
Il s’agit là d’un point de vue personnel, certes incomplet, donc perfectible, mais qui n’a aucune autre prétention que d’ouvrir sinon enrichir le débat.
I- Tentative d’état des lieux
Avant de livrer mon modeste avis sur la situation prévalant au Ministère des Affaires Etrangères (MAE), je voudrais apporter quelques précisions que je juge essentielles pour éviter toute confusion: D’un point de vue conceptuel, il y a lieu de relever une tendance à confondre, sciemment ou spontanément, la diplomatie et la politique étrangère. En fait, la diplomatie n’est que l’outil d’action de la politique étrangère. Celle-ci n’étant que le cadre politico-stratégique dont la définition incombe non seulement au Ministère des Affaires Etrangères mais notamment au Chef de l’Etat et/ou de Gouvernement, d’autres intervenants étant en mesure d’y contribuer. Le Ministère des Affaires Etrangères n’en est que le principal acteur, d’autres opérateurs, certes de moindres impact, champ et portée, coopèrent à la mise en œuvre de la politique étrangère (Etant signalé que la doctrine n’en exclu pas les militaires). Par conséquent, ce que j’appellerais le « processus extérieur » repose sur trois composantes majeures : Le cadre, l’outil et l’acteur.
Cette clarification conceptuelle est d’autant plus nécessaire qu’en Tunisie pré-révolution la confusion marquait l’évolution des trois composantes ci-dessus mentionnées. En effet, j’estime qu’il y a quelques tares, voire vices, ayant caractérisé et miné ledit « processus extérieur » :
• La Présidence de la République, particulièrement sous l’ère Ben Ali, a joué, très maladroitement du reste, les trois rôles à la fois, précipitant l’amalgame et le désordre. Ce séquestre n’a jamais été véritablement et concrètement accompagné par une réflexion stratégique sur la politique étrangère tunisienne. On naviguait à vue, sans boussole ni feuille de route, avec l’improvisation comme seul tableau de bord, multipliant les acrobaties et les grands écarts. Ce déficit de vision a contraint le MAE à assumer un rôle de pompier de service, parant au plus pressé, toujours dans l’urgence et sous la pression.
• En outre, le cadre, l’outil et l’acteur n’étant qu’au service du Chef d’Etat, notamment son image, et non de la Tunisie. Ce système, par trop égocentrique et contre-nature, a relégué le Ministère des Affaires Etrangères à un rang d’auxiliaire de la Présidence de la République et confiné la diplomatie à une posture de sous-traitance. A titre illustratif, et à un certain niveau d’abstraction, les Droits de l’homme, principal fer de lance, sur le plan international, contre la politique de Ben Ali, a constitué, par moments, le seul champ de déploiement de la diplomatie tunisienne, instruite pour toiletter sinon décrasser, a posteriori alors que le mal est déjà fait, une image aussi bien de la Tunisie que de son président, nettement entachée, à juste titre d’ailleurs.
• Ben Ali a façonné la diplomatie tunisienne sur mesure et à son image : Introvertie, affectée, taciturne, sans éclat ni épaisseur. En effet, dans les enceintes internationales et multilatérales, la Tunisie, qui était naguère chef de file et leader sur des questions de haut intérêt, notamment au sein des groupes régionaux et politiques auxquels notre pays appartient (Groupe arabe, Groupe Africain, Groupe OCI, NAM, G77,….), a perdu la main et le sens de l’initiative ainsi qu’une part de sa présence et de sa crédibilité. Aucune prise de position sur des sujets brûlants, tendance de plus en plus prononcée, pendant les séances de prise de décision, à s’abstenir ou à jouer la chaise vide, manque ou absence de visibilité politique dans les grandes conférences, faute de participation et de représentation à haut niveau, …..En plus, dans les postes multilatéraux comme New York, Genève, Rome ou Paris, et hormis les groupes régionaux arabes et africains dont la présidence est mensuelle, depuis une belle lurette, la Tunisie n’a pas présidé de grands groupes régionaux ou politiques dont le mandant est annuel, biannuel ou trisannuel comme le G77, le NAM et l’OCI. Dans la foulée, et toujours au service de l’image narcissique présidentielle, dès qu’il s’agit d’initiatives lancées par Ben Ali (FMS, SMSI, Code de conduite sur le terrorisme, Année International du sport au service de la paix, Journée Internationale de Solidarité Humaine, Année Internationale de la Jeunesse 2010,….), tout le dispositif diplomatique est activé à fond, les moyens humains et financiers n’entrant plus en ligne de compte. Obligation de résultat comme couperet. A cette occurrence, et en démonstration du rôle de simple sous-traitant confié au MAE et à la diplomatie, il est à relever que la majorité des initiatives présidentielles ont été conçues et lancées sans aucune consultation ou coordination avec le MAE. Pour la Présidence de la République, le MAE n’est qu’un exécutant et non un partenaire de poids, un taulier en service commandé et non un artiste de référence.
