
Comment Ben Guerdane, ville frontalière n’implose pas quand on sait que sa population vit pour 80% du commerce parallèle avec le voisin libyen ? Chaque fois que le passage frontalier est fermé pour des raisons de sécurité, la même gronde revient et les mêmes questions se posent.
Quelles alternatives pour ces milliers de gens qui ne vivent que grâce à cette économie souterraine ? Selon l’enquête menée sur le terrain, c’est la situation économique désastreuse de la région qui pousse ces milliers de jeunes à emprunter les routes dangereuses et à risquer leurs vies pour vivre dignement et faire nourrir leurs familles.
Le naufrage de la région ne date pas d’aujourd’hui et malgré les visites de plusieurs ministres des gouvernements successifs, les promesses électoralistes et les dizaines de projets fantomatiques, la situation reste si sombre et si triste. Le dégoût est total et l’aversion envers toute la classe politique et syndicale est si forte qu’elle a déclenché ces dernières émeutes pour affirmer haut et fort que le sort de toute une région est hélas loin des radars des politiques.
« Nous avons la confirmation maintenant que nous ne sommes pas au centre des préoccupations des politiques. Certains partis se sont servis de nous comme vivier électoral dans leurs campagnes et nous ont abandonné sitôt arrivés au pouvoir et maintenant nous servons de monnaie d’échange entre le gouvernement et le patronat qui veut éradiquer le commerce parallèle. », clame une habituée des allers–retours avec le voisin libyen avant d’ajouter avec une once d’amertume et beaucoup de philosophie : « La dictature économique est plus meurtrière que la dictature policière. Avec la première, on meurt de faim tandis qu’avec la 2 eme on meurt de peur. »
Quand ils débattent de la situation chaotique dans la région, les officiels feignent de considérer sa spécificité. Qu’ils veuillent éradiquer l’économie souterraine est logique et justifié à plus d’un titre mais qu’ils adoptent avant une réelle politique volontariste de création d’emploi en mettant en œuvre de véritables projets et en créant une zone industrielle et une zone franche de libre-échange.
Jalel JEDDI
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