
C’est l’histoire d’un pays qui,au sortir d’une révolution, a besoin de sa classe politique faite d’ hommes d’Etat, patriotes, sages, altruistes, visionnaires pour amorcer sa transition démocratique, installer l’Etat de Droit, bannir la violence et pacifier le climat social. La voilà qui marche sur les traces de la défunte caste politique, longtemps décriée pour son opportunisme, son carriérisme et ses méthodes populistes.
Le peuple déchante et se retrouve coincé entre une élite nouvelle et des méthodes anciennes plus promptes à faire du neuf avec du vieux que d’innover,créer et surprendre son peuple et les manifestations qui se succèdent sont la parfaite illustration de cette incapacité des politiques à se battre sur le terrain des idées et des programmes.
On est tenté de penser sommes nous réellement gouvernés ou simplement manipulés et victimes d’un amateurisme politique? La scène politique ressemble à s’y méprendre à des stades de Foot et les politiques, incapables d’apporter des solutions à des problèmes concrets, tentent de jouer le populisme en occupant la rue, mobilisant ses bases et enflammer ses militants avec des discours et des chants qui nous rappellent ceux de Ben Ali et des virages des stades de foot. Ainsi il est de plus en plus fréquent de voir nos hommes politiques, délaisser leur travail et les tâches essentielles qui leur sont confiées au nom de l’Intérêt national pour se consacrer à des missions propagandistes au nom de leurs partis respectifs.
Comme sous Ben Ali et le RCD, on sait que désormais chaque Parti ou coalition gouvernementale doit organiser une manifestation et mobiliser ses troupes pour affirmer et confirmer sa légitimité, étaler ses réalisations et crier haut et fort que sa base est là pour la soutenir et payer de sa vie pour qu’elle reste et se maintienne au pouvoir et aux chants Berouh Bedam Nefdik ya Ben Ali se sont succédé Berouh Bedam Nefdik ya Houkouma.
Il y a décidément beaucoup d’amateurisme au sein des Partis qui, au milieu de ce désordre idéologique, tentent de rivaliser par la mobilisation de la rue, l’ampleur des manifestations et la teneur des slogans chantés en chœur par les chorales de sympathisants et la parade carnavalesque des chefs.
Les Tunisiens sont indignés, dégoûtés, désœuvrés et font de moins en moins confiance à cette classe politique populiste pour résoudre la crise qui secoue la Tunisie et venir à bout de leurs problèmes économiques et sociaux.
Le phénomène n’est certes pas nouveau et l’ancien régime excellait dans la mobilisation de la Rue pour vanter ses réalisations d’apparence titanesques afin de camoufler sa dictature et son clientélisme mais en perdurant avec ces nouvelles élites politiques, le phénomène devient inquiétant, la méthode est maladroite et renforce le sentiment de défiance d’une société hantée par le culte des chefs, de courtisans, d’opportunistes et de porte-drapeaux des réalisations imaginaires.
Le fossé est profond entre les Tunisiens et la politique et nos politiciens toutes tendances confondues se révèlent hélas mauvais communicateurs et amnésiques des erreurs du passé, car le peuple a besoin de programmes et de solutions concrètes et non pas de discours, de chants de virages et de slogans rabatteurs et revendique des Hommes d’Etat et de terrain pour le guider et le tirer vers le haut et non pas de chauffeurs de salles et de tribuns qui, du haut des estrades, enflamment les foules avec des promesses et des formules virtuelles.
Jalel Jeddi
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