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Benghazi: Le récit de l’attaque du consulat conforte la thèse d’un acte planifié

21 septembre 2012
in International
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Ce n’est pas un mais deux assauts que les Américains ont subis dans la nuit du 11 au 12 septembre, à Benghazi. Le premier, qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain, Christopher Stevens, mort par asphyxie, ainsi qu’à un agent, tué par balle, s’est déroulé à l’intérieur du consulat assiégé par des manifestants ; le second a eu lieu, quatre heures plus tard, dans une maison distante de plus d’un

kilomètre, dans laquelle s’était retranché le personnel du consulat et où deux hommes de la sécurité américaine ont péri, également tués par balles.

Sur place, alors que deux hauts responsables libyens de la sécurité – dont Ounis Al-Charef, vice-ministre de l’intérieur chargé de la région est – ont été limogés, l’enquête progresse à petits pas. Lundi 17 septembre, Fahed Al-Baccouche, un internaute de 22 ans, a été entendu par la commission libyenne d’investigation installée dans les étages d’un hôtel de Benghazi. Présent au moment des événements, il a filmé avec son téléphone portable les dernières images de l’ambassadeur.

Sur une feuille de papier, il décrit précisément au Monde son entrée, peu après 23 h 30, par la porte principale du consulat déjà investi par des manifestants armés, puis son parcours devant une première villa qui brûle, un autre bâtiment, la piscine… C’est en rebroussant chemin vers l’entrée, qu’il entend un cri, en arabe : « Il y a un corps ici ! »

Sa vidéo montre des jeunes pénétrant dans une autre villa plongée dans le noir d’où s’échappe une épaisse fumée. Dans la pièce où ils s’engouffrent, des sacs de sable entassés contre un mur apparaissent sur la droite. Avec difficulté, par une issue étroite, les jeunes Libyens sortent un corps, celui du diplomate, mais personne ne le reconnaît. « C’est un étranger », entend-on. Un homme prend le pouls sur son cou.

Des cris de joie éclatent : « Il est vivant ! » « A ce moment-là, il respirait encore et nous regardait, mais aucun d’entre nous ne savait quoi faire », affirme Fahed Al-Baccouche. Le diplomate est jeté sur des épaules et emmené dans un véhicule vers l’hôpital, où il parvient à 1 h 35 du matin. Aucun autre Américain ne se trouvait alors dans le consulat.

DES MARINES DÉPÊCHÉS EN RENFORT

Tout le personnel avait été évacué vers une maison à l’extérieur. Comment y est-il parvenu, alors que le consulat était cerné par plusieurs groupes de manifestants ? « On nous avait parlé de dix personnes, mais en réalité, ils étaient trente-sept, dont un mort. Il y avait parmi eux deux femmes et un Egyptien. Ils ne savaient pas où était l’ambassadeur », assure Wissam Ben Hamid, le chef de la katiba (brigade) Dera Libya (« bouclier de la Libye ») chargée de la sécurité extérieure du consulat.

Installé au siège du groupe, ce dernier raconte avoir reçu, tard dans la nuit, un appel de Tripoli lui ordonnant d’aller chercher à l’aéroport de Benghazi huit marines américains dépêchés en renfort. A 3 heures du matin, il s’y rend avec quatre véhicules. « Les Américains étaient habillés en civil, mais ils portaient des gilets pare-balles et étaient armés », affirme-t-il. « Ils avaient un GPS et nous ont demandé d’aller vers un point que nous ne connaissions pas, poursuit Wissam Ben Hamid. Nous sommes arrivés dans un quartier sans lumière, puis devant une maison. Les Américains, qui étaient dans chacune de nos voitures, ont communiqué par talkie-walkie avec d’autres qui étaient sur le toit avec des lunettes de vision nocturne et nous sommes rentrés les uns après les autres. »

Derrière, des véhicules d’autres katiba sont arrivés mais ne franchissent pas l’enceinte. C’est à ce moment, selon le chef de Dera Libya, que des tirs de RPG et de kalachnikovs ont fusé « de l’autre côté du bâtiment, pendant une demi-heure, peut-être une heure ». L’un des deux Américains tués par balles tombe du toit lors de ce deuxième assaut.

Y a-t-il eu une fuite ? Comment les assaillants ont-ils eu connaissance du lieu de regroupement des employés du consulat ? Et surtout, comment l’ambassadeur a-t-il pu se retrouver quasiment seul dans le consulat ? Des questions pour l’heure sans réponse.

VERSIONS CONTRADICTOIRES

A Benghazi, durant l’attaque, les Américains ont, semble-t-il, coupé tout contact avec leurs interlocuteurs libyens habituels. « Nous avons tenté de les joindre sur leur téléphone pendant trois heures sans succès. On croyait qu’ils étaient encore avec l’ambassadeur », déclare au Monde Mustapha Seguesli, ancien chef militaire de la katiba du 17-février, devenu le patron de la commission des combattants, chargée de les réinsérer dans la vie civile.

L’homme connaîssait bien Christopher Stevens, avec lequel il entretenait des rapports étroits depuis l’insurrection libyenne. C’est lui qui sera appelé, effaré, pour identifier le corps « à 4 h 30 du matin », précise-t-il. Les médecins ne sont pas parvenus à ranimer M. Stevens et ont constaté son décès par asphyxie, tout en notant une hémorragie interne dans le système digestif.

Des versions contradictoires continuent à circuler sur le caractère spontané de la manifestation et la présence d’un groupe radical de salafistes qui aurait exploité la situation. La découverte d’un deuxième assaut renforce l’hypothèse d’un acte planifié, alors que Washington affiche désormais des réserves à ce sujet, « dans l’attente des conclusions de l’enquête définitive » menée par le FBI.

Abdallah Mohamed Al-Kadari, 22 ans, qui se trouvait sur place, assure que tout a commencé peu après 21 heures avec des jeunes « non islamistes » qui arrêtaient les voitures sur la route pour inciter leurs occupants à aller protester devant le consulat contre L’Innocence des musulmans, la vidéo islamophobe diffusée sur Internet.

« Ensuite, il est arrivé de plus en plus de monde, des gens armés et, parmi eux, des islamistes. Mais de là où j’étais, c’est-à-dire devant la porte principale, ils n’étaient pas majoritaires, témoigne le jeune homme. Ça tirait de plus en plus fort, les gens étaient très énervés parce que les gardes du consulat avaient commencé à tirer en l’air, puis en bas. Un de mes amis a été touché à la main. Mais personnellement, je n’ai pas vu de tirs de roquette, j’ai juste entendu le bruit, de l’autre côté. »

A 5 heures, ce 12 septembre, un convoi a ramené le personnel du consulat à l’aéroport de Benghazi pour être rapatrié à Tripoli. La dépouille de l’ambassadeur est arrivée séparément quelques instants plus tard.

Le Monde

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