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Tunisie: la révolution est morte, vive la révolution !

11 avril 2011
in Chroniques
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Le 14 janvier 2011 n’a pas été un jour de victoire, il a été un jour de défaite. L’euphorie de la magnifique manifestation puis dans la soirée

la fuite « irréelle » du général Ben Ali sont certes mémorables, mais elles ne devraient plus nous empêcher trois mois plus tard de nous rendre à l’évidence.

Rappelons-nous que cette fameuse manifestation du 14 fût en fin de compte dispersée par la police, que tous les tunisiens se sont enfermés chez eux la nuit du 14 au 15 janvier à cause de l’état d’urgence décrété dans l’après-midi. Etat d’urgence qu’ils n’ont pas bravé cette nuit-là contrairement au couvre-feu qu’ils ont bravé depuis sa promulgation environ une semaine avant.

Rappelons-nous aussi qu’au centre-ville de Tunis, des hordes de policiers de différentes brigades ont terrorisé la population, pénétré dans leurs maisons, attrapé des centaines de manifestants qui se sont cachés dans les immeubles après la charge pour disperser la foule et ont pillé, volé, saccagé, brûlé, sous l’œil impassible de l’armée.

Ces manifestants qui furent pendant la nuit tabassé, harcelé, humilié et pour certains torturé. Dans ces conditions, difficiles de parler de victoire, surtout que ces pratiques ont continué encore au moins une semaine après le 14 et pour certaines d’entre elles continuent encore à ce jour.

REVOLUTION, SOIS BELLE ET TAIS-TOI !

Le jour de la victoire a été celui du 17 décembre 2010. Le jour où petit à petit et à tour de rôle, il devenait inconcevable pour une partie de la population de continuer à vivre dans les conditions imposées par le régime en place. Le jour où une partie de la population a enfin commencé à jouir de son devoir d’insurrection. Si ce n’est pas cette date qui a été mise en avant mais celle du 14 janvier, en tant que prétendue jour de victoire, c’est pour signifier l’arrêt des hostilités et pour précipiter le retour à la normale, ou pour ainsi dire, à la normalité.   

En ce sens, le 14 janvier fait office de comprimé soporifique administré par les caciques de l’ancien régime et les prétendants caciques du régime suivant, empressés de partager enfin avec les premiers le gâteau. Pour ce faire, les médias aux ordres des pouvoirs politiques, économiques et de la pensée dominante, se lancent dans une course à qui fabriquera l’imagerie la plus édulcorée, la plus « papier-glacé », la plus vendable : à coup de spots de sensibilisation, de publicité opportunistes, de talk-show lénifiants, de mots d’ordre démagogiques, de valeurs réactionnaires… La révolution est déformée à leur image et la grande mascarade de la consommation, pardon, de la démocratie, se met en place.

LA REVOLUTION EST MORTE, VIVE LA REVOLUTION !

Entre les contrerévolutionnaires de tous poils, les politiciens pressés de se distribuer le gâteau du pouvoir politique, les bourgeois décidés à accroitre encore plus leur confort, les islamistes qui ont les mains libres de faire ce que bon leur semble, une large partie de la population qui n’attend que d’avaler le plus grand somnifère de l’histoire de l’humanité, puisqu’elle n’en a jamais goûté, à savoir le vote, la police dont le seul changement notable est qu’elle met une cagoule avant de matraquer alors que dans l’ancien régime, elle le faisait à visage découvert, etc., il faut bien se rendre à l’évidence : l’image n’est pas très reluisante.

La révolution tunisienne qui a commencé le 17 décembre a sombré lentement mais sûrement dans un coma-éthylique à partir du 14 janvier dont elle ne sortira probablement plus. Ce que cette révolution nous laisse est la prise de conscience de notre capacité d’inventer des moyens de lutte et de libération pratiques et virtuels. Si cette fois-ci, nous avons échoué, nous sommes malgré tout capables de réussir. La prochaine sera peut-être la bonne.

DEMAIN EST UNE AUTRE DICTATURE DEMAIN EST UNE AUTRE LUTTE

Résister à une dictature, cela est dans l’ordre des choses, puisque inévitablement, une dictature donne des raisons de se révolter contre elle, c’est d’une certaine manière politiquement correct de résister à une dictature subie. Mais résister à une dictature voulue, c’est tout à fait autre chose. La « servitude volontaire » est bien plus pernicieuse que la servitude imposée. Ainsi, en Tunisie par exemple, on ne se rend pas compte que ce qu’on désire est contraire aux formes de luttes et de vie qui ont été utilisées pour se débarrasser du général Ben Ali.

Après les avoir utilisés inconsciemment, on appelle tout aussi inconsciemment à une autre forme de dictature, ou plutôt, après s’être débarrassés d’une dictature locale, on appelle à rejoindre la dictature mondiale. L’ancienne résistance qui s’est terminée avec l’ancien régime était donc plus naturelle et de facto plus facile que celle qui s’annonce, car le nouveau régime, quelle que soit sa nature, aura inévitablement la caution de la révolution qui l’a rendu possible.

Mais au fond, la lutte qui finira par nous faire vaincre n’est pas politique, elle est identitaire si l’on peut dire. La dictature originelle est celle de l’identité imposée dés la naissance. Le plus grand arbitraire est celui de l’identité : arabité, islam, patriarcat, embourgeoisement, aliénation à l’argent… Le jour où on inventera les moyens de luttes pour que l’identité de chacun sera ce qu’il a choisi d’être et pas ce qu’on lui a imposé à sa naissance, ce jour-là, ce n’est pas la démocratie que nous aurons, mais encore plus, nous aurons la liberté.

 

Par ismaël

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