
Abdallah Ferchichi, homme d’affaires tunisien, a créé et lancé l’Union Internationale des Femmes et Hommes d’Affaires, mais il est réputé pour avoir soutenu la Révolution libyenne.
Aujourd’hui, il nous parle de la Tunisie, de sa situation économique, etc. Interview…
Abdallah Ferchichi est connu en Libye pour avoir soutenu la Révolution du 17 Février. Aujourd’hui, comment appréhendez-vous les relations entre la Tunisie et la Libye après la chute des dictatures ?
J’ai soutenu la Révolution libyenne à travers des actions humanitaires. Aujourd’hui, mon soutien à cette Révolution se poursuit principalement à travers la création de l’Union Internationale des Femmes et Hommes d’Affaires et à travers des programmes de coopération et de développement entre nos deux pays et à travers. Ces deux composantes vont permettre de donner un nouveau visage aux relations tuniso-libyennes.
Dans ce cadre, il faut booster les accords bilatéraux, leur donner plus de profondeur et cela commence par plus de facilités dans la circulation des Tunisiens et Libyens entre les deux pays. Cela implique qu’il faut développer les échanges commerciaux mais en changeant le mode de fonctionnement de ces échanges.
Aujourd’hui, ni la Tunisie ni la Libye ne bénéficie de ces échanges car les réels besoins ne sont pas inscrits dans une démarche officielle de développement. La Tunisie et la Libye doivent réaliser une réforme destinée à revoir les aboutissants de ces échanges commerciaux afin qu’ils soient mieux exploités et qu’ils se développent.
Ces échanges doivent se reconstruire sur de réelles bases qui seront instaurés par des experts afin d’identifier les besoins de chaque partenaire d’un point de vue pragmatique.
Quelles activités préconisez-vous depuis la Tunisie ?
Récemment, j’ai eu une rencontre avec le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie et des directeurs de banques pour organiser, en concertation avec un centre stratégique, un congrès international sur le secteur financier et monétaire avec la participation d’entreprises, de banques et d’instituts financiers arabes et occidentaux mais également de sociétés spécialisées dans l’industrie financière.
Ce congrès devra être le moyen de s’échanger les expériences et de trouver des points d’intérêts convergents. Des travaux issus de ce congrès pourront venir s’implanter de nouvelles idées et refléter les nouvelles stratégies et les démarches qui permettront de booster le monde des affaires et assainir le climat des investissements.
Plus de 200 participants entre représentants de banques internationales et d’investissements sont attendus lors de ce congrès qui axera principalement ses travaux sur le commerce monétaire et financier.
Quel est votre avis sur la situation économique actuelle de la Tunisie ?
Je considère d’abord, en tant qu’homme d’affaires ayant des investissements partout dans le monde, que les Tunisiens doivent connaitre exactement les richesses de leur pays et savoir quelles sont nos capacités en phosphate et en pétrole. Ils doivent connaitre la valeur exacte de ces richesses et les capacités de leur pays. Ils doivent savoir exactement de « quoi est capable la Tunisie en terme de productions d’énergies » ; ils doivent savoir que la Tunisie peut, un jour, devenir productrice de pétrole ou non, par exemple.
Je suis quasiment certain, et je sais ce que j’affirme, que la Tunisie regorge d’une part de pétrole et que ce pétrole est d’une rare qualité. Il permet de produire du kérosène.
Le problème principal réside dans le fait que l’information reste floue. Où est ce pétrole, à qui se vend-il et à quel prix ?
Voulez-vous signifier que rien n’a changé depuis la révolution ?
Rien n’a changé sur le plan économique. Il faut tout revoir ou alors comment expliquer que nous avons glissé dans le cercle vicieux des prêts internationaux, des dettes alors que le pays est riche en phosphate et en pétrole. Comment expliquer qu’une ville comme Thala soit aussi pauvre alors qu’on vend son marbre dans le monde entier ? Comment expliquer que le prix d’un appartement puisse atteindre 500.000 dinars, aujourd’hui dans la banlieue nord de Tunis ?
Pensez-vous que les réseaux de corruption sont encore en activité ?
Ces réseaux sont encore là bien que tout le monde les connaisse. Malheureusement ni ce gouvernement ni son prédécesseur n’ont fait quelque chose pour les mettre hors d’état de nuire et c’est ce qui freine toute réforme économique.
Le gouvernement reste flou concernant ces réseaux et concernant leurs liens avec les troubles sécuritaires, les sit-ins, etc… Ce gouvernement ne veut pas dévoiler qui se cache derrière tout ça et c’est ce qui bloque et empêche toute avancée dans le domaine économique.
Vos relations avec l’ancien régime ?
Elles étaient mauvaises. J’étais une cible comme beaucoup d’autres hommes d’affaires et c’est ce qui m’a poussé à développer mes affaires et mes entreprises hors du pays.
Aujourd’hui, le même système demeure !
Quelles sont les solutions que vous préconisez pour sortir le pays de cette impasse économique ?
Ma solution repose sur l’Union Internationale des Femmes et Hommes d’affaires qui regroupe aujourd’hui plus de 25 entreprises et de nombreux hommes d’affaires du monde entier.
Et en quoi consiste concrètement cette Union Internationale des Femmes et Hommes d’affaires ?
C’est, à titre d’exemple, un ensemble d’investissements qui sont en train d’être lancés au centre du pays, à Kairouan, Sidi Bouzid, etc. et c’est l’Union qui supervise, contrôle et surveille la mise en place de ces investissements sur le terrain. C’est l’Union qui négocie avec les autorités et qui balise le terrain avec les autres acteurs de la vie économique afin que ces investissements se concrétisent.
C.C.
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