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Attaque de Gafsa en 1980 : les coulisses d’une crise qui a mis l’État tunisien à l’épreuve

8 juillet 2026
in Actualités
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Attaque de Gafsa en 1980 : les coulisses d’une crise qui a mis l’État tunisien à l’épreuve
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Les mémoires de Rachid Sfar, qui occupait alors le poste de ministre de la Défense nationale lors des événements de Gafsa en janvier 1980, apportent un éclairage inédit sur la manière dont l’État tunisien a organisé sa riposte face à l’une des attaques armées, fomentées par le colonel libyen Mouammar Kadhafi, les plus graves qu’ait connues le pays depuis son indépendance.

Dans son témoignage, Rachid Sfar revient avec précision sur les premières heures de la crise et sur le dispositif mis en place par les autorités dès l’annonce de l’attaque. Il raconte avoir reçu, à l’aube du 27 janvier 1980, un appel téléphonique urgent du ministre de l’Intérieur Othman Kechrid l’informant qu’un groupe armé avait lancé une opération contre la ville de Gafsa.

Informé de la gravité de la situation, il se rend immédiatement au siège du ministère de la Défense où il entame une série de consultations avec les principaux responsables militaires, notamment le général Abdelhamid Escheikh, commandant général des trois armées, le général Gzara, chef de l’armée de terre, le général Kateb, directeur du cabinet militaire, ainsi que le colonel Machta, commandant de l’armée de l’air. L’objectif était alors d’évaluer la situation sur le terrain et de préparer un plan d’intervention pour reprendre le contrôle de la ville.

Une coordination au sommet de l’État

Parallèlement aux préparatifs militaires, Rachid Sfar indique être resté en contact permanent avec le Premier ministre Hédi Nouira, qui suivait l’évolution de la crise depuis sa résidence en raison de son état de santé. Les principales décisions relatives à la gestion de l’opération faisaient l’objet de consultations avec lui avant d’être soumises au président Habib Bourguiba.

Malgré la gravité de la situation, Bourguiba, qui suivait les opérations heure par heure depuis son lieu de séjour à l’hôtel Oasis de Nefta-Tozeur, avait insisté pour maintenir son activité officielle et donné des instructions fermes afin que toutes les mesures nécessaires soient prises pour assurer la sécurité de la capitale ainsi que des infrastructures stratégiques du pays.

Une intervention militaire sous contraintes logistiques

Selon le récit de Rachid Sfar, les forces armées tunisiennes ont rapidement procédé à la mobilisation des unités disponibles et à leur déploiement vers Gafsa, avec un appui aérien destiné à soutenir les opérations au sol.

L’intervention des hélicoptères militaires a joué un rôle déterminant dans la neutralisation des positions des assaillants, en perturbant leurs mouvements et en réduisant leur capacité de résistance. Cette couverture aérienne a permis aux forces de l’armée et de la sécurité intérieure de progresser progressivement, de libérer les personnes retenues en otage et de rétablir l’autorité de l’État dans la ville.

Toutefois, la crise a également révélé les limites des capacités logistiques de l’armée tunisienne à cette époque, notamment dans le domaine du transport aérien militaire. Face à ces contraintes, les autorités tunisiennes ont sollicité l’aide du Maroc, qui a fourni des avions et des hélicoptères pour assurer le transport des soldats et du matériel. Une assistance logistique française a également contribué à accélérer le déploiement des forces et la fin des opérations.

Une épreuve majeure pour l’État tunisien

Au-delà de l’aspect militaire, le témoignage de Rachid Sfar met en lumière le fonctionnement des institutions tunisiennes face à une crise exceptionnelle. Il décrit une coordination étroite entre la présidence de la République, la Primature, les ministères de la Défense et de l’Intérieur ainsi que le commandement général des forces armées.

L’attaque de Gafsa, survenue en janvier 1980, demeure ainsi un épisode majeur de l’histoire sécuritaire contemporaine de la Tunisie. Elle a constitué un test décisif pour l’appareil d’État, confronté pour la première fois à une opération armée d’une telle ampleur sur son territoire, et a marqué durablement la politique de défense et de sécurité du pays.

B.O

Source : Mémoires de Rachid Sfar, Une vie de militant et d’homme d’État, pages 222-228.

 

 

Tags: Abdelhamid Escheikhattaque de Gafsa en 1980habib bourguibaHédi NouiraOthman KechridRachid SfarTunisie
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