Deux voix ont été à l’affiche pour la soirée du 6 août : Mayada El Hennawy, qui fait son grand retour après 21 ans d’absence, et le chanteur syrien en pleine ascension Mohamed Khayri.
Près d’une trentaine de musiciens de l’Orcheste national tunisien ont accompagné les deux artistes, d’abord sous la baguette du maestro Mazen Zouaidi, puis avec le maestro Youssef Belhani. Un public nombreux et intergénérationnel a été présent.
La première partie du concert a été assurée par Mohamed Khairy, célèbre pour ses reprises de classiques du tarab, tout en construisant en parallèle une identité artistique propre à travers son répertoire personnel. Avant qu’il ne monte sur scène, l’écran géant a passé son clip « Wejhet nadhar » sorti le jour même du spectacle.
Le concert a été entamé avec le célèbre mouachah andalous « Lama bada yatathanna », puis « Sibouni bi hali » de Sabah Fakhri. Il a enchaîné avec « Wehyatak ye habibi » de Sayyed Makaoui, avec le célèbre couplet « Me tfoutnich ana wahdi » qu’on connaît surtout avec la voix de Warda.
Mohamed Khairy a également repris »Biid 3anak » de Oum Kalthoum puis un extrait de « Enta omri » vers la fin de son passage. Il a porté sur scène « Ah ye hilou », « Ebaathli gawab », « Hayamatni », « Elbobol nagha », « Kadoka al mayass » et « Silini » qui appartiennent au Qudud d’Alep. Ce répertoire traditionnel syrien transmis de génération en génération et particulièrement popularisé par Sabah Fakhri est fortement apprécié à grande échelle. La setlist a aussi inclus « Foug enakhal » du patrimoine irakien.
Ces chansons, bien que rythmées, impliquent une maîtrise vocale irréprochable. Mohamed Khairy les a interprétées avec une grande justesse, en plus d’une présence scénique remarquable. De ses propres œuvres, il a chanté « Snin », sortie il y a 5 ans.
L’artiste syrien a exprimé toute sa joie de rencontrer le public de Carthage et a même mis une Djebba tunisienne pour une grande partie de son passage. Les spectateurs l’ont accompagné au chant avec un grand enthousiasme tout au long de sa prestation et il a été salué par une longue ovation à la fin. Il s’impose certainement parmi les révélations marquantes de cette édition.
Les lumières se sont ensuite tournées vers Mayada El Hennawy. Avec son élégance habituelle et sa voix chargée d’émotions, la star a d’abord chanté « Ana mokhlissalak » sortie en 1993, puis « Habina w thabina qui remonte à 1984. Cette chanson fait partie de ses plus grands succès composés par Baligh Hamdi. Elle a aussi interprété « El layali » sortie en 1997, dont les paroles sont signées par Abdel Rahman El Abnoudy et mises en musique par Ammar El Cherii. « Mahma yhawlou ytafou echams » et « Ken ye makan » étaient parmi les moments les plus forts de la soirée. Une belle complicité s’est créée avec le public qui connaît par cœur les paroles. Mayada El Hennawy a enchaîné avec »Fatet sana « , avant de clôturer avec son titre légendaire « Ana baachaak ».
Ces titres ont ravivé la mémoire de beaucoup de spectateurs. La force de ce répertoire tient en effet tant à force des paroles et des mélodies que dans les souvenirs qu’il éveille. C’est une musique qui a séduit plusieurs générations, qui a marqué plusieurs décennies de la chanson orientale, et qui continue encore de résister face à la légèreté.
Dans ce spectacle, il y a eu deux artistes, deux ambiances distinctes, mais un fil conducteur bien décelable: les chansons qui traversent les époques et défient le temps sans perdre leur éclat, portées par la jeune génération et les grandes figures indémodables.