• Par définition principal acteur de la politique étrangère, le MAE n’en a pas été moins phagocyté et, au mieux, atomisé. Outre qu’il a été écarté de facto de toute réflexion et définition des axes stratégiques de la politique étrangère nationale, le MAE a été également dépossédé, dans une large mesure, de ses compétences (fonctionnelles et humaines). En effet, sa fonction naturelle de désigner les Chefs de postes diplomatiques et consulaires a été confisquée par la Présidence de la République, laquelle en a longtemps usé et abusé pour en gratifier, par complaisance, récompense ou reconnaissance, des personnes étrangères au MAE et à la diplomatie. Le principe des « désignations politiques » n’est pas ici contesté, chaque pays recourt à ce genre de désignation à titre exceptionnel et dans une proportion limitée et admissible. Le cas tunisien a repoussé toutes les limites, l’exception étant devenue la règle. C’est cette omnipotence, injustifiée et irrecevable, quelles qu’en soient les raisons invoquées, qui est ici fustigée. Cet arbitraire et sélectif procédé a longtemps bouché les perspectives professionnelles des diplomates de carrière et affecté leur motivation, outre qu’il a généré un entassement, en termes de promotion aux grades et aux fonctions, au sein de l’Administration Centrale. Cette situation de blocage a d’une part pénalisé indûment nombre de diplomates, à différents niveaux, et d’autre part, exacerbé la tension et la pression au sein du MAE suite à l’inflation, somme toute légitime et compréhensible, des mécontents, des doléances et des récriminations.
• La soumission de la désignation des Chefs de postes diplomatiques et consulaires au bon vouloir et à l’humeur de la Présidence de la République et/ou à une logique d’obligeance politique, partisane ou personnelle a grandement desservi et sanctionné la diplomatie tunisienne, dilapidant un capital sympathie et crédibilité que des générations de diplomates tunisiens ont progressivement construit au prix de grands efforts. En effet, l’ignorance de la chose diplomatique, voire l’incompétence des personnes du sérail bombardées Chefs de postes diplomatiques et consulaires a nivelé la diplomatie tunisienne vers le bas. Dans ce cadre, il sied de souligner que, sous la dictature déchue, la diplomatie tunisienne a connu, au mépris du bon sens, trois avatars successifs ou simultanés :
D’abord, sa militarisation (désignation de grands officiers de l’armée juste pour les éloigner).
Ensuite, son aliénation partisane (désignation d’ex ministres, de figures de partis politiques présumés d’opposition ou des représentants inféodés de la société civile, d’apparatchiks du RCD,…).
Enfin, son expropriation, certes limitée, par les parachutés de l’appareil médiatique de la gynécée.
• Dès les premières années de son exercice à la magistrature suprême, Ben Ali a progressivement amputé le MAE d’un grand pan de ses attributions. Parallèlement, le MAE a été écarté, sciemment vraisemblablement, de toute mesure engageant la politique étrangère tunisienne en général. En outre, et en plus de la désignation des Chefs de postes diplomatiques et consulaires en dehors du corps diplomatique tunisien, il y a lieu de constater la fragmentation, sur le fond et sur la forme, du champ de compétence de la diplomatie. Cette fracture multiple et multiforme est visible sur au moins trois niveaux économique et culturel/social et administratif:
1- Sur le plan économique : Le MAE a été dépossédé d’un grand champ de ses compétences, à savoir la coopération internationale. Ce volet était (et reste encore) exproprié par un nouveau ministère, à savoir le MDCI. Devenue bicéphale, mandat partagé en l’occurrence entre le MAE et le MDCI, la politique extérieure a grandement pâti de ce cloisonnement d’aucuns jugent artificiel et non moins contre-productif .Par conséquent, aucune vue d’ensemble ni pour le MAE ni pour le MDCI, évoluant forcément en mode séparé, sans vision globale, et parfois sans réel courroie de concertation et de coordination. En outre, de grands dossiers tels que les Institutions de Bretton Woods et l’OMC, traditionnellement et non moins convenablement traités par le MAE, ont été confisqués au profit d’autres ministères techniques.
