L’article qu’on a publié hier sur le calendrier électoral et l’alignement des partis d’El Massar et d’El Watad sur la position d’Ennahdha, qui préfère que les élections législatives aient lieu avant les élections présidentielles, a ouvert la porte à de nombreuses réactions.
Nous venons dans ce sens de recevoir la position de la députée Selma Mabrouk qui a apporté de nombreux éclaircissements que nous éditons volontiers :
«Je me permets d’être dubitative face au sérieux avec lequel l’auteur de l’article a suivi les débats sur la loi électorale à l’assemblée et sur le calendrier électoral au sein du dialogue national. Je me permets de douter aussi des recherches qu’il a dû faire à propos des communiqués officiels des partis politiques, et en particulier d’Al Massar, qui ont jalonné ces derniers mois de pourparlers…
L’auteur de l’article s’est donc probablement distrait de la problématique électorale, et en voulant publier un article susceptible de faire le « buzz », a « zappé » quelques données importantes.
Al Massar a déclaré officiellement depuis longtemps (dans un communiqué officiel datant de plusieurs semaines) son choix sur la chronologie des élections et sur sa préférence pour programmer les législatives avant les présidentielles.
Les avantages qu’Al Massar a avancés sont de notoriété publique :
1- Le vrai pouvoir selon la nouvelle constitution est dans le Parlement, dont la majorité choisit le chef du gouvernement. Il est donc évident que si l’on désire installer le plus rapidement possible des institutions stables, il faudrait commencer par le Parlement qui lui même installera un gouvernement dans un délai maximum de cinq semaines.
Durant la période consacrée à la formation du gouvernement, la campagne pour les élections présidentielles pourrait commencer, donnant ainsi la possibilité d’élire au suffrage universel le président de la République dans la foulée.
Dans le cas contraire, si les élections présidentielles précèdent les législatives, la mise en place d’un gouvernement et d’un parlement stable devra attendre plusieurs mois, retardant ainsi la mise en place des réformes urgentes tant attendues.
En effet, le président de la République a, toujours selon la Constitution, des prérogatives restreintes, dont la plupart avec obligation de consulter le chef du gouvernement. Son élection en premier n’apportera donc aucun changement palpable et rapide au niveau de la gouvernance.
2- Al Massar, à l’instar de toutes ses positions et ses actions depuis sa création, continue à œuvrer pour l’unité du camp démocrate.
Dans cet ordre d’idées, il est évident que l’éventualité de programmer les élections présidentielles en premier lieu va obligatoirement amener les candidats démocrates à se démarquer les uns des autres durant la campagne, voire à s’entre-déchirer (ce qui est normal dans toute campagne électorale). Il est alors tout aussi évident que cette « rixe fratricide » laisserait peu de chance à l’indispensable « réunification » du camp démocrate pour les législatives.
NB: La Constitution n’impose absolument aucun restrictif quant au choix de l’élection qui se fera en premier. Il n’est nullement exigé de faire prêter serment au président de la République devant l’Assemblée constituante. C’est un argument que j’ai lu dans un commentaire justifiant le choix des présidentielles d’abord. Et cela méritait un rectificatif.
Sur un autre plan, si Ennadha s’est finalement décidée pour faire précéder les législatives, cela n’a rien d’étonnant pour un parti qui s’est acharné contre l’élection au suffrage universel du président de la République et qui a voulu forcer la main depuis le début pour constitutionnaliser un régime parlementaire, voire d’assemblée. Le parlement reste pour ce parti l’antre du pouvoir, sauf qu’il lui faut maintenant s’assurer des alliés « sûrs » pour s’offrir la majorité après les élections.
Et c’est pour cette raison que la bataille des législatives est vitale pour le camp démocrate. Elle ne doit être livrée qu’en « rangs serrés » pour se prémunir d’une dispersion des voix ouvrant la voix à des alliances labiles et à un paysage politique instable.
A bon entendeur salut ! »