
A l’issue d’une grave crise politique exacerbée par l’assassinat de Chokri Belaid, Ali Laarayedh, 58 ans, succède à Hamadi Jebali à la tête du gouvernement. Membre d’Ennhdha, comme Jebali, l’ancien ministre de l’Intérieur a formé le 8 mars dernier un nouveau gouvernement. Dans cette interview accordée au Monde, il livre ses impressions sur le nouveau gouvernement, sur l’assassinat de Belaid…
Quelle différence existe-t-il entre le gouvernement Jebali et le vôtre ? La méthode est-elle différente ?
Ali Larayedh : La différence, c’est la clarté des objectifs et des priorités, la fermeté des politiques dans une conjoncture nationale où il y a eu beaucoup de malentendus entre les partis politiques tunisiens, et une situation sécuritaire qui nous a causé des soucis. C’est un changement de ton. Nous voulons être bien plus fermes, et plus décidés que jamais. Nous ne ferons aucune concession sur la sécurité des Tunisiens.
Un Etat démocratique, c’est un Etat fort. Il n’y a pas de contradiction à respecter la loi et à utiliser la force dans les limites de la loi face à ceux qui ont profité de la faiblesse des institutions de l’Etat ou qui ont pensé que l’Etat est faible. Tout d’un coup, il y a eu une liberté sans limites – et c’est compréhensible – dans les partis comme dans la population, mais aussi des dérapages. Savoir qu’il y a beaucoup de devoirs et pas seulement des droits, cela s’apprend aussi.
Vous aviez parlé, il y a un an, d’un « affrontement inévitable » avec les salafistes, le redoutez-vous toujours ?
Il a déjà eu lieu et il le sera encore, de façon ponctuelle. C’est une fraction du salafisme qui prône la violence et le terrorisme. Il n’y a pas de dialogue avec ceux qui sont en guerre avec la société. Les autres, nous sommes contre leur projet de société, leur vision des relations entre les peuples, de la démocratie, des femmes, mais du moment qu’ils n’utilisent pas la violence, nous sommes confiants dans le fait que les Tunisiens n’opteront pas pour un tel projet.
Où en est l’enquête sur les auteurs de l’assassinat de Chokri Belaïd ?
Nous avons arrêté les complices de l’assassin que nous avons identifié, un homme âgé d’une trentaine d’années. Il n’a pas été arrêté en Algérie, comme certains l’ont affirmé, et nous le pourchassons. Il fait partie de la mouvance salafiste, il fréquente leurs manifestations culturelles et leurs mosquées. Mais ces hommes ont-ils agi seuls ou pour le compte d’un groupe interne ou externe à la Tunisie ? C’est ce que nous essayons aujourd’hui de déterminer.
Lire la suite sur Le Monde.fr | 26.03.2013
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