2- Sur le plan culturel et social : Malgré les stages de formation et le cursus prodigué par l’Institut Diplomatique pour la Formation et les Etudes (IDFE) en la matière, et au mépris des compétences naturelles et professionnelles du MAE, la désignation des attachés culturels et sociaux a été octroyée respectivement au Ministère de la Culture et au Ministère des Affaires Sociales, à la grande frustration des diplomates de carrière.
3- Sur le plan administratif : Peu après l’avènement du tristement célèbre « Ere nouvelle », le poste de Secrétaire Général a été vidé de son sens, dégradé de fonction politique à un rang exclusivement administratif et technique. Contrairement à la tradition et au mépris de la quintessence professionnelle et diplomatique de la fonction, le poste de Secrétaire Général n’est plus attribué aux grands diplomates de carrière mais aux étrangers au MAE et à la diplomatie, des néophytes, dépourvus du profil requis et parachutés essentiellement pour des motifs partisans ou personnels. En outre, et sans donner l’impression de tenir un langage syndicaliste, le propos n’est aucunement là, mais il y a autre volet qui lèse absolument et injustement les diplomates, à savoir, l’indemnité spécifique. Le corps diplomatique est le seul corps spécifique en Tunisie qui n’en bénéficie pas. Il s’agit là d’une injustice à réparer pour que le corps diplomatique ait le même traitement que les autres corps similaires (juges, ingénieurs, médecins, ….).
Au titre de ce point, il y a lieu de préciser deux éléments :
* Le statut d’attaché culturel ou social est avant tout une fonction diplomatique qui nécessite certes une certaine expertise mais qui n’en reste pas moins spécifique au MAE. Il faut au préalable être diplomate, maîtrisant l’outillage diplomatique, avant de se déployer sur le plan disons technique.
** Il ne s’agit pas là d’une position excluant le recours aux compétences exerçant au Ministère de la Culture, au Ministère des Affaires Sociales ou au Ministère des Finances, mais de restreindre le détachement à un nombre tolérable sans préjudice aux carriéristes du MAE. Au même titre que les ambassadeurs, l’exception ne peut être la règle.
• L’approche éminemment sécuritaire, donc suspicieuse par essence, a gangrené tout l’appareil d’Etat, y compris le MAE. Celui-ci n’a pas pu ou su ou voulu sortir de cet engrenage dans lequel il a été longtemps empêtré. La spirale de la perception négative et de la visibilité tronquée a lourdement handicapé le MAE aussi bien dans son exercice que dans son image, et ce à divers niveaux :
– Le rôle des agents de sécurité affectés aux postes diplomatiques et consulaires, par les soins du Ministère de l’Intérieur, a été complètement défiguré et vicié. Il ne s’agit plus d’assurer la sécurité des postes et du personnel mais de traquer les tunisiens résidents à l’étranger opposés au régime. Le MAE a longtemps souffert de cette situation et notamment de l’amalgame qui s’en était suivi dans la mesure où une bonne partie de l’opinion publique tunisienne et même internationale imputait injustement et indûment à la diplomatie tunisienne ce suspect rôle policier, flic sur les consciences et les convictions. En deux mots, C’est le Ministère de l’Intérieur qui décide et agit, mais c’est au MAE, pratiquement dindon de la farce, d’en faire les frais et d’en nettoyer le « lieu du crime ».
– A la Centrale, la diplomatie tunisienne a été longtemps coupée, pour des raisons essentiellement sécuritaires, de son environnement naturel, à savoir, l’interaction avec la sphère diplomatique accréditée à Tunis. Il était formellement interdit, sous peine de graves sanctions, de recevoir un diplomate, quel qu’en soit le rang, sans une autorisation dûment signée par le ministre, d’accepter une invitation à une réception, déjeuner ou dîner ou toute autre manifestation diplomatique serait-ce culturelle, d’entretenir des relations même privées et personnelles avec des diplomates étrangers résidents à Tunis. Black-out complet ! Ce verrouillage a handicapé même les diplomates étrangers accrédités à Tunis qui avaient déploré, à diverses reprises et à tous les niveaux, ce traitement peu diplomatique qui altère leur travail et leur déploiement.
– Avant d’être recruté, promu ou bien affecté à un poste diplomatique ou consulaire, le diplomate tunisien est soumis à une enquête par les services compétents du Ministère de l’Intérieur dont l’avis conditionne ainsi l’évolution de toute la carrière. Parfois, il suffisait d’avoir un parent, même lointain, fiché « hostile au régime » pour ronger sinon détruire une carrière pourtant bien prometteuse.
– Le diktat sécuritaire se surpasse pour bafouer même les droits les plus naturels et élémentaires comme le choix du (de la) conjoint(e) : Le diplomate tunisien ne peut convoler en justes noces qu’avec la bénédiction du Ministère de l’Intérieur dans la mesure où le (a) concerné(e) est tenu(e) de déposer une demande d’autorisation de mariage, trois mois avant la signature du contrat de mariage,.période au cours de laquelle les services compétents du Ministère de l’Intérieur procèdent à une enquête non seulement sur la moralité du (de la) conjoint(e) mais notamment sur ses antécédents politiques ou ceux de ses parents. Là également le casier politique d’un parent peut entrer en ligne de compte pour faire aboutir ou capoter le mariage.
II- Projet de Plan de Relance
Après ce sombre état des lieux, forcément incomplet, il ne serait pas opportun d’en rester sur ce constat quand bien même son caractère plutôt abstrus. Tout compte fait, le tableau n’est pas totalement noir, le MAE est en mesure de s’appuyer sur nombre d’acquis et de constantes pour assainir ses rouages, rebondir de plus belle et retrouver le rang qu’il n’aurait jamais dû quitter. Il n’est pas question de réinventer la roue, le MAE dispose d’un patrimoine, d’un héritage, d’une culture, il s’agit de les valoriser, les parfaire et les compléter, selon qu’il conviendrait. Etant précisé que si la décision appartient forcément, en dernière instance, au Gouvernement et au ministre, la réflexion appartient à tous les acteurs, en premier lieu les fonctionnaires du MAE qu’ils soient en exercice ou en retraite, à la Centrale ou en poste, quelle qu’en soit la catégorie.
Maintenant, le ver est sorti du fruit, la principale cause de la déchéance du MAE étant balayé par la révolution, ouvrant la voie au renouveau du MAE et débouchant finalement les perspectives pour la diplomatie, les diplomates et autres agents du MAE.
Quoique les dernières décisions, que d’aucuns ont décriées comme équivoques sinon préjudiciables, n’annoncent pas une volonté réelle de couper avec les pratiques anciennes tant fustigées ni de s’inscrire tangiblement dans une perspective de refonte, je préfère continuer de croire que le renouveau du MAE reste tributaire à sa capacité de:
– Couper définitivement avec les pratiques de sous-traitance et les relations de soumission et d’obédience avec la Présidence de la République qui ont largement marginalisé et perverti le MAE et s’en tenir uniquement aux rapports de consultation et de coordination que suppose le fonctionnement ordinaire d’un Etat démocratique. Le MAE doit retrouver son rang, son rôle et son champ naturel de compétence.
– Intégrer les objectifs et les revendications de la révolution tunisienne dans sa réflexion de refonte et œuvrer à être en phase avec le nouveau contexte prévalant dans notre pays. La démocratisation, la responsabilisation, la transparence, les valeurs de solidarité et de souveraineté et les critères de mérite et de compétence sont autant de piliers pour reconstruire l’édifice MAE.
– Procéder à sa propre autocritique, dresser le bilan de son déploiement actuel et en tirer les conclusions et les enseignements d’une manière objective, concertée et adaptée à son propre environnement et dans une perspective immédiatement opérationnelle. Il est hautement recommandé d’impliquer toutes les forces vives du MAE dans cette décisive tâche.
– Définir, à la lumière de ce qui précède, une feuille de route à court, moyen et long terme, assorti d’échéances et d’objectifs d’étape précis. Un axe stratégique est à identifier et à mettre en relief, à divers niveaux, pour conférer toutes les conditions de réussite au processus de refonte.
A la lumière de ce qui précède, ci-après les pivots de refonte préconisés:
Premièrement, reformuler les priorités et les axes d’action et de fonctionnement du MAE et de la diplomatie tunisienne. A cet effet, il est suggéré d’établir une structure de réflexion, qu’on pourrait appeler « Groupe de Travail pour la restructuration du MAE », composée d’une manière transparente et représentative, et chargé de dresser un état des lieux. Sur cette base, un projet de refonte sera mis sur pied, articulé sur ensemble de cibles et d’échéances, selon un ordre de priorités, et conformément aux moyens matériels et humains disponibles.
Deuxièmement, revoir l’implantation diplomatique de la Tunisie, en renforçant la présence diplomatique tunisienne en Afrique, Asie et Amérique latine. A travers l’ouverture de nouveaux postes diplomatiques et le renforcement de ceux déjà en place dans ces régions (Au préalable, mener une réflexion profonde à cet effet).
Troisièmement, couper avec les pratiques dévolues en matière de réflexion. Les réflexes d’exclusion n’ont plus lieu d’être dans le contexte actuel de révolution. En effet, deux comités ont été constitués, d’une manière absolument opaque et sélective, pour plancher sur respectivement le nouveau Statut et le nouveau organigramme du MAE. Il est urgent de recomposer ces deux comités pour une meilleure représentativité d’autant plus que ces deux projets engagent l’avenir de tout le Département, toutes catégories confondues. L’idée d’intégrer ces deux comités au « Groupe de Travail pour la restructuration du MAE » ci-dessus mentionné reste à creuser.
Quatrièmement, annoncer formellement, et de préférence le consigner nettement dans le Statut en cours de révision, que les postes diplomatiques et consulaires seront attribués en priorité aux diplomates tunisiens, excepté une proportion ne dépassant pas 5à 10% réservée aux désignations politiques. S’il est acquis, le principe de désignation politique doit répondre à un certain nombre de considérations et de critères à définir.
Cinquièmement, œuvrer à réintégrer la coopération internationale au MAE et réfléchir aux modalités d’une telle opération. La question n’étant pas uniquement du ressort du MAE, vraisemblablement une décision politique à haut niveau est nécessaire. Il est recommandé de promouvoir l’idée et de sensibiliser les acteurs compétents de sa pertinence tant politique qu’opérationnelle (Une position ferme du MAE à ce sujet est impérative).
Sixièmement, réfléchir sur l’idée de subdiviser le corps diplomatique en deux parties: Une partie permanente à la Centrale (prévoir une revalorisation salariale) et une partie mobile (affectable à l’étranger). Ce système, qui doit être facultatif et non contraignant, est de nature à constituer non seulement une solution pour nombre de diplomates et un facteur de souplesse et de prévisibilité pour le MAE, mais notamment une garantie pour pérenniser un traitement de qualité aux dossiers et de ne plus en altérer, voire en rompre la gestion en cas d’affectation (En fait, l’idée n’est pas nouvelle, cela fait des années qu’elle est soulevée).
Septièmement, réhabiliter la fonction de Secrétaire Général du MAE. Il ne s’agit pas là de contester le titulaire actuellement en exercice mais de réparer une insanité qui a longtemps duré en vouant de nouveau au poste le rang, le rôle et le profit requis. Il est grand temps de rompre avec cette pratique consistant à nommer une personne ex-vitro et à confiner la tâche dans un mandat strictement administratif, à savoir super DAAFeur. Supposé être l’interface et l’interlocuteur, bien au fait des contraintes et des contingences liées au fonctionnement de la diplomatie, le Secrétaire Général ne pouvait bien honorer ses engagements s’il était coupé de la réalité diplomatique. En outre, la dimension politique du poste suppose, en toute logique, la désignation d’un ex ambassadeur (cette densité politique que symbolise le poste de Secrétaire Général du MAE a été longtemps reléguée à un rang très incongru, notamment sous l’ère Ben Ali, d’où l’appel à la réhabilitation).
Huitièmement, la perception plutôt négative que l’opinion publique tunisienne développe par rapport au MAE commande plus que jamais de couper avec les méthodes traditionnelles et non moins archaïques de communication et de doter le Département d’une véritable stratégie de communication. Pour ce faire, commencer par créer et pourvoir le poste de porte-parole. En ce contexte de révolution numérique, le préambule dont on use et abuse « une source autorisée au MAE a fait savoir…. » est à la fois anachronique et contre-productif.
Neuvièmement, revoir les critères d’affectation aux postes diplomatiques et consulaires et effectuer l’opération dans la transparence. Le temps n’est plus à l’opacité et au clientélisme (parmi les revendications de la révolution, faut-il le rappeler). Le MAE et son personnel ont longtemps souffert de ce climat délétère de tensions, de rumeurs et d’intox précédant systématiquement la phase de désignation. A titre illustratif, la liste des chefs de postes diplomatiques et consulaires récemment rappelés n’a jamais été publiée au MAE. Personne ne peut se targuer d’en connaître tous les noms et postes. Un autre problème de communication interne à juguler !
Dixièmement, indexer la formation livrée par l’IDFE aux besoins de recrutement du MAE et offrir les meilleures conditions d’intégration et d’apprentissage professionnelles aux jeunes SAE. Il a été malheureusement observé que leur affectation à l’Administration Centrale s’effectuait d’une manière approximative pour ne pas dire désordonnée, livrant presque les jeunes SAE à eux-mêmes, parfois sans bureaux ni dossiers. Personne n’en tire profit, ni les stagiaires ni les structures ni les dossiers.
Par Jalel SNOUSSI
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