet de la colère ou de l’énervement ». C’est bien beau quand nos « intellectuels » défendent la peine de mort, mais quelle place réservent-ils aux victimes? Que pensent-ils de l’horreur vécue par les proches des victimes?
Au regard de ce qui se passe actuellement en Tunisie depuis la révolution, un pays où le taux de criminalité a a atteint des seuils intolérables, un pays où le viol, le meurtre, les agressions sont banalisés… d’aucuns seraient tentés de se demander si la peine de mort n’est pas le moyen le plus dissuasif pour circonscrire cette criminalité grandissante? Pour ou contre la peine de mort, le débat continuera de faire rage. Les arguments des uns s’opposent aux certitudes des autres. Et la question est à mille lieues d’être tranchée.
Cheker BERHIMA
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