Le conseil de sécurité de l’ONU a procédé ce vendredi à un vote informel indifférencié (entre membres permanents et membres non permanents) pour le choix du nouveau secrétaire général de l’organisation des Nations Unies devant succéder à l’actuel titulaire le portugais António Guterres.
Deux candidates originaires d’Amérique centrale- Caraïbes viennent largement en tête en tête. Il s’agit de la Costaricaine Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente de son pays et ancienne secrétaire générale de la CNUCED et de la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett, ancienne ministre des Affaires étrangères de son pays. Malgré l’avance prise par ces deux candidates, le choix reste ouvert car on ne connait pas encore la position des membres permanents qui est cruciale car un vote négatif équivaut à un véto. Une tendance lourde se dégage néanmoins, celle de la promotion d’une femme à la plus haute fonction dans le système des Nations.
Coïncidence ou hasard du calendrier, l’élection du nouveau secrétaire général de l’ONU s’inscrit dans un grand chambardement que le système multilatéral s’apprête à vivre. En effet, d’ici l’été 2027, la quasi-totalité des grandes organisations internationales (ONU, OIF, OMS, FAO) vont renouveler leur direction générale, déclenchant d’intenses tractations géopolitiques en coulisses où s’entremêlent rivalités de blocs, exigences de parité et quêtes de rééquilibrage géographique.
Voici l’état des forces de ce grand « Monopoly diplomatique » mondial :
ONU : Le duel des Caraïbes et de l’Amérique centrale
La course à la succession d’António Guterres pour une prise de fonction en janvier 2027 est entrée dans sa phase critique. Trois votes informels à huis clos (Straw polls) ont eu lieu dont le dernier ce vendredi 2026. Celui-ci a placé Rebeca Grynspan (Costa Rica) en tête avec : 9 mentions « encourage », 5 « décourage » et 1 « sans opinion ». Elle retrouve la première place qu’elle avait déjà occupée lors du tout premier scrutin en juillet. Pour sa part Carolyn Rodrigues-Birkett (Guyana) a obtenu 8 mentions « encourage », 6 « décourage » et 1 « sans opinion ». Elle arrive juste derrière après avoir dominé le deuxième vote en août.
Bien que Rebeca Grynspan ait franchis le seuil théorique des votes favorables requis, aucun favori incontestable ne se détache pour le moment, car le nombre de mentions « décourage » reste élevé pour les deux candidates. De plus, les votes des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (les seuls dotés d’un droit de veto) ne sont pas encore différenciés à ce stade de la procédure.
OIF : Un choc frontal au cœur de l’Afrique
En novembre prochain à Phnom Penh (Cambodge), le 20e Sommet de la Francophonie élira son Secrétaire général pour le mandat 2027-2030. Pour la première fois, des auditions publiques départageront les candidats. La Rwandaise sortante Louise Mushikiwabo, favorite à sa propre succession, fait face à une contestation politique majeure de Kinshasa, qui pousse la candidature de Juliana Lumumba (RDC), ancienne ministre et surtout fille du leader de l’indépendance Patrice Lumumba. Ce duel des Grands Lacs pourrait ouvrir une voie royale de compromis à la candidate de la Mauritanie, l’ancienne ministre Coumba Bâ, ou à l’outsider roumain Dacian Cioloș.
OMS et FAO : Les grandes manœuvres de 2027 débutent à Genève et Rome
Bien que leurs mandats s’achèvent à l’été 2027, l’agenda de ces deux agences onusiennes clés se joue à la rentrée 2026 :
- À l’OMS : Les candidatures pour succéder à Tedros Adhanom Ghebreyesus ferment le 24 septembre 2026. La bataille géographique fait rage entre l’Europe, représentée par le Belge Hans Kluge, et l’Asie-Pacifique, portée par l’Indonésien Budi Gunadi Sadikin. L’Allemagne, premier bailleur de l’agence, a choisi stratégiquement de ne pas présenter de candidat pour ménager les pays du Sud.
- À la FAO : Le départ du Chinois Qu Dongyu en juillet 2027 aiguise les appétits. L’Afrique fait bloc derrière l’Angolaise Josefa Sacko pour revendiquer une insécurité alimentaire prioritaire sur le continent, tandis que l’Europe avance en ordre dispersé avec des ambitions espagnoles, italiennes et irlandaises.
Dans un contexte international largement éprouvé et contesté, ce grand mercato diplomatique servira de monnaie d’échange globale entre superpuissances : le soutien à une candidature à New York se monnaiera sans aucun doute contre un renvoi d’ascenseur à Genève ou à Rome.
Raouf Ben Rejeb